CHAPITRE VJII
MÉCANISME ET NATURE DU DOUTE
SnnHA»E : Caractères fondamentaux de l'état de doute. — Ses condiditions fondamentales, — Faiblesse cérébrale et êmotivïté. — Théories intellectuelles, émotionnelles, volonlanstes, psycfaasthéniques, du doute pathologique, — Théorie p^vr h >>- physiologique. — Faiblesse de résîstaoce cérébrale et âmotralé. — Doute et représentation, — Nature du doute.
Nous avons essayé de montrer les différents aspects du doute depuis le plus élémentaire, le plus accidentel, le plus normal, jusqu'au plus complexe, au plus persistant, au plus pathologique. De l'un à l'autre on observe tous les degrés, toutes les transitions, et nous devons en conclure qu'il n'existe entre eux que des différences d'expression, de manifestation, et non des différences de nature. Pour tâcher de comprendre le mécanisme d'un état si complexe et si ondoyant, où tout est opposition, contradiction, in triration, il faut commencer par les cas les plus simples au lieu de débuter, comme on Ta fait jusqu'ici, par le doute pathologique, au sujet duquel seul on a édifié des théories pathogéniques.
Caractères fondamentaux de tèlat #ê doute. — Prenons le cas de doute le plus simple, celui par exemple où nous
hésitons entre deux représentations, deux souvenirs a localiser dans le temps, À et /?, Le souvenir de l'événement À s'est présenté le premier, entouré d'un certain nombre de représentations associées qui m'ont permis de lui assigner la date T comme la sienne. Mais au bout d'un certain temps, je commence à sentir un certain trouble, une sorte de malaise, et tout à coup le souvenir d'un événement //surgit, comme étant celui qui s'est produit à cette date 7\ Mais ce souvenir est accompagné, lui aussi, de représentations qui me paraissent beaucoup plus déterminantes pour établir celte conviction. Le malaise disparait alors et un soulagement y succède avec ma nouvelle croyance.
Mais bientôt le même malaise se reproduit. Ma conviction s'ébranle, je sens un nouveau travail cérébral s'accomplir, et de nouveau^ surgit avec un cortège de représentations supplémentaires qui me décident à le situer à la date 7\ ce qui exclut B. Celui-ci ne tarde pas à reparaître escorté de nouvelles représentations qui chassent .4 et le remettent luimême en T. Nouveau soulagement pour moi chaque fois que je crois ma conviction définitive; nouveau malaise chaque fois qu'elle est en lutte plus ou moins longue avec la conviction opposée.
Malaise et soulagement ne sont que les ébauches de ce qu'on retrouve dans les cas de doute accidentel intense et de doute pathologique, sous la forme d'angoisse et de soulagement.
Ces oscillations entre À et /?, accompagnées de ces sentiments agréable et désagréable» continuent à se produire jusqu'à ce qu'enfin l'un des deux événements m apparaisse comme définitivement situé en T 7 grâce à une circonstance précise et irréfutable, qui exclut la possibilité de A ou de B à cette date, ou leur simultanéité.
Premier caractère, par conséquent : oscillations entre
représentation d'un certain ordre aune autre d'un autre ordre qui déterminent le malaise du doute? C'est la formation et la substitution d'une représentation à une autre de même ordre et s'excluant entre elles. C'est au conflit qui en résulte qu'est dû le malaise éprouvé. Cinquième caractère des oscillations dans le doute : conflit par suite de leur incompatibilité vis-à-vis d'un même cas donné.
Pourquoi, doit-on encore se demander, se produit-il des oscillations entre deux représentations contradictoires demême ordre,, au lieu que celle qui est réellement la plus forte prenne immédiatement le dessus? C'est que les éléments qui la constituent n apparaissent pas tous à la fois, ou n'apparaissent pas avec une intensité suffisante pour entraîner le choix et la certitude. Nous touchons ici aux conditions fondamentales de l'état de doute, dont le sixième caractère nous apparaît comme le résultat d'une certaine faiblesse de l'activité cérébrale, soit sous le rapport de la quantité de travail produit, soit sous le rapport de sa qualité.
Mais cette faiblesse de l'activité cérébrale elle-même, à quoi peut-elle être due chez un homme habituellement normal? On est frappé, quand on se trouve en présence d'un douteur par occasion, de constater l'augmentation de son émotivité pendant la durée de son doute, émotivité qui va croissant avec la progression de l'état de doute, le précède ordinairement ou l'accompagne immédiatement, et lui survit plus ou moins longtemps après. C'est à la mise en jeu de cette émotivité qu'est due, à mon avis, la faiblesse de l'activité cérébrale ne permettant pas à la réaction de se produire immédiatement d'une façon adéquate à l'excitation, d'où les oscillations du travail cérébral. Le septième caractère fondamental du doute, la condition sur laquelle il repose, c'est l'état émotionnel du sujet.
Mais cette émotivité elle-même ne se met pas en branle
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toute seule chez un homme qui n'est pas un émotif ni un douteur habituel. Ce n'est pas le fait de chercher entre deux Hmvt-nirs quelconques quel est celui qui correspond à une date déterminée qui peut provoquer sa mise en jeu. Il faut quelque chose de plus, et ee quelque chose c'est l'intérêt qu a notre personnalité à cette détermination; d'est dans les effets bons ou mauvais qui doivent en résulter pour nous que nous trouvons cet intérêt. L'hésitation entre deux faits de connaissance n'ayant aucun rapport avec notre personnalité serait dépourvue de tout coefficient affectif, et de toute action sur notre émotivité : ce serait une simple recherche scientifique et abstraite, sans aucune apparence de doute. De sorte qu'en On de compte nous arrivons à conclure que le huitième caractère du doute consiste dans l'intervention de la personnalité elle-même, intéressée par les représentations en présence. Dans le cas particulier que j'ai choisi de deux faits à situer vis-à-vis d'une certaine date, la discussion des motifs d'attribuer celle-ci a tel ou tel des deux pourra être absolument indifférente au sujet. — si c'est un simple renseignement qu on lui demande — ou au contraire lui causer un doute extrême s'il s'agit pour lui d'établir un alibi en justice.
Au lieu de deux termes en présence entre lesquels il y a doute, supposons-en un plus grand nombre, Que va-t-il se passer? en quoi ces différents caractères essentiels du doute qui s'enchaînent dune façon nécessaire vont-ils être modifiés?
Les oscillations, au lieu de se produire entre deux termes seulement A et B, se produisent entre n termes À, B, G, D, etc. Ce ne sont plus à proprement parler des oscillations, c'est une sorte de « remous » incessant dans lequel ces différents termes surgissent, disparaissent, se substituent les uns aux autres sans qu'aucun puisse se fixer d'une façon définitive.
Il en résulte un malaise beaucoup plus grand et par conséquent un soulagement plus marqué lorsque le doute cesse. Il va de soi que ces oscillations et ce remous sont spontanés et involontaires comme dans le cas précédent et sont tout aussi obsédants, tant que l'un des. termes en présence n'a pas pris le dessous.
Il ne s'agit plus, par contre, de contradiction proprement dite entre ces termes, il suffit qu'ils soient différents les uns des autres; et plus ils se ressemblent, moins leurs différences sont grandes, plus il est difficile de choisir entre eux, et plus le conflit persiste.
La faiblesse cérébrale se montre là d'une façon encore plus marquée que dans le cas précédent, l'émotivité du sujet étant mise en jeu par des motifs peu importants, et très voisins les uns des autres. Elle permet l'apparition de plusieurs termes analogues en réponse à une excitation donnée, au lieu de n'en laisser se produire qu'un seul adéquat à cette excitation, comme cela devrait arriver avec un cerveau bien organisé. Chacun de ces termes ayant un ton affectif particulier au point de vue de la personnalité du sujet, par suite des représentations diverses qui y sont liées, on conçoit que le moi soit ici singulièrement troublé et tiraillé dans diverses directions et non plus dans deux opposées seulement, comme dans le cas précédent.
Les seules différences qui existent par conséquent entre , le doute portant sur deux termes et celui portant sur n termes, c'est que les oscillations deviennent un véritable « remous » ; qu'il n'est plus nécessaire que ces termes soient contradictoires, ou exclusifs les uns des autres, mais simplement différents, si petites que soient les différences ; et qu'enfin la personnalité n'est pas partagée imais tiraillée en divers sens.
Au lieu que ce soient des représentations qui entrent en conflit, ce peut être des sensations, des sentiments, des ten-
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dances, des émotions, des motions, des idées. Car il faut bien remarquer que le doute est un phénomène très général qui ne se borne pas au conflit des représentations ou des idées, mais de toutes les manifestations de l'activité mentale et je dirai même cérébrale. Car les oscillations qu'on voit au point de vue mental existent aussi au point de vue des fonctions physiologiques elles-mêmes du cerveau. Peu importa le mécanisme est toujours le même. La seule différence porte sur les réactions intellectuelles, sentimentales, affectives ou motrices que provoquent certains des caractères du doute, et en particulier l'état de malaise qui raccompagne etTémotivité qui en est la base.
Quels sont maintenant parmi ces divers caractères du doute, ceux qui sont les plus essentiels, les plus nécessaires, les seuls suffisants même pour le constituer?
Le premier me parait le plus indispensable. Il faut qu'il y ait oscillations, remous entre les termes en présence pour qu'il y ait doute, La succession de termes différents ne suffit pas; il faut qu'ils se reproduisent toujours les mêmes; ce ne sont pas les vagues d'un fleuve qui s'écoule, ce sont les vagues delà mer qui oscille entre les limites toujours semblables de la marée* Nous avons d'ailleurs vu dès le début que la clinique confirme cette manière de voir.
La seconde condition est que ces oscillations ou ce remous produisent un état de malaise. Mais cette seconde condition n'est en réalité que la conséquence de la précédente. On ne voit jamais se produire d'oscillations entre des états d'activité cérébrale accompagnées de doute sans que ce malaise existe. Si les oscillations sont la 'condition même de l'état du doute, le malaise qui les accompagne en est le caractère nécessaire.
Mais s'il existe, c'est en vertu d'une autre condition, à savoir que ces oscillations se produisent d'une façon invo-
lontaire. Si on les provoquait volontairement, comme le chercheur qui soumet ses recherches à la critique la plus serrée, elles ne provoqueraient plus le doute. C'est donc leur caractère spontané et involontaire qui est le plus essentiel, puisque sans lui il n'y aurait ni doute ni malaise.
L'obsession, par contre, pourrait parfaitement manquer, et en réalité elle manque parfois : le douteur suspend son état de doute en s'appliquant à autre chose, soit de luimême, soit par excitation venue du dehors. Si elle se montre sU fréquente c'est que la faiblesse ou l'émotivité trop grande du sujet, ou l'intérêt personnel qu'il a à la solution de son doute, ne lui permettent pas de le suspendre.
De même que l'obsession, le caractère contradictoire des termes en présence n'est pas nécessaire. Il suffit qu'ils soient de nature différente, ou exclusifs l'un de l'autre, quoique de même ordre. Tel est, par exemple, le choix à faire entre plusieurs objets de même nature à acheter.
Nous arrivons donc à cette première conclusion que pour qu'il y ait doute il faut qu'il y ait des oscillations entre n termes ou états d'activité cérébrale, se produisant d'une façon involontaire et s'accompagnant d'un sentiment de malaise particulier. Telle pourrait être la définit ioa du doute.
Mais il faut aller plus loin, et se demander pourquoi il se produit des oscillations involontaires entre des états cérébraux d'activité, en d'autres termes quelles sont les conditions fondamentales de l'état du doute.
Remarquons d'abord que nous ne nous trouvons jamais en présence d'un cerveau vierge d'impressions plus ou moins fixées ou systématisées sous forme de croyances. Le doute ne peut évidemment surgir que d'une impression ou d'un système de croyance qui s'offrent au sujet et se rencontrent en lui avec une impression ou une croyance différentes préexistantes, sinon ils seraient admis d'emblée par lui,
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comme cela se produit chez les enfants et les ignorants. Si le cerveau était parfaitement organisé il réagirait à toute impression nouvelle, à tout système nouveau de croyance, soit en les adoptant, soit en les repoussant aussitôt, suivant qu'ils seraient ou non conformes à la réalité. Mais ri la suppose un pouvoir d'adaptation considérable du cerveau, d'une part, et, d'autre part, un pouvoir de perception et de compréhension non moins grand de tous les élé* ments qui composent son impression ou son système de croyance antérieurs, et de ceux qui forment Timpression ou le système de croyance qui lui sont présentés actuellement.
Toute condition qui affaiblit ce pouvoir cérébral va donc nécessairement empêcher que le nouveau système se substitue d'emblée à l'ancien, on que celui-ci résiste victorieusement et définitivement au choc. Tout le problème se réduit en somme à un conflit de forces. Or, que voyons-nous ? C'est que le doute ne se produit que lorsque le sujet est dans un état de faiblesse cérébrale momentanée. Celle-ci peut être le résultat d'un épuisement physique : c'est ainsi qu'un homme surmené ou affaibli par une maladie est particulièrement sujet au doute, alors que reposé ou en bonne santé il ne doute pas. Ou bien elle provient de l'émotion qui accompagne l'apparition de l'impression ou de la croyance nouvelle.
Par suite de cette faiblesse cérébrale, la perception des éléments d'une nouvelle croyance ne se fait plus d'une façon nette et complète, en môme temps que la résistance du système de croyance établi est amoindrie. En outre, ces différents éléments tant anciens que nouveaux se présentent d'une façon ïrrégulière, dissociée, au lieu de s'opposer globalement d'un système à l'autre. La confrontation de ces deux systèmes se fait d'une façon morcelée, progressive, et cependant forcée jusqu'à ce qu'elle soit complète et que
l'un des deux remporte manifestement sur l'autre. C'est à cette période que correspond le doute.
Mais cette faiblesse suffit-elle pour amener ce dernier? Je ne le crois pas, car dans les cas où elle existe seule, comme chez certains débiles, le doute ne se produit pas ; aucune croyance ne se constitue, ou les nouvelles sont adoptées d'emblée sans examen et sans critique de la part du sujet, ou au contraire négligées par lui sans plus de contrôle et de raisons.
Par contre, nous la voyons s'accompagner de doute dans deux cas : lorsque, en même temps qu'elle, l'émotivité du sujet s'est accrue, ou lorsque l'objet sur lequel porte le doute excite cette émotivité. Dans les deux cas faiblesse et émotivité sont subordonnées l'une à l'autre; mais dans le premier c'est la faiblesse qui conditionne l'émotivité, dans le second c'est l'émotivité qui conditionne la faiblesse.
Mais comme nous venons de voir que la faiblesse à elle seule ne suffit pas à amener le doute sans le concours de l'émotivité, il faut en conclure que c'est à cette dernière qui est dévolu le principal rôle.
Nous en avons une première preuve dans ce fait qu'un homme affaibli cérébralement par une maladie ne devient pas sujet au doute si son émotivité n'est pas modifiée, n'est pas devenue plus excitable. Nous en avons une autre dans ce fait que si son émotivité est plus grande, le doute ne porte que sur des objets capables de la mettre en branle. Nous en avons une preuve encore dans ce fait qu'un individu en état de résistance cérébrale normale n'est assailli par le doute qu'à l'occasion de causes d'ordre affectif, émotionnel, personnel.
Si la faiblesse d'activité cérébrale est souvent concomitante d'une plus grande émotivité, elle n'est pas suffisante pour la produire. Au contraire, l'émotivité mise en jeu suffit à amener de la faiblesse dans l'activité cérébrale. Il ne fau-
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drait pas, en effet, regarder comme une marque de grande activité les réactions parfois violentes que peut amener un étal émotionnel. Ces réactions sont diffuses, incomplètes, inadéquates au but à atteindre, inégales, disproportionnées avec l'excitation déterminante. Il peut y avoir d'ailleurs une dépense énorme d'énergie cérébrale, mais sans aucun travail utile produit, et entraînant à la suite un épuisement considérable. C'est, au contraire, à la façon dont se répartit et s'applique utilement et efficacement l'énergie cérébrale qu'on mesure la véritable force du cerveau. L'émolivité consiste précisément dans ce fait que, sous l'influence de certaines excitations, le cerveau s'ébranle d'une façon excessive et que son énergie diffuse dans toutes les directions avec une impétuosité excessive et inutile, et avec trop de facilité. Il en résulte fatalement un affaiblissement consécutif plus ou moins durable, et c'est a la faveur de cette faiblesse que les oscillations du doute peuvent se produire- Sous l'influence de causes capables de mettre enjeu l'émotivité, le doute peut donc survenir beaucoup plus facilement. Aussi est-ce chez les émotifs constitutionnels qu'on l'observe avec la plus grande fréquence et la plus grande intensité. Si la faiblesse cérébrale favorise quelquefois Témotivité, rémotivité amène toujours avec elle la faiblesse cérébrale; c'est donc rémotivité qui est le primum movens du doute.
Mais cette émolivité elle-même, par quoi est-elle mise en branle? et que représente-t-elle pour nous? Ce qu'elle représente c'est notre caractère lui-même, c'est-à-dire notre mode de réaction personnelle; elle est le fond même de notre personnalité, de notre moi. Sa mise en jeu entraine des troubles de mémoire, d'attention, de perception, de sentiment, d'association, de mouvements, de sécrétions, etc., tels que ceux qui caractérisent les émotions, et enfin des troubles de personnalité depuis le simple dédoublement
jusqu'à la confusion mentale. Or, toutes ces altérations de l'activité cérébrale, tant dans ses manifestations physiologiques que psychologiques, sont précisément toutes celles que nous avons vu favoriser ou constituer le doute.
Nous constatons, d'autre part, que les excitants les plus puissants de l'émotivité sont ceux qui comportent un élément intéressant notre personnalité. Nous n'avons d'émotion que par rapport à nous. Si un élément qui nous atteint directement nous émeut c'est que nous nous en représensentons les conséquences pour nous-mêmes; s'il atteint d'autres personnes, c'est la représentation de ses conséquences, si c'était nous qui en soyons atteints, qui nous émeut, ou encore le retentissement qui en résulte pour nous, s'il touche des personnes auxquelles nous sommes attachés par des liens d'affection ou d'intérêt. Directement ou , indirectement, un événement ne peut nous émouvoir que s'il nous met en cause personnellement. L'émotion est .proportionnelle, non à l'importance réelle ou que nous attribuons à sa cause, mais à notre émotivité. L'atteinte portée k notre personnalité dépenddonc de cette émotivité, et c'est elle par conséquent qui est véritablement le pivot autour duquel se font les oscillations du doute, c'est elle qui en est le fondement nécessaire.
Tel me paraît être le mécanisme du doute normal, qu'on peut résumer comme suit : Que l'émotivité soit acquise antérieurement à la cause nui deviendra l'objet du doute, ou qu'elle résulte de l'émotion produite ( par cet objet, une t fois qu'elle est mise en branle elle s'accompagne de réactions générales émotionnelles diverses et banales, d'une .part, et entraine, d'autre part, des trouhles de la personnalité et de l'affaiblissement de l'activité cérébrale ; par suite de cet affaiblissement il se produit des oscillations entre les diverses manifestations de cette activité cérébrale (représentations, tendances, sentiments, idées, croyances,
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motions, etc.); ces oscillations ont lieu d'une façon spontanée, involontaire, irrésistible, d'où sentiment de malaise résultant de ce conflit, et obsession tant qu'il n'a pas, été résolu dans un sens ou dans l'autre d'une façon définitive et satisfaisante.
On voit que le rôle de l'intelligence proprement dite, ou, pour mieux dire, du jugement, du raisonnement, de la mémoire et de l'imagination n'apparaît pas dans cette conception du mécanisme du doute. Et, en effet, il sembla tout k fait accessoire et surajouté. 11 consiste simplement à développer certains éléments du doute, a les susciter par association d'idées, par évocation de souvenirs, et à donner de l'extension au doute mais non à lui servir de base.
Théories pathogéniques du doute pathologique. — Le doute pathologique, sous ses aspects si multiples, si divers, d'intensité si variable, comporte-t-il le même mécanisme? Avant de répondre à cette question il nous faut examiner les théories qu'on a proposées de la maladie du doute, ou pour mieux dire des doutes, des obsessions, des phobies, des manies, des impulsions, des aboulies, qu'on a considérées comme des états particuliers et non comme des manifestations, des réactions ou des conséquences du doute, ainsi que je me suis efforcé de le montrer. Suivant qu'on a été frappé par les modifications de l'intelligence, ou de l'émotivité, ou de la volonté, ou, d'une façon plus générale, de la faiblesse psychologique qu'on observe dans ces divers aspects du doute, on est arrivé à des théories intellectuelles, ou émotionnelles, ou volontaristes, ou enfin psychasthéniques.
Les théories des trois premiers groupes sont assez peu précises, varient d'un auteur à l'autre, et n'ont été développées d'une façon complète par aucun. La théorie psychasthénique seule, édifiée par Pierre Janet, et la dernière en
date, mérite vraiment le nom de théorie tant par l'ampleur qu'il lui a donnée que par la critique à laquelle il a soumis les faits et parles conséquences générales qui en découlent. Nous passerons donc rapidement sur les premières pour discuter d'une façon plus approfondie la dernière.
Dans les théories intellectuelles, c'est à l'idée qu'on fait jouer le principal rôle, et l'angoisse n'apparaîtrait que comme la conséquence de ridée ; c'est l'idée qui est impérative, qui s'impose au moi, alors que les phénomènes émotionnels qui l'accompagnent ne sont que secondaires et dus au conflit entre l'idée et la volonté.
Les auteurs manquent absolument de précision quand ils parlent de ridée ou du trouble intellectuel qu'ils placent à la base des obsessions et des phobies. Ils ne semblent surtout pas avoir vu que l'obsession n'est qu'un symptôme du doute, et que la phobie n'en est qu'une réaction. Obsession et phobie sont absolument confondues, et le sont également avec le doute et les manies.
Nier la possibilité pour l'émotion de précéder le doute, c'est nier l'évidence, car les cas sont des plus fréquents où l'émotivité diffuse, où l'angoisse diffuse existe seule pen dant un temps plus ou moins long, jusqu'à ce qu'un incident quelconque vienne en fournir au sujet une interprétation possible. On a encore manqué de précision sur ce point en négligeant de distinguer l'émotivité préalable, nécessaire pour que le doute puisse prendre naissance, et 'angoisse proprement dite qui accompagne l'obsession et la phobie. Mais lorsque l'obsession et la phobie apparaissent d'une façon qui attire l'attention et s'accompagnent d'angoisse, il y a longtemps que le doute existe et que l'émotivité s'est exagérée antérieurement à lui sous une influence quelconque. On a aussi quelquefois confondu les idées obsédantes et les idées fixes, et nous avons vu précédemment que c'était là deux choses distinctes. Or, les idées fixes