THÉORIE PSYCHO-PHYSIOLOGIQUE
impossibles la perception do ce qui est et l'action qui y correspondrait.
Par suite aussi de cette faiblesse de résistance cérébrale, aucun phénomène d'arrêt ne peut se produire, et l'activité cérébrale devient automatique, d'où l'aboulie, la rumination mentale, jusqu'à ce qu'une excitation forte venue du dehors, ou une sorte de réveil de l'activité dans un sens déterminé fasse cesser cet état d'oscillation.
Quant aux troubles de la personnalité, et, en particulier, au dédoublement qu'on observe constamment chez les douteurs, ils résultent directement de ces oscillations qui se produisent entre les représentations, entre les sentiments, les tendances, les désirs, les volitions même, entre les perceptions et les représentations, et qui justifient aussi toutes les contradictions, toutes les antithèses, tous les revirements qu'on observe chez les douteurs.
Le doute pathologique ne diffère donc du doute normal que par l'exagération et la persistance de ses manifestations. Il est constitué des mômes éléments, et le fond sur lequel il se développe est aussi le même, avec cette seule différence qu il est préexistant aux occasions de douter, et offre ainsi un champ toujours propice au développement du doute.
11 s'agit en somme dans le doute normal d'un simple cas de mécanique et de dynamique cérébrale, où des forces en présence se contrebalancent pendant un certain temps, et où ce conflit amène un état de malaise particulier.
Dans le doute pathologique la mise en jeu de ces forces antagonistes est favorisée par l'émotivité préalable et par la faiblesse de résistance spéciale du cerveau; la maladie du doute n'est donc qu'une forme particulière de l'émotivité morbide, et le doute obéit aux lois que j'ai cherché à déterminer pour l'émotion elle-même. Celle-ci est beaucoup plus simple d'ailleurs que lui, car elle peut être complète-
ment dépourvue de l'élément intellectuel qui semble prendre dans le doute une importance quelquefois considérable, soit sous forme d'interprétations à ses données, soit sous forme de réactions logiques, mais qui n'est en réalité jamais qu'accessoire. L'automatisme du doute pathologique montre bien qu'il obéit à des lois physiologiques d'un parfait déterminisme, et ces lois se rattachent, comme celles de l'émotion, aux 'grandes lois physiques et mécaniques générales. L'étude du doute vient ainsi à l'appui de la thèse que je soutiens depuis nombre d'années, que les phénomènes psychologiques sont plus faciles à comparer aux phénomènes physiques, aux lois desquelles ils obéissent, que les phénomènes physiologiques et biologiques euxmêmes.
La maladie du doute a donc pour base un état physiologique spécial du cerveau et pour expression le doute sous ses diverses formes, avec ses manifestations, ses réactions et ses conséquences multiples. C'est à cet ensemble qu'on a donné le nom de psychasthénie qui me paraît défectueux à plus d'un titre : il indique, en effet, un état d'épuisement qui est loin d'être constant, ou au moins de faiblesse dont le caractère très spécial n'est pas mis en relief; il tend en outre à faire considérer l'esprit comme atteint primitivement et d'une façon globale, alors que ses troubles ne sont que l'expression de l'état physiologique du cerveau et ne comprennent qu'une partie plus ou moins grande des phénomènes psychologiques ; il méconnaît le caractère physiologique fondamental de la maladie qui est l'émotivité, et son caractère psychologique essentiel, qui est le doute, dont tous les autres dérivent; par sa généralité il permettrait de ranger sous cette rubrique une foule d'états très dissemblables, ayant un fond commun de faiblesse psychologique, alors que cette faiblesse a un cararactère très spécial et consiste dans un défaut de résistance cérébrale permettant