‹ Le Doute: leçons faites à l'Université Nouvelle de Bruxelles 1908Chapitre 93 sur 135 · THÉORIE PSYCHO-PHYSTOLOG1QUE · texte numérisé non relu

THÉORIE PSYCHO-PHYSTOLOG1QUE

délire. Certains sujets ont d'ailleurs la sensation très nette qu'ils vivent dans une sorte de rêve.

Si la représentation l'emporte ainsi sur la perception, si le possible l'emporte sur ce qui est actuel, on comprend que l'action ne puisse pas se produire. Il se passe la ce qui se passe dans le rêve du sommeil lorsque le dormeur a conscience — comme cela est fréquent — qu'il rêve. Il assiste à tout sans pouvoir rien y changer, sans pouvoir y répondre par aucun acte. Tout est pure représentation, même l'émotion qu'il ressent. Et il en est de même chez le douleur pathologique où Ton remarque justement que les phénomènes de l'émotion qu'il dit avoir d'une façon si intense sont en réalité extrêmement faibles.

C'est pour toutes ces raisons que je disais précédemment que le doute n'était peut-être qu'un trouble de représentation, ou, pour mieux dire, ne consistait qu'en un phénomène de représentation, d'où le caractère conscient qu'on lui reconnaît comme un de ses attributs spécifiques. Je ne saurais trop insister sur ce point qui me paraît expliquer un grand nombre des phénomènes du doute pathologique, à savoir que tout se passe dans le domaine de la représentation, et que tous les sentiments, les émotions, les pseudohallucinations, les actes qu'on s'accuse d'avoir commis ou d'être prêt à commettre, les douleurs et quelquefois l'angoisse elle-même, ne sonl que des représentations des sentiments, des émotions, des perceptions, des actes passés ou futurs, des douleurs et de l'angoisse. D T où leur disparition rapide sous l'influence d'une excitation réelle, d où. leur non-aboutissement, d'où leur imprécision, d'où leur faible influence sur l'état général et leur concordance possible avec le sommeil, d'où enfin la persistance de la conscience qui les accompagne. Que l'on compare les effets produits chez des sujets exposés a des sentiments, des émotions, des angoisses véritables, et Ton se rendra compte

que tous les phénomènes accusés [par les douteurs pathologiques ne sont pas réels, mais de simples représentations.

Mais si la faiblesse cérébrale et l'émotivité suffisent à expliquer les phénomènes essentiels du doute, et si les autres se conçoivent comme des conséquences naturelles, logiques du doute, ou des réactions du douteur contre son doute, il reste à comprendre deux choses : l'obsession et l'oscillation, qui sont les caractères vraiment fondamentaux du doute. Nous voyons, en effet, des émotions se produire sous diverses causes, et amener avec elles des phénomènes d'épuisement nerveux, ou des troubles psychologiques, sans provoquer de doute. On constate, il est vrai, dans ces cas, l'absence d'oscillations mentales. Mais il faut alors se demander pourquoi ces oscillations se produisent dans certains cas et pas dans d'autres, chez certains individus et pas chez d'autres. Là est le nœud de la question, car, comme je l'ai dit à propos du doute normal, l'obsession ne constitue pas un état spécial, comme tendrait à le faire croire la rubrique sous laquelle on étudie les diverses manifestations du doute non accompagnées de phobies. L'obsession est, à mon avis, la conséquence même de la persistance de l'état oscillant de l'activité cérébrale, des représentations mentales en particulier, mais aussi, il ne faut pas l'oublier, de toutes les manifestations affectives ou organiques de cette activité. A quoi donc tiennent alors et ces oscillations et leur persistance? Et la faiblesse cérébrale jointe à l'émotivité exagérée suffisent-elles aussi à les expliquer? Je n'hésite pas à l'admettre.

Tout d'abord il ne faut pas assimiler l'émotion à l'émotivité, les phénomènes de l'émotion elle-même à la tendance émotive. Dans l'émotion il y a une décharge plus ou moins intense, plus ou moins prolongée, plus ou moins diffuse de l'énergie cérébrale, laquelle se répare ensuite et

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> permet au cerveau de fonctionner de nouveau d'une façon normale et régulière, coordonnée et adéquate à ses besoins. Dans l'émolivité, au contraire, il ne s'agit plus d'une réaction cérébrale qui se produit, mais dune simple tendance du cerveau à réagir d'une certaine façon sous l'influence de certaines excitations. Plus Féniotivilé est grande plus l'ébranlement cérébral surviendra sous l'influence de petites excitations. Mais, en raison même de leur faibleâse, elles ne détermineront que des réactions assez faibles aussi, superficielles en quelque sorte. L'émotivité consiste essentiellement dans la tendance du cerveau à laisser diffuser son énergie dans toutes les directions au lieu de l'appliquer à un travail précis, suivant une direction déterminée et adéquate à l'excitation. Une excitation faible déterminera donc dans un cerveau émotif une diffusion de l'énergie cérébrale qui pourra être très étendue, mais n'agira que faiblement sur les centres qu'elle atteindra. C'est précisément ce que Ton constate chez les douleurs : on est frappé de la futilité des motifs de leurs actes, et j'ai insisté sur ce fait paradoxal en apparence que plus les chances de voir survenir ce qu'ils redoutent sont rares, plus leur doute est grand; plus ils vont et plus ils reculent les limites de leurs doutes, et le doute engendre le doute, la peur engendre la peur, au point qu'ils finissent par avoir peur d'avoir peur, de douter s'ils doutent,

Par suite de la diffusion d'énergie due à Témotivité, une excitation faible fait surgir toutes les représentations possibles qui en dépendent, au lieu de n'en amener qu'une qui lui soit exactement correspondante, et qui provoque une réaction motrice ou autre adéquate. Aucun acte ne peut donc résulter de cette multiplicité de représentations. Mais vis-à-vis de 'toute excitation les représentations se produisent toujours sous deux formes opposées — par couples ou par séries accouplées, positive et négative, contrastantes,

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exclusives lune de rentre. Il en est ainsi normalement, mais Tuii des termes du couple l'emporte tellement sur

l'autre qu'il le masque et agit comme s'il était seul. Chez le douleur, au contrains à cause de la diffusion de l'énergie cérébrale» les termes opposés de chaque couple, et des couples opposés eux-mêmes, surgissent simultanément. Toute représentation tendant à se réaliser sous forme d'acte ou de croyance, la simultanéité de ces représentations opposées empêche l'un et l'autre- Mais comme la tendance persiste, d'autres représentations surgissent pour déterminer sa direction, soit dans un sens, soit dans l'autre, car il faut bien une conclusion à ce conflit. Seulement, en raison de la faiblesse de l'énergie cérébrale mise en jeu, ces nouvelles représentations, plus faibles encore que les premières, ne parviennent pas à une réalisation quelconque, et par le mécanisme naturel de l'association psychologique, des représentations contrastantes, opposées, surgissent à leur tour. Et ainsi de suite jusqu'à confusion complète, ou arrêt sous l'influence de l'épuisement ou d'une excitation forte venue du dehors.

Tel me parait être le mécanisme de ces oscillations qui s'établissent dans les phénomènes d'activité cérébrale, soit d'emblée, quand une représentation positive, par exemple, fait surgir une représentation négative, soit par adjonction de représentations de sens contraire quand les premières se sont produites simultanément. Dans les deux cas aucune d'entre elles, aucun de leurs groupes, ne sont capables de déterminer un acte ou une croyance, c'est-à-dire d'aboutir au cycle complet qui va [d'une excitation donnée à un acte ou à une croyance adéquats en passant par la [représentation consciente de cet acte ou de cette croyance. [TToul reste ainsi dans le domaine de la représentation, de l'imaginaire, du possible, du rêve. 11 n'est pas besoin d'imaginer une fonction spéciale du réel pour comprendre que cet état rend

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