SCÈNE III
FRANCINE, seule.
Ils disent : Pauvre barque! Eh bien, et le pauvre petit Fleurde-Mer? Ah! c’est égal! si la barque est perdue, je suis perdue aussi : on me marie malgré moi. Et Bernard? mon pauvre Bernard ! Il a été bien terrible, mais il n’était pas méchant. C’est un peu comme toi, vilaine mer... qu’on aime. Tu m’as fait peur souvent, mais enfin, tu ne m’as jamais fait do mal. Tu m’as bercée, tu m’as nourrie, tu portes dans ce moment notre fortune, et Fleurde-Mer, et Bernard; tu nous les ramèneras. Quand vas-tu me le ramener, Bernard?... Ah! je lui parle, comme si elle pouvait me répondre. Mais, oui, quand le Drac veut, on dit qu’il vous ré-/ pond très-bien. Je n’ai qu’à écrire le nom de Bernard sur lo sable. (Elle l'écrit avec un jonc marin.) Si les trois premières lames n'effacent pas les lettres... En voilà une... deux... troisl Ah! Bernard reviendra, Bernard va revenir! O Drac,* mon bon petit Drac, tu as retenu trois fois la vague, merci! Ah! si j’osais t’appeler!... (un brusque coup de vent.) Dieu ! la tempête qui arrive! est-ce que je t’ai fâché, bon Drac? Ah! dans les sifflements du vent, si on ne croirait pas entendre les ondins crier et rire! (second coup de vent plu9 fort. T.'air s’est assombri. Tonnerre. ) Maison n’vpeut plus tenir!... Ôh! j’ai peur!... Pauvre petit Fleur-de-Mer! (Eue sort encourant.)