VARIÉTÉS DE PHOBIES
rapports de contact avec les objets; C) nos rapports sociaux. Passons très rapidement en revue ces types de phobies dont quelques-unes, en raison de l'importance et du déterminisme de leurs réactions, ont reçu des noms spéciaux et constituent des syndromes assez bien délimités. Je n'ai pas à les envisager ici dans leur description clinique, mais seulement dans leurs caractères généraux, en tant que liées an doute.
1° a) La peur de soi peut avoir, quand elle se rapporte à Vorganismp, une base réelle.
«) C'est ainsi que toutes les algies, et particulièrement certaines douleurs profondes, que, faute de mieux, on attribue au sympathique, sont l'origine de phobies diverses ; il en est de même et plus encore de tous les troubles fonctionnels, de la circulation, de la digestion, de la mielion, de l'appareil génital. On connaît la peur si fréquente des maladies de cœur, de la congestion, et une phobie en particulier où les troubles vaso-moteurs du visage ont un si grand r«Me, rérentophobie. Les phobies de la digestion, de l'alimentation sont des plus communes, et j'ai décrit autrefois 1 des anorexies mentales, et des psychopathies gastriques 2 qu'on découvre à nouveau aujourd'hui. Les faux urinaires ne sont que des phobiques, ainsi que les faux impuissants, phobies qui se rencontrent exclusivement chez T'homme.
Il est impossible d'énumérer toutes les sensations anormales, ou même normales, qui servent de point de départ à des phobies qu'on pourrait appeler des phobies de fonctionnement. Pas un appareil n'y échappe du moment que sa fonction s'accompagne de sensations quelconques.
G) Dans d'autres cas il y a seulement un point de départ
1 Congrès de Bordeaux {médecins aliënistes et ïieur o logis tes J, 1895. * Congrès de Nancy (médecins aiténîstes et neurologistes) t 1898.
possible ou éventuel, comme dans la phobie de la mort subite, ou de la foudre, ou de maladies comme la rage, la syphilis, ou de maladies de peau.
Dans cette catégorie de phobies à base éventuelle se rangent toutes celles qui ont trait aux transformations qui peuvent survenir dans notre corps : la phobie d'engraisser, la phobie des rides — j'ai eu une malade qui avait celle des vergetures, môme sur le visage — , la phobie de grandir.
b) La seconde catégorie, concernant la peur de se qui se passe dans la pensée, comprend : — y) — dans une première division, la peur de la folie, basée généralement sur des troubles de cérébration, (confusion des idées, flux incoercible de représentations, sensations de craquement, d'éclatement dans la tête, etc.), et — £) — dans une seconde division, une série de phobies confondues en général avec les obsessions impulsives : telles sont la phobie de commettre des crimes, des violences sur les autres, de leur porter préjudice en les votant, en leur communiquant des maladies; de donner le mauvais exemple en se livrant à des actes immoraux, obscènes; de se faire du mal à soi-même, de se mutiler ou se suicider ; enfin de commettre des sacrilèges, pour ceux qui ont des sentiments religieux,
2° Le second groupe, la peur du monde extérieur, comprend trois divisions.
A. — Dans la première, on a peur de sa situation dans l 'espace ; c'est la peur des espaces à traverser — pour une raison ou une autre, et quelquefois sans autre raison qu'une angoisse indéfinissable, — l'agoraphobie ; ou au contraire, c'est la peur des espaces limités, la claustrophobie ; c'est la peur des lieux élevés, la peur du vertige, etc. Ces peurs ne sont pas absurdes en soi, comme nous F avons vu, mais sont pathologiques par leur exagération et leur inopportunité.
B. — La seconde division fournit une quantité considé-
RÉACTIONS AUX PHOBIES
rable de phobies : c'est la peur du loucher, le délire du toucher comme on Fa désignée autrefois, avec la crainte des contacts malpropres, contagieux, la crainte de tous les objets dangereux (couteaux, rasoirs, pointes, etc.), la crainte des microbes et de certaines maladies contagieuses, (rage, choléra, syphilis, tuberculose, etc.), la crainte des émanations, des éclaboussures, etc., etc.
C. — Enfin la troisième division a trait aux rapports sociaux ; c'est la phobie du ridicule, la phobie des responsabilités, du commandement, du mariage et de tous les actes sociaux en général, ou de tous ceux qui doivent se faire en public, devant d'autres personnes.
Réactions spéciales aux phobies, — De même que l'angoisse entraine la phobie, laquelle à son tour est cause d angoisse, de même la phobie, qui est une réaction émotionnelle à certaines représentations, amène a son tour certaines réactions spéciales.
Il est évident que ces réactions sont aussi variées que les phobies elles-mêmes et plus encore, car chaque phobie se traduit chez le malade par des manifestations particulières eu rapport avec son caractère, son intelligence, son milieu, mais, en outre, à une seule phobie correspondent toute une série de réactions diverses ayant pour but de l'éviter, de la combattre, d'en atténuer ou d'en annuler les conséquences. On comprend que les réactions de la phobie du sacrilège ne peuvent pas être les mêmes que celles de l'agoraphobie, que celles de l'agoraphobie ne peuvent pas être celles de la phobie des instruments dangereux, etc.
Je n'entreprendrai pas de décrire, ni d'énumérer même incomplètement toutes ces réactions, qu'on trouvera signalées dans les ouvrages de psychiatrie et dans les descriptions de certaines formes de phobie syndromiques. Je dois me placer ici à un point de vue plus général*
Toutes ces réactions qui sont la conséquence des phobies se résument en une seule, qui est aussi celle de la peur normale : fuir ce qui la provoque. C'est assez facile, et encore pas toujours, quand lu cause réside dans le monde extérieur; c'est impossible quand elle siège en soi. L'agoraphobe i< chez lui, mais l'homme qui a peur de devenir fou, ou de commettre des sacrilèges en injuriant Dieu dans son for intérieur, n f a guère de moyens d'éviter sa crainte, sinon des moyens tellement spéciaux qu'il n'en est pas dupe et n'en est guère soulagé.
Ces réactions peuvent se classer sous quatre chefs, qui ne s'excluent d'ailleurs pas chez le même phobique. Le premier procédé est la fuite pure et simple : on évite de se trouver dans des conditions où Ton sait qu'on a la phobie, et quand on s'y trouve, on se sauve, C'est le cas de Pagorapbobe qui reste chez lui sans sortir» ou en sortant accompagné, en rasant les maisons, en faisant des détours pour éviter une place, etc., et qui, obligé à un moment donné de traverser un espace trop grand, s'enfuit, oublie ce qu'il a à faire et rentre chez lui.
Le second mode est l'ajournement. Les phobiques reculent toujours le moment de faire un acte dont ils ont peur, de se trouver dans les conditions qui leur inspirent de la crainte. Ils inventent et se donnent mille prétextes, qui paraissent souvent très vraisemblables à l'entourage, pour remettre à un autre moment ce qui les trouble, ou pour le faire faire par d'autres. Ils sont d'une ingéniosité rare, d'une subtilité sans pareille pour éluder, ajourner les choses désagréables, dans l'espoir que peut-être se produira d'ici là un incident qui les en dispensera.
Le troisième mode de réaction, c'est la demi-meÊure. Quand le phobique n'a pu ni fuir, ni éviter, ni ajourner la circonstance où sa phobie se montre, il cherche du moins à l'atténuer, 11 s'y reprend à plusieurs fois, se fait aider sans
RÉACTIONS AUX PHOBIES
en avoir l'air : l'agoraphobe se fait accompagner sous un prétexte ou sous un autre, le claustrophobe se place tout de la sortie de l'église ou du théâtre sous prétexte qu'il a besoin d'air, ou pour toute autre raison plus ou moins vraisemblable. Pour me servir d'un mot vulgaire, ils « truquent > tant qu'ils peuvent, et pour faire au minimum les choses qui leur coûtent, et pour s'y faire aider, encourager sans en avoir l'air.
C'est le régime des concessions, concessions qu'ils se font à eux-mêmes, concessions qu'ils demandent de leur faire. Rien n'est plus préjudiciable aux phobiques que ces concessions. Elles les confirment dans leur doute et elles les empêchent de dominer leur phobie, qui devient de plus en plus une habitude. De concessions en concessions, ils en arrivent à des manies absurdes et d'une complication invraisemblable parfois. Une de mes jeunes malades avait peur que quelqu'un fût entré dans sa chambre, sans qu elle s'en fût aperçue, par* suite de ses absences de conscience, d'après elle, de ses rêveries en réalité. Elle se barricadait chez elle d'abord, mais cela ne suffit bientôt plus; il lui fallait quelqu'un qui ne la quittât pas, pour contrôler ce qui se passait au cas où elle aurait des distractions; malgré cela elle pensa que cette personne pouvait avoir elle-même des distractions; elle exigeait qu'elle allât — car elle se refusait elle-même à le vérifier — voir dans tous les coins de la pièce s'il n'y avait personne de caché. Elle ne se serait pas couchée sans cela, toutes ces vérifications demandaient longtemps, car elles s'accompagnaient de discussions avec la personne placée près d'elle. Tant et si bien qu'au bout de quelque temps, ayant commencé à se déshabiller à dix heures du soir pour se coucher, elle se trouvait encore devant son lit, en chemise, à trois heures du matin, n'osant s'y mettre * avant d'être 'sûre », et son doute augmentant de plus en plus k mesure que le temps passait.
Un autre, agoraphobe, avait commencé par se faire accompagner par un enfant. Mais un enfant n'est pas sérieux; il prit une domestique; mais une femme peut se trouver mal, il en prit deux ; mais les femmes ne sont pas très attentives ou sont trop émotives; s'il y avait quelque accident, elles pourraient oublier leur rôle vis-à-vis de lui ; alors il prit un homme et une femme. Mais quand il vint me voir il commençait à sentir que cela ne le satisfaisait plus, et qu'il allait recommencer à n'être pas tranquille.
Il n'y a pas de raison, en effet, quand on a commencé à faire une chose illogique, irrationnelle, pour ne pas continuer. Au bout de quelque temps on se dit : « J'ai l'habitude de faire comme ça; je ne sais pas pourquoi je l'ai fait la première fois ; j'ai dû avoir une raison, mais maintenant il me semble que je ne pourrais plus faire autrement sans danger. »
Les concessions qu'on accorde aux phobiques sont pires encore, car cela amène chez eux le raisonnement suivant, qu'ils se font à eux-mêmes d'abord et vous expriment ensuite : « Si vous étiez aussi sûr que vous le dites qu'il n'y avait pas de danger pour moi, vous m'auriez forcé a faire ce dont j'avais peur. » C'est de supposer le doute chez vous qui développe et confirme leur phobie. Aussi faut-il se garder de leur faire des concessions. Ils ne vous en savent d'ailleurs aucun gré, et vous les reprochent plus tard, sentant bien qu'elles leur sont nuisibles : a On aurait dû m'empêcher de me laisser aller ; maintenant, c'est bien plus pénible et on n'y arrivera pas; c'est trop enraciné- » Etc., etc. Il faut donc toujours leur faire des affirmations avec une parfaite assurance.
Enfin, quand aucun de ces moyens n'a pu être employé, il reste le quatrième, à savoir : faire la part du feu, se protéger le mieux possible, prendre des précautions, dont on doute d'ailleurs comme efficacité.
RÉACTIONS AUX PHOBIES
On peut prendre ces précautions soit pour les autres, soit pour soi-même. (Test ainsi que Ton fuira les gens contre lesquels on se figure qu'on peut avoir des impulsions, ou que Ton mettra des fauteuils devant une fenêtre par laquelle on aura la peur de se jeter ; ou qu'on s'attachera les poignets -avec un cordon pour s empêcher d'étrangler son enfant, etc., etc.; précautions enfantines, illusoires, et qui le sont d'ailleurs tellement qu'au bout de peu de temps elles ne suffisent plus à rassurer le sujet qui en invente d'autres de plus en plus compliquées, et tout aussi vaines et inefficaces.
Beaucoup de ces précautions passent pour des manies, des bizarreries, des originalités, dont les malades donnent des explications plus cm moins compliquées. Car ils ont une certaine honte à avouer la véritable raison de ces agissements. Ils les dissimulent le plus possible et inventent mille prétextes pour les satisfaire. Ils reconnaissent, d'ailleurs, quand on les leur a fait avouer, que « c'est absurde, mais qu'ils ne peuvent pas s'en empêcher ». Et d'un autre côté, éternelle contradiction de la conduite des obsédés, ils ont une impudeur, un manque de respect humain, un manque d'amour-propre extraordinaires quand il s'agit de s'y livrer en public. Rien ne les arrête; aucune considération mondaine, aucune crainte du ridicule ne les retient, lorsque la phobie est devenue trop forte,
Le phobique raisonne ordinairement bien les fondements de sa phobie, et la valeur des moyens qu'il emploie pour la combattre. Tous remarquent le caractère que je signalais plus haut de la substitution de Tune par l'autre, et de l'importance accordée seulement à la dernière en date. Les phobies du môme ordre ne s'additionnent pas comme effet. Le sujet qui a peur des chiens enragés est anxieux du dernier chien qu'il a rencontré ; celui de la veille a disparu du champ de ses préoccupations. Il ne se dît pas que ses chances d'avoir attrapé la rage sont plus grandes s'il a ren-
LE hOUTE
contre dix chiens qui l'ont touché ces jours derniers que s'il n'en a rencontré qu'un seul. C'est toujours le dernier qui compte. Il en est de même pour les phobies d'ordre hypoehondiïaque : l'individu qui a peur de mourir subitement parce qu'il se croit une maladie de cœur, peut arriver à se convaincre qu'il n'a pas de maladie de cet organe, mais ce n'est pas de la maladie de cœur qu'il a peur, c'est de mourir subitement; c'est alors à une autre cause qu'il rattache son idée de mort subite. Quand il y a superposition de phobies elles se rapportent h des objets d'ordre différent : phobie d'une maladie quelconque, par exemple, associée à la phobie de certains mouvements, de certaines impulsions.
Il est à remarquer que, lorsque le malade s'intéresse vivement à quelque chose, il oublie ses précautions. Il les prend surtout lorsqu'il est inoccupé. Lorsqu'il fait, au cours d'un travail, d'une opération quelconque, dont il a l'habL tude, un acte qui lui cause isolément de la phobie, il n'éprouve pas celle-ci. Il en est de même lorsqu'il n'a pas le temps de réfléchir aux conséquences de l'acte qu'il exécute, tant il est vrai que ce n'est pas l'acte qui l'émeut, mais les conséquences qu'il s'en représente.
Les réactions des phobies du premier groupe relative la peur de soi sont d'une complexité extrême quand il s'agit des phobies d'idées, de sentiments. Elles sont moins nombreuses et plus faciles à prévoir quand il s'agit des phobies ayant trait à l'organisme.
Quant aux phobies du second groupe, comprenant la peur du monde extérieur, elles entraînent des réactions assez semblables à elles-mêmes pour constituer des sortes de syndromes présentant une certaine autonomie, et qui ont même prêté à des descriptions trop isolées du reste de la maladie du doute dont ils ne sont que des épisodes. Les phobies des situations dans l'espace — agoraphobie, clans-
LES IMPULSIONS
trophobie, basophobie, peur du vide, des lieux élevés, etc., etc., amènent naturellement le sujet à fuir les occasions de se trouver dans telle ou telle de ces situations. S'il y est obligé il se fait accompagner» il cherche une aide auprès d'autres personnes. Les phobies ayant Irait au contact des objets entraînent des moyens de défense très variés : c'est l'interposition d'un objet propre entre soi et l'objet à toucher, c'est le lavage répété des mains, du visage, des vêtements, c'est l'abandon, le rejet des objets qui ont été ou ont pu être en rapport avec l'objet redouté. C'est en somme d'éviter le plus possible les occasions de contact; c'est ensuite, quand on est obligé de toucher les objets, de se garantir de leur contact immédiat ; c'est enfin, quand on n'a pu éviter ce contact immédiat, de neutraliser les conséquences funestes qui pourraient en résulter.
Quant aux phobies ayant trait aux rapports sociaux, leurs réactions se résument à peu près en ceci : se soustraire à toute responsabilité, à toute initiative, et se tenir par conséquent le plus possible à l'écart de la société. Ce sont là les phobies qu*on avoue le moins, sauf lorsqu'elles sont associées à d'autres. Ce sont aussi les plus faciles à dissimuler sous des prétextes plausibles. C'est à cette catégorie de phobiques qu'appartiennent tant de gens qu on qualifie d'originaux, d'excentriques, et dont on est loin de soupçonner la profondeur des troubles moraux. On ne constate que trop leur importance quand on voit ce que ces originalités produisent au point de vue de l'hérédité, et quelles tares graves elles constituent sous une apparence bénigne.
LES IMPULSIONS
J'ai dit plus haut pour quelles raisons je rejetais à cette place l'étude des impulsions, que je rattache à la maladie du doute* Non seulement elles y sont toujours associées, Sollier. — Doute. 20
mais elles se composent des mômes éléments que les obsessions, et elles nous permettent de mieux comprendre le mécanisme du doute, à l'étude duquel elles nous servent en quelque sorte d'introduction.
Entre les impulsions obsédantes qui se réalisent — impulsions proprement dites, — et celles qui ne se réalisent pas, — phobies d'impulsions — , il n'y a de différence qu'en ceci : les premières s'accompagnent d'un sentiment de désir, les secondes d'un sentiment de crainte. Après des alternatives plus ou moins fortes et prolongées, c'est-à-dire du doute, les unes aboutissent fatalement à leur réalisation, les autres ne le peuvent pas. Pitres et Régis font remarquer très justement que la phobie de l'impulsion n'en est pas le contraire, mais en est un commencement, une variété. Cela me paraît tout à fait exact. C'est la même impulsion, mais dans un cas la phobie sert de frein à l'acte, dans l'autre le désir y pousse. Aussi allons-nous retrouver dans le doute phobique et dans le doute impulsif les mêmes éléments constitutifs.
On a donné diverses interprétations du terme « impulsions. » Pour le définir, examinons simplement les caractères qui lui sont reconnus par tous les auteurs et que Morselli a particulièrement bien mis en évidence. On dit qu'elles sont endogènes, fortes et impérieuses, aberrantes, le plus souvent conscientes et involontaires, ou même tout à fait inconscientes et par conséquent absolument involontaires.
Les impulsions sont endogènes, c'est-à-dire qu'elles dérivent de causes exclusivement internes, soit instinctives, soit automatiques, soit encore émotives ou intellectuelles. Sous ce rapport elles ne diffèrent donc pas des obsessions non impulsives.
L'irrésistibiiité, l'incoercibilité des impulsions en est-, elle un caractère obligatoire? Non, puisque beaucoup d'im-
chez l'individu, mais au contraire un sentiment de désir, contrebalancé par certaines craintes qui ne sont pas le résultat de ses sentiments intimes.
On dit enfin que les impulsions sont conscientes et involontaires. Mais il en est aussi qui sont inconscientes et par conséquent involontaires. L'accouplement de la conscience et de la volonté doit d'abord être rompu. Il est évident qu'une impulsion épileptique est involontaire puisqu'elle se produit inconsciemment. C'est une décharge motrice qui n'a souvent aucune image, aucune représentations pour point de départ, et qui ne constitue pas même un réflexe. Subconscientes et involontaires sont celles qui se produisent dans certains délires sous l'influence d'hallucinations. Enfin il y a des impulsions conscientes, qui sont celles qu'on observe chez les dooteurs.
Sont-elles involontaires? Et d'abord à quoi applique-t-on l'épithéte « involontaire »? Est-ce à l'acte terminal, est-ce à l'impulsion qui le précède? Il est évident que la phase de représentation de l'acte impulsif est involontaire, c'est-àdire qu'elle s'impose au sujet, qui la repousse d'abord. Mais il la repousse non pas parce qu'elle est en désaccord avec ses sentiments intimes, parce qu'elle lui fait horreur; il la repousse parce qu'elle a pour lui des inconvénients qui priment le désir qu'il en a. Il y a donc lieu de distinguer entre le non-consentement à l'impulsion-rcprésentation, et le non-consentement à l'acte impulsif lui-même. Si la représentation impulsive est toujours involontaire, l'acte qui en est l'aboutissant ne l'est pas toujours. Et la preuve, ce sont les précautions très calculées dont s'entourent les kleptomanes, les pyromanes, les pervertis sexuels pour réaliser leur impulsions, La volition peut donc jouer un rôle dans l'impulsion consciente, et je croîs même qu'elle accompagne toujours l'acte dit impulsif, lequel ne peut se produire que lorsque le sujet y a donné son consentement. Ce
LES IMPULSIONS
qui distingue donc les impulsions entre elles, comme je lai soutenu autrefois, ce nest pas leur caractère volontaire mais leur caractère conscient, car l'état de la volilion en dépend. Nous n'avons dans la maladie du doute à envisager que les impulsions conscientes. Les autres appartiennent h Fépilepsic, aux maladies mentales proprement dites, à l'hystérie, et sont liées le plus souvent à des hallucinations.
Ce sont ces impulsions auxquelles Magnan reconnaissait comme caractères la conscience, la lutte angoissante, l'irrésistibilité et le soulagement consécutif à l'acte. Nous avons vu tout à l'heure la conscience et rirrésistîbilité — très relative — des impulsions* Nous rencontrons ici trois caractères nouveaux réunis en deux seulement en apparence : la lutte angoissante et le soulagement consécutif à l'acte accompli. En réalité, il faut considérer la lutte contre l'impulsion, l'angoisse qui raccompagne, et le soulagement consécutif. Les deux premiers phénomènes se rencontrent, comme nous l'avons vu, dans le doute; et le soulagement aussi quand le doute est résolu. Or, peu importe le sens dans lequel il est résolu; c'est toujours une façon de le résoudre que d'agir dans un sens comme dans l'autre. Nous voyons donc dès maintenant que tous les éléments que nous avons examinés dans le doute avec obsession et phobie se retrouvent ici dans les impulsions»
Poursuivons plus intimement la comparaison pour bien nous convaincre que les impulsions vraies ne sont qu'une manifestation de la maladie du doute au même litre que les obsessions, les phobies, les manies, et qu'elles sont comme elles : endogènes, aberrantes, et imposées au sujet qui en a conscience et lutte contre elles, avec une angoisse qui n'est soulagée que lorsque la lutte se termine par une solution certaine.
Si maintenant nous reprenons, sans les décrire bien en-
aiu
LE LIOL'TK
tendu — ce qui est fait dans tous les traités spéciaux de psychiatrie — les différentes impulsions formant un groupe autonome et non liées à d'autres affections nerveuses ou mentales, nous allons nous rendre mieux compte qu'elles ne sont qu'une réaction du doute, et que le fait de leur aboutissement n'est qu'une conséquence de l'état des forces en conflit, mais n'a qu'une importance absolument secondaire au point de vue théorique, malgré sa gravité considérable au point de vue pratique.
Il y a lieu de distinguer dans les impulsions qu'on rencontre chez des douleurs deux types principaux : les unes sont de véritables tics, les autres sont les impulsions proprement dites. Dans le premier groupe sont Tonomatomanie, l'écholalie, la coprolalie, l'onychophagie, etc., qui présentent tous les caractères des tics, et qui dénotent surtout la faiblesse du pouvoir d'inhibition. Celte faiblesse est d'ailleurs justifiée par ce fait que la réalisation de l'impulsion n'a aucune importance, que l'acte n'a aucun but, aucune efficacité, aucune portée sociale, aucune valeur personnelle même. Quand ces lies sont visibles ils ne semblent guère avoir les caractères quon rencontre dans les obsessions et les phobies; ils paraissent en effet se produire sansattirer l'attention du sujet, ni éveiller beaucoup sa conscience, et ne déterminer ni angoisse ni conllit de tendances. Mais pour découvrir leurs véritables caractères, il suffît de les observer au moment où ils se développent ou lorsqu'on cherche à les faire disparaître. On voit alors le sujet résister au désir.qu'il a d'émettre un mot grossier» de se ronger les ongles, etc., et éprouver une gène, une inquiétude qu'il ne peut quelquefois pas dissimuler, jusqu'à ce qu'il ait pu se satisfaire. Au bout d'un certain temps il ne résiste plus ; l'habitude est survenue, le geste se fait automatiquement. Ce n'est que dans les moments où, pour une raison ou pour une autre, le sujet doit se dominer que les mêmes troubles reparaissent. Pour se dé-