ABUS DE LA PSYCHOTHÉRAPIE
ses impressions, de ses émotions, de ses actes, constituant le fond essentiel de leur méthode, C'est celle du D r Dubois (do Berne) et c'est celle des Christian ScicntisLs d'Amérique, dont elle se rapproche de plus en plus, dont elle a môme jusqu'à un certain point le caractère mystique, d'où le prosélytisme et, en quelque manière, le fanatisme de leurs adhérents. Car dans les deux méthodes on demande aux sujets qui s'y soumettent un véritable acte de foi préalable, un acquiescement à la philosophie qu'elles recouvrent. On sort véritablement du domaine médical pour entrer dans celui de la thaumaturgie.
Par leur principe même, tout le physiologique est laissé de côté. Ce défaut de résistance cérébrale, cet épuisement rapide de l'énergie disponible, on n'en tient aucun compte. ce n'est que par « veulerie » et par égoïsme qu'on se c dil incapable d'agir, et de maîtriser ses émotions, ses peurs, ses doutes. 11 semblerait, d'après ces doctrines, que tous les cerveaux fussent capables moralement du même effort, du môme travail. Le résultat est qu'après avoir obligé les sujets à dépenser en actes souvent inutiles et fatigants leurs dernière» forces, et leur avoir donné l'illusion de leur volonté et de leurs capacités, ils retombent plus bas que jamais et viennent chercher chez les physiologues ce que les psychologues n'ont pu leur donner, la guérison.
Cette faiblesse de résistance cérébrale étant nn phénomène essentiellement physiologique, constitutionnel, sur lequel la volonté — au sens où ces psychologues l'entendent — ne peut avoir aucune action, il me semble, au contraire, qu'on doit en tenir le plus grand compte, comme on le ferait s'il s'agissait de n'importe quelle machine destinée à produire de l'énergie ou à la transformer. Deux buts doivent être poursuivis à cet égard : augmenter par tous les moyens possibles la résistance cérébrale, et empêcher par tous les moyens possibles l'épuisement de l'énergie
SOLDEE. — DûUli!. J k
cérébrale. Les deux choses sont corrélatives Tune de l'autre : si Ton veut augmenter ses ressources, le plus simple est d'abord de restreindre ses dépenses et de laisser à des réserves le temps de se constituer.
Pour atteindre ce double but il faut, au préalable, que l'organisme soit dans un bon état de fonctionnement, dans un équilibre aussi grand que possible, car, comme nous l'avons vu, le doute peut trouver son origine dans la constitution insuffisante de l'appareil moteur. La santé physique doit donc être surveillée d'une façon particulière chez les émotifs, prédisposés par cela même au doute. La circulation, les sécrétions et la nutrition générale nécessitent une attention spéciale, en raison des réactions vasomotrices et secrétaires qui accompagnent tous les états émotionnels et qui retentissent indirectement sur l'assimilation. D'autre part, les exercices physiques qui mettent en jeu l'initiative, la précision et la rapidité des mouvements, sans cependant demander un grand effort, ou une grande dépense d'énergie motrice, sont particulièrement indiqués : il faut, bien entendu, éviter tout surmenage, car la fatigue, qu'elle soit d'origine physique, intellectuelle, ou morale,
est toujours, en fin de compte, la fatigue du système
> nerveux.
Mais je ne puis insister ici sur ce côté physiologique de la prophylaxie de l'émotivité, et j'en arrive aux moyens d'augmenter la résistance cérébrale et d'éviter son épuisement trop rapide. C'est une question d'éducation d'abord, de direction ensuite, suivant l'âge des sujets auxquels on s'adresse.
Le meilleur moyen d'augmenter la résistance cérébrale est l'entraînement progressif à des actions ou à des inhibitions. L'impulsivité des émotifs, la diffusion de leurs réactions, et leur incapacité à réaliser leurs représentations, indiquent le double travail qui s'impose à l'éducateur. Il
consiste essentiellement à éviter tout effort, tout travail inutiles ; à ne demander au cerveau que la dépense d'énergie dont il est capable, mais à l'appliquer d'une façon complète et effective, c'est-à-dire à un but déterminé ; à organiser le travail cérébral de façon que tous les centres cérébraux soient successivement mis en branle, et non pas toujours les mêmes. L'éducateur devra toujours fixer l'attention du sujet sur quelque chose de précis, de défini, et ne pas laisser le cerveau travailler à vide, rêver. Il faut se rappeler, d'autre part, que tout travail accompli dans l'état de fatigue épuise le cerveau dans des proportions bien plus considérables que pendant l'état normal, et exige, pour réparer l'épuisement produit, un temps beaucoup plus long que si le travail est fourni à des intervalles permettant la réparation complète de la fatigue produite. On doit donc éviter à la fois le surmenage «t la rêverie.
Ce sont là des notions d'ordre général en matière d'éducation, mais qui prennent une importance encore plus grande quand il s'agit des émotifs. Chez eux, une des causes d'épuisement les plus marquées c'est l'émotion, c'est le surmenage sentimental ou moral. Il faut donc éviter toutes les émotions inutiles, et lorsqu'on fait appel à leurs sentiments, à leur volonté, agir avec une grande prudence. La mise enjeu de leur sentimentalité, de leur amourpropre, de leur crainte de faire mal, peut amener des incon^ vénients beaucoup plus grands que les avantages qu'on paraît en retirer. Cela contribue en effet à développer chez eux l'émotivité, le scrupule, la sensibilité exagérée, qu'il s'agit précisément de combattre. L'éducation des émotifs doit être par-dessus tout objective et positive, réaliste, expérimentale et pratique.
Étant donnée la difficulté qu'a l'émotif ou le douteur à passer de la représentation à l'action, il faut employer chez lui des méthodes de travail, et créer des habitudes, telles
que toute représentation d'un acte à exécuter à un moment déterminé soit toujours suivie de cet acte au moment voulu; il faut, en outre, que le sujet prenne l'habitude de ne rien laisser inachevé avant de passer à un autre acte.
L'imaginai ion qui, chez rémotif, est si développée, doit être refrénée par tous les moyens possibles. Qu'elle évoque le passé, ou quelle s'applique à l'avenir, qu'elle agite le possible passé ou futur, elle est toujours une entrave à Vaetimi présente* Or, e'esl dans la réalité présente qu'il faut vivre et par conséquent açir. C'est donc dans l'actualité même qu'il faut toujours ramener l'émotif elle douteur.
Par là on l'empêchera de se préoccuper d'une séri*< de problèmes dont la solution impossible à atteindre lui apparaît comme nécessaire pour agir, Telles sont les craintes concernant la santé physique, qui le conduisent aux phobies hypochondriaques ; telles sont les questions philosophiques, métaphysiques, morales et religieuses, au milieu desquelles il se perd, dont les contradictions le troublent, dont les obscurités le rendent perplexe et défiant de luimême.
Nous avons vu que l'esprit critique est très développé chez le douteur. Ce développement provient en grande partie de son émotivité, grâce à laquelle toutes les représentations possibles inhérentes à un objet donné apparaissent en môme temps. Cet esprit critique, qui peut permettre quelquefois aux autres d'apercevoir tous les aspects d'une question, leur est souvent une gène pour agir, en leur faisant perdre de vue la valeur relative des raisons positives et des objections, Mais pour le douteur lui-même c'est par excellence une cause dlnaction, d'autant plus que chez lui les mots finissent, presque toujours par se substituer aux faits eux-mêmes et que la discussion de ce qu'il faut faire devient toute nominale et verbale.
Si l'esprit critique a des avantages, il a donc des incon-
vénients aussi, quand il cesse de s'appliquer aux faits, à l'expérience. Il est donc indispensable d'habituer le douteiir ou le candidat au doute à le réprimer, à le canaliser, en l'obligeant à s'en référer toujours aux données de l'expérience, à chercher dans ces données la justification de ses hypothèses ou de ses conclusions, s'il aboutit à ces dernières.
C'est dans ce contrôle seul que le sujet peut trouver une base d'action. Il faut donc lui apprendre à vérifier ainsi sa critique. Car un fait, une expérience, l'emportent toujours sur un raisonnement si logique qu'il soit. Si l'émotif s'applique à lui-même cet esprit critique, ce contrôle lui est plus indispensable encore, et c'est seulement en se mettant à l'épreuve qu'il sait ce qu'il est capable' de faire. Toutes les représentations de ôon imagination, toutes les intuitions et tous les sentiments qu'il peut avoir ou qu'il croit avoir de sa valeur et de ses capacités, ne lui servent de rien pour agir, pour savoir s'il peut agir. Il n'a qu'un moyen d'être renseigné, c'est d'agir.
C'est à ce prix seul qu'il prendra conscience de sa force réelle, et qu'il pourra avoir confiance en lui-même pour l'avenir, au lieu de rester inactif dans l'incertitude de sa possibilité d'agir.
Il faut donc chez l'émotif développer toutes les initiatives, le forcer à prendre des responsabilités, le pousser toujours à l'action. On procédera, bien entendu, d'une façon gra^duelie, mais lu point capital est d'exiger toujours de lui quîl-aïlle jusqu'au bout de ce qu'il a entrepris. A l'éducateur de ne lui demander jamais que des tâches qu'il pourra sûrement accomplir entièrement et qui lui laisseront cette impression qui! aurait pu en assumer une plus forte, fournir un effort plus prolongé. J'ai dit déjà que, quel que fût l'objet du doute, c'était toujours, en définitive, de soi-même qu'on doutait. C'est donc à donner confiance en
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soi-même au douteur qu'on devra s'appliquer par-dessus tout.
Outre son esprit critique exagéré, il est un autre écueil qu'il faut éviter chez le douteur, c'est sa sensibilité excessive, qui lui fait percevoir ses sensations, analyser ses sentiments avec une subtilité, et souvent d'ailleurs une justesse remarquables. Mais en môme temps il grossit, déforme ces sensations et ces sentiments, et, ce qui est pire, les interprète alors d une façon erronée. Cette faculté d'autoobservation le conduit souvent à deux écueils aussi dangereux l'un que l'autre : le culte du moi, et la sensiblerie. Nous avons vu sévir ces deux formes de faiblesse et d'impuissance dans les vingt dernières années du dix-neuvième siècle, où toute une littérature aussi artificielle que prétentieuse, aussi anormale que malsaine, a exalté cette recherche vaine de sensations et de sentiments rares et subtils, cette contemplation de soi-même, qui ne sont que l'indice d'une singulière indigence de cœur et d'ëtroitesse d'intelligence. Elle n'en a pas moins exercé une fâcheuse influence sur la génération de cette époque qui y trouvait peut-être, d'ailleurs, la justification de son apathie en face des grandes idées générales et des sentiments désintéressés qui avaient animé nos pères. Nous en voyons aussi la trace dans cette sensiblerie absurde qui se manifeste aujourd'hui à l'égard de l'enfant, qu'on habitue trop tôt à s'analyser, et dont on développe d'une façon anormale la sensibilité et l'émotivité aux dépens de sa raison et de son activité.
La prophylaxie du doute n'est, en somme, que le frein mis à l'émotivité sur laquelle il repose. Elle consiste essentiellement à développer l'individu dans le sens objectif, réaliste, aux dépens de sa subjectivité et de son imagination, à lui donner des habitudes d'initiative et de responsabilité, et des méthodes d'action. Elle doit avoir pour but de l'adapter aux conditions de l'existence, et à ne réagir aux impressions et