‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 90 sur 135 · IMPULSIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

IMPULSIONS DIVERSES

sexuel n'est, en réalité, qu'un émotif héréditaire, avec tendance constitutionnelle aux obsessions, aux doutes, aux scrupules, et orienté vers l'obsession génitale à la fois par son hérédité et par l'empreinte émotive qu'il a reçue dans son enfance au point de vue sexuel.

Je ne m'étendrai pas longtemps sur les autres impulsions, telles que la kleptomanie, la pyromanio, la dipsomanîe et la toxicomanie, l'impulsion homicide. Beaucoup des cas de ce genre sont sujets à caution, en particulier en ce qui concerne la kleptomanie. L'irrésistïbilité des pyromanes, des dipsomanes, des homicides, quand il ne s'agit ni d'épîleptiques, ni d'aliénés, me semble des plus contestables. Il est à noter en effet, que lorsque les kleptomanes, les pyromanes et les homicides soi-disant impulsifs ont été pris une fois et condamnés ou internés, ils ne recommencent plus, et ne paraissent guère avoir de crises d'angoisse trahissant leur obsession. Les dipsomanes et les toxicomanes commencent en général par boire ou s'intoxiquer d'une façon peu impulsive. L'impulsion ne survient que lorsque le besoin organique est créé par l'accoutumance . ils invoquent alors pour se justifier une soi-disant impulsivité irrésistible.

Quant à Yimpuhion au suicide ^ elle se rencontre quelquefois chez les obsédés et les douteurs, non phobiques. Et, comme les obsédés à impulsions génitales, ils finissent toujours par y succomber. Il s'établit chez eux une première période de lutte contre l'obsession, avec angoisse plus ou moins grande; puis le calme se fait, la solution est acceptée par le sujet qui ne cherche plus qu'une occasion de la réaliser. Il ne s'agit pas de ces cas, où dans l'incapacité qu'il se reconnaît de lutter contre ses obsessions, ses scrupules, ses impulsions diverses, l'individu met fin à

ses jours, comme le ferait un homme fatigué de souffrir d'une maladie incurable : ici, au contraire, [ridée de suicide surgit d'une façon spontanée, en contradiction souvent avec le caractère gai du sujet ; elle a quelquefois son point de départ dans une idée obsédante quelconque qui l'amoindrit à ses propres yeux, qui l'empêche de jouir de la vie, de la goûter, et contre laquelle il ne lutte pas. Le suicide, en ce cas, n est pas une façon d'échapper aune vie insupportable, à une lutte qu'on croit inégale, c'est l'aboutissant même du sentiment d'incapacité de vivre, c'est le terme extrême de l'inaptitude à l'existence ressenti par le sujet, inaptitude réelle qui finit par l'emporter sur l'aptitude à la vie avec laquelle elle a été en conflit pendant une certaine période marquée par le doute et l'angoisse, et à laquelle succède une phase de calme correspondant à la cessation du conflit entre les deux tendances et à la suprématie absolue de Tune d'elles. La façon dont les choses se passent dans ce cas vient à l'appui de ce que j'ai cherché à établir tout le long de cette étude, à savoir que le doute n'existe que lorsqu'il y a conflit de tendances, ou de représentations, ou de sentiments, et cesse dès que les oscillations caractérisant ce conflit ne se produisent plus et sont remplacées par- un état de stabilité, soit par retour à l'ancien, soit par installation d'un nouveau.

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