‹ Le dragon de la reineChapitre 10 sur 11 · LU DU A G ON · texte numérisé non relu

LU DU A G ON

— J*ai (Je bonnes nouvelles aussi, seigneur capitaine, s'empressa de dire le bandit.

— Voyons d'abord les mauvaises.

— Nous ne sommes pas assez nombreux pour donner Tassaut à la tanière des coyotes, et je suis dépêché pour prier Votre Seigneurie de .nous envoyer du renfort.

— Qui t'envoie ? le lieutenant Lantejas?

— Lantejas n'enverra plus personne; depuis ce matin, sa tête est accrochée à la porte de l'hacienda.

— Tripes du diable! s'écria le guérillero.

— Sa tête n*est pas seule, du reste; il y a encore celles de Salinas et du Tuerto

avec la sienne, sans compter Matavidas, Sacamedios et Piojento, qui ont été pris et pendus vivants par les pieds aux crénaux de rhacienda, et que nous avons dû achever de loin, à coups de carabine, pour abréger leurs souffrances.

— Tant pis pour eux ! pourquoi se sont-ils laissé prendre vivants?

— C'est ce que je leur ai dit; je leur ai crié que Votre Seigneurie serait très mécontente; mais ils ne paraissaient pas s'en soucier beaucoup, reprit le Gaspacho d'un air agréable.

— De sorte que vous n'êtes plus que quarante-quatre?

— Faites excuse; il y en a encore quatre autres qui ont été pendus par le

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COU ; ceux-là ne nous ont pas fait user de poudre pour les achever.

— Dix hommes de moins! dit Arroyo en frappant du pied avec rage. Yais-je encore perdre celte guérilla comme la première? Voyons à présent la bonne nouvelle?

— Hier soir, un cavalier s'approchait de rhacienda det Valle, comme s'il n'avait qu'à se présenter pour y entrer, quand il est tombé sous l'œil de nos vedettes, qui se sont jetées sur lui, et, après une vive résistance, il a pu s'échapper. Ne froncez pas le sourcil, seigneur capitaine, les deux vedettes en ont été quittes, l'une pour une épaule fracassée d'un coup de pistolet, l'autre pour une chute de cheval.

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Pressé de trop près par ce dernier, le cavalier royaliste Ta enlevé de ses arçons et lancé à terre comme une noix qu'on veut briser. 11 n'est resté que deux heures évanoui.

— Je ne connais qu'un homme assez fort pour faire un coup semblable, dit Bocardo en pâlissant; c'est ainsi qu'il a tué Antonio Valdès : c'est l'enragé Très Villas.

— Et c'est lui, en effet, car Pépé Lobos a entendu les ronflements de ce cheval qu'il montait, le jour où avec vous il a manqué de le prendre à las Palmas, et il a bien reconnu le cavalier à sa tailje et à sa voix, quoiqu'il fît nuit. Dix hommes se

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sont lancés à sa poiirsnito, el. à l'henre qu'il est, le colonel doit être pris.

— Sainte Vierge! je vous promets un cierge gros comme un palmier si cet homme tombe entre nos mains ^ dit le chef des guérilleros,

— Gros comme un palmier! y pensezvous? s'écria Bocardo,

— Taisez-vous donc! c'est pour l'amadouer, répondit Arroyo à voix basse.

— Qu'il s'échappe encore cette fois ou* non, nous le tenons; c'est moi qui vous en réponds, ajouta Bocardo. Si je sais bien son histoire, avec le message qu'on veut lui faire tenir on Tamènera au bout du monde.

Comme il achevait ces mots, la femme

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d'Arroyo rentrait dans la lente la figure aussi bouleversée par la colère que la première fois.

— La cage est vide ; Toiseau s'est envolé! s'e'cria-t-elle, et avec lui le gardien à qui je l'avais confié, Tindigne Juan el Zapote!

— Sang et tonnerre! hurla Arroyo, qu'on se mette à leur poursuite! tlolà! continua-t-il en soulevant un pan de sa tente, vingt hommes à cheval ! que l'on batte les bois et les bords du fleuve, et qu'on ramène les deux fugitifs pieds et poings liés, vivants surtout.

Pendant que les trois personnages se regardaient d'un air de stupéfaction, un

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grand iiiouvemeni avait lieu dans le camperaenl, où chacun rivalisait de zèle pour être prêt le premier.

— Caramba ! si le colonel échappe à ceux qui sont sur ses traces et qu'on ne puisse reprendre ce messager de malheur, adieu mes combinaisons! s'écria Bocardo; et, tandis que la femme d'Arroyo sortait pour aller accélérer le départ des cavaliers : — C'est égal, dit-il à celui-ci, nous avons toujours, pour nous consoler, l'hacienda de San-Carlos.

— Oui, j'ai besoin de distraction, répondit Arroyo avec un farouche sourire ; ce soir nous nous divertirons, et demain nous livrerons un assaut furieux au repaire des brigands espagnols, et nous ne

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laisserons pas pierre sur pierre de cette hacienda maudite del Valle.

— Oui, à demain les affaires sérieuses, répliqua Bocardo en se frottant les mains; mais nos hommes sont prêts à partir, reprit-il en jetant un coup d'œil au dehors; si vous m'en croyez, au lieu de vingt, vous n'en enverrez que dix : c'est suffisant pour donner la chasse à ces deux drôles. Avec le renfort qu'il va falloir expédier tout de suite à l'hacienda del Valle, il nous resterait trop peu de monde au quartier général.

Arroyo se rendit à l'avis de son associe. Parmi les vingt hommes prêts à partir, il en choisit dix des mieux montés, et les

autres reçurent l'ordre de se diriger vers m 16

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el Valle. Mais, comme leur départ élait moins pressé, pendant qu'ils complétaient leurs préparatifs pour une expédition de plus longue haleine, les cavaliers chargés de poursuivre le messager et Juan et Zapote poussèrentleurs chevaux avec ardeur dans le gué de TOstuta. On supposait que les fugitifs avaient cherché un refuge dans les bois épais qui couvraient la rive gauche du fleuve, après Favoir traversé à la nage pendant la nuit.

Oïl le plug effrayé n'est pa» celui qu'on peuM.

La partie du rapport d'el Gaspacho, qui était relative au colonel Très Villas, ne doit pas laisser de doute sur le but que poursuivaient les huit cavaliers que nous avons montrés, assemblés en conseiî,dans une des clairières des bois de TOstuta.

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C'étaient bien des soldats d'Arroyo qui s'étaient lancés à sa poursuite, cependant, si on se rappelle les paroles du Caspacho, ils étaient dix alors, et nous n'en trouvons plus que huit.

Avant de faire savoir comment leur * nombre avait diminué dans cette proportion, il faut nous reporter à l'instant où don Rafaël allait quitter le* champ de bataille de Huajapam. Quand les chants de victoire proférés par les soldats de Trujano eurent enfin cessé, don Rafaël réfléchit que, pour faire seul un voyage d'une trentaine de lieues, à travers un pays presque totalement insurgé, il devait prendre, quoi qu'il en eût, certaines précautions d'où dépendait sa sûreté.

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Son nnifonne brodé, son casque, tout son équipement, en un mot, devait trop le .signaler sur son passage. Il était d'ailS leurs mal armé; sa longue épée de dragon s'était brisée pendant le combat ; il était urgent de remédier à tout cela.

11 ne pouvait ni entreprendre de pénétrer jusqu'à sa tente pour y chercher de nouvelles armes et changer de costume, 'ni espérer qu'elle n'eût pas été pillée comme toutes celles du camp royaliste.

Pon Rafaël revint néanmoins sur ses pas, espérant que le champ de bataille lui fournirait ce dont il avait besoin. Ses prévisions ne le trompèrent point.

Sans s'aventurer assez près des insurgés pour courir de nouveaux risques, le

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colonel put trouver, à Tendroit le plus éloigné de Huajapam, où Caldelas et lui avaient soutenu le choc de Morelos, -une épée à deux tranchants pour remplacer la sienne. Il échangea aussi son casque contre le chapeau de feutre d'un insurgé, dont la forme portait, sur un chiffon sale, les mots sacramentels : Independencia o muertel 11 déchira le chiffon, le foula aux pieds et se coiffa du chapeau.

11 prit aussi, en place de son uniforme d'officier de cavalerie, une jaquette de soldat d'infanterie, et, ainsi équipé, quoique son accoutrement ne laissât pas d'être assez remarquable par sa bizarrerie, après s'être assuré que ses deux pistolets étaient en bon état dans ses fontes et que son

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cartouchier était bien garni; il reprit sa route et poussa résolument le Roncador

Nous n'entrerons pas dans le détail de toutes les précautions que le colonel dut prendre pour éviter de tomber dans les partis d'insurgés qui battaient la campagne. Nous dirons seulement que, autant que possible, il ne voyageait que de nuit.

Mais voyager de nuit n'offrait même pas un moyen bien complet de sûreté, et le colonel eut plus d'une fois besoin de tout son courage et de tout son sangfroid pour se tirer d'un mauvais pas.

Le soir du troisième jour de son départ, a la brune, il était arrivé près de son domaine et il espérait y être en sûreté quel-

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qiies instants après, quand deux vedettes de la troupe d'Arroyo, qui assie'geait ou, pour mieux dire, bloquait el Valle, l'aperçurent et se précipitèrent sur lui pour le prendre.

Arroyo avait recommandé qu'on en agît ainsi à Tégard de tout individu qui- se présenterait dans le voisinage de Thacienda.

Sans savoir qu'il eût affaires aux soldats du guérillero qu'il avait juré d'exterminer, don Rafaël n'était pas homme à souffrir de qui que ce fût une attaque aussi brusque et aussi discourtoise. On sait comment les deux agresseurs furent accueillis; seulement, el Gaspacho avait un peu fardé la vérité dans son rapport.

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L'un d'eux avait eu 1 épaule fracasse'e si près du cœur qu'il en était mort deux heures après, et, quant au second, avant de le jeter rudement à terre, le colonel avait pris la précaution préalable de lui plonger son poignard entre les deux épaules.

Bien qu'il se fût mis ainsi à l'abri de toute indiscrétion de la part de ces deux bandits, le colonel avait malheureusement donné Talarme en déchargeant un de ses pistolets, et comme les assiégeants avaient reçu Tordre de tenir, jour et nuit, sellés et bridés un certain nombre de chevaux, une dizaine de cavaliers s'étaient jetés en selle en entendant le bruit de l'arme à feu.

"ioO M-: OH A G ON

Le colonel avait hésité un instant, indécis s'il continuerait sa route vers l'hacienda, ou s'il rebrousserait chemin pour revenir lorsque la nuit serait plus obscure, et ce moment d'incertitude fut cause que les cavaliers, qui enfourchaient leurs chevaux pour s'élancer à sa pour- , suite, purent l'apercevoir, et l'un d'eux, nommé Pépé Lobos. le reconnut, malgré l'heure avancée du jour, à sa tournure et à sa taille d'abord, puis aux ronflements de son cheval.

La haine même qu'Arroyo avait conçue pour le colonel, fut ce qui lui sauva la vie en cette occasion. Quelques coups de carabine auraient sans doute fini là ses aventures, si Tespoir d'une forte récom-

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pense, promise par le féroce guérillero, a qui le lui amènerait vivant, n'eût engagé les cavaliers à essayer d'en courir la chance.

Le colonel, à leur aspect, avait pris chasse devant eux, avec l'espoir de trouver au milieu des bois épais qu'il venait de traverser un abri impénétrable à leurs chevaux.

Il poussa vigoureusement sa monture et put gagner, bien avant ceux qui le poursuivaient, la route sinueuse de Huajapam, pratiquée à travers la forêt. Il remonta cette route ventre à terre, et quand il jugea qu'il avait assez d'avance sur les cavaliers, il se jeta brusquement au milieu des arbres et ne s'arrêta que

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lorsqu'il ne lui fui plus possible de pénétrer plus avant dans le fourré qui lui barrait le passage. Il mit alors pied à terre, et. tirant son cheval par la bride pendant quelq::e temps, il arriva à un hallier fort épais, où il l'attacha.

Il pensa ensuite à trouver un gîte où il pûtprendre quelque repossans être aperçu par ses ennemis, s'ils continuaient leur poursuite ; un magnifique cèdre-*acajou, dont le feuillage touffu était impénétrable à la vue, se trouvait dans le voisinage. Il résolut d'y grimper, et, quoique son énorme tronc ne lui permît pas d'en embrasser la circonférence pour se hisser jusqu'aux branches, il y parvint à l'aide de fortes lianes qui pendaient comme des

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cordages de la cime de Tarbrc jusqu'à terre.

Le colonel se plaça, le moins mal qu'il put, entre deux grosses branches, et se disposa à y attendre le jour pour prendre une détermination. Il espérait ou que ses ennemis, ayant perdu sa trace, renonceraient à le poursuivre, ou que, pour le cerner et lui couper la retraite, ils mettraient pied à terre et se diviseraient en marchant deux à deux.

Dans ce dernier cas, retranché derrière les arbres et protégé par le fourré, ' il se confiait assez en sa force et en son courage pour ne pas désespérer de les terrasser tous en détail.

La nuit était venue, et la lune, du haut-

de la voûte étoilée du ciel, lançait des flots de lumière. Quelques-uns de s€S rayons, qui s'échappaient à travers Yépaisseur du feuillage, jetaient dans la retraite de don Rafaël une faible lueur semblable au crépuscule du soir, au moment où ses dernières clartés vont s'éteindre.

Le colonel prêtait une oreille attentive au moindre bruit qu'il croyait entendre ; mais, sauf le murmure de la brise dans les arbres et le glapissement lointain des chacals, sauf la voix de l'oiseau moqueur et le léger frétillement d'une iguane sur les feuilles sèches, tout reposait en silence dans la forêt.

L'air frais et embaumé que respirait don Rafaël, le voile de la nuit qui l'enton-

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rait de toute part, ce calme imposant et solennel qui régnait autour de lui, tout semblait le convier aux douceurs du sommeil. Il sentit ses paupières s'appesantir insensiblement, et bientôt une invincible torpeur s'empara de tout son être.

L'homme, e'puisé parla fatigue du corps ou de l'esprit, a besoin de repos; la bienfaisante Providence lui envoie le sommeil pour re'parer ses forces. Dans son ineffable bonté, elle l'envoie parfois au condamné, dans la nuit qui précède son supplice, et c'est par elle également que- s'explique ce profond sommeil de certains conquérants, la veille du jour où ils allaient livrer l'empire du monde aux hasards d'une bataille sanglante.

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Sans ôlre prodigieusement inquiet, le colonel pensait que la prudence exigeait qu'il se tînt éveillé. 11 lutta longtemps contre le sommeil, mais en vain. Le sommeil fut le plus fort. Alors il entortilla autour d'une branche de l'arbre et de son corps la longue ceinture de soie que portent encore aujourd'hui dans son pays les officiers de son grade ; il avait eu soin de la conserver, en la cachant sous sa jaquette. A peine se fut-il ainsi prémuni

contre le danger d'une chute, qu'il s'endormit profondément au sommet de son arbre.

La plupart des hommes enrôlés au service d'Arroyo étaient des gens de la campagne, dressés de longue main, par

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conséquent, à distinguer sur le sol toute espèce d'empreinte, et, si ce n'eût été la nuit, ils n'auraient pas dépassé sans s'en apercevoir l'endroit où le colonel avait tout à coup quitté la route battue pour se jeter dans le bois. Mais à la lueur incertaine de la lune, qui n'éclairait le sentier qu'à travers les interstices du feuillage, la personne du colonel et la trace des pas de son cheval étaient invisibles à leurs yeux.

Ce ne fut qu'à une assez grande distance des premiers taillis, derrière lesquels don Rafaël avait disparu, qu'ils firent instinctivement halte. S'engager tous à la fois dans le bois eût été s'interdire toute chance de trouver celui qu'ils

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poursuivaient, et, ainsi que le colonel l'avait présumé, ils se divisèrent et se mirent deux à deux. Ils s'assignèrent un rayon a explorer, et après être convenus de se réunir au bout de quelques heures dans la clairière, près du chemin où ils venaient de descendre de cheval, ils se séparèrent pour commencer leur battue.

Quoique en y mettant beaucoup de prudence, à cause de la terrible réputation dont jouissait don Rafaël, ils s'acquittèrent d'abord de leur tâche avec assez de conscience; mais, petit à petit, quand la première ardeur fut un peu calmée, une même idée se présenta à leur esprit presque en même temps. Tous avaient vu avec quelle formidable aisance le colonel

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s'était défait de deux d'entre eux, et ils jugèrent qu'ils avaient eu grand tort de s'affaiblir ainsi en se divisant. Cependant, comme ils ne pouvaient songer a regagner tout de suite la clairière désignée pour se réunir, avant un laps de temps suffisant •pour sauver les apparences, ils continuèrent leurs recherches, mais avec une notable nonchalance. •

— Carambal le beau clair de lune, dit Pépé Lobos à son compagnon ; cela me fait penser...

— Que le colonel pourrait bien nous voir? interrompit son compagnon.

— Ah bah! Ce diable d'homme est introuvable, et je pense que, puisqu'on y voit comme en plein jour, tu pourrais

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bien m*apprendre ce que lu me fais espérer depuis longtemps; c'est-à-dire le moyen d'amener la carte dont on a besoin pour gagner un albur (1); j'ai précisément dans ma poche un jeu tout neuf. -

— C'est plus facile avec un jeu tout vieux; mais comme je tiens à l^être agréable et que, comme tu le dis très judicieusement, ce colonel du diable est introuvable, je me rends à ta prière, mais pour un instant seulement.

— Sans doute le temps de battre un peu les caries.

Les deux insurgés s'assirent sur la mousse, à un endroit où la lune jetait (1) Coup au jeu du monte, sorte de lansquenet.

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une vive clarté ; Pépé Lobos lira son jeu de cartes de sa poche et la leçon commença ; elle se prolongea de telle sorte, par Fardeur du maître et la docilité de Fécolier, que le colonel eut le temps de faire entre ses deux branches tous les rêves dont il plut à son imagination de le bercer, avant qu'ils ne songeassent à interrompre son sommeil.

Déjà, depuis longtemps, deux autres des batteurs de bois usaient, à Tégard de don Rafaël, d'une courtoisie toute semblable.

— Ainsi, Suarez, avait dit le premier de ces deux hommes au second, c'est bien cinq cents piastres, n est-ce pas, que pro-

met le capitaine à qui lui livrerait le colonel vivant?

— Oui, cinq cents piastres, et c'est une belle somme.

— Et, au cas où Ton se ferait casser un bras ou une jambe sans réussir à le prendre, le capitaine a-t-il promis quelque chose ?

— Pas que je sache. Si cependant on lui apportait un certificat en règle...

— Du colonel ?

— Sans doute.

— Écoute, ami Suarez, lu as de la famille et moi je suis garçon, et je croirais te faire tort en t'enlevant loccasion de gagner cinq cents piastres. Je te laisse, en bon camarade, la chance tout entière

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de prendre ce colonel de Satan, qui vous jette à terre un cavalier comme il ferait d*un chevreau de six semaines, ou, du moins, d'obtenir de lui une attestation bien authentique.

A ces mots le bandit s'étendit sur l'herbe.

— Il y a deux nuits que je n'ai dormi, ajouta-t-il, je tombe de sommeil, etquand lu auras pris le colonel, tu viendras m'éveiller; n'y manque pas, surtout, sans quoi je dors jusqu'au jour.

— Poltron ! répondit Suarez, ?je vais aller gagner la somme tout seul.

Suarez n'avait pas encore disparu que son camarade ronflait déjà.

Ainsi, sur dix hommes, trois avaient

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renoncé à poursuive don Rafaël, tandis que le dialogue suivant s*entaniait sur un ' autre point, entre deux autres :

— Demonio I que voilà une lune ridicule avec sa clarté I disait le premier en maugréant, tout au rebours de Pépé Lobos, qui trouvait cete clarté si propice pour jouer aux cartes. Ce damné colonel n'aurait qu'à nous apercevoir!

-^ Le fait est, répondit le second, que ce serait fâcheux, car il s'enfuirait à notre approche.

— Hum ! je n'en sais trop rien, il n'a pas l'air d'aimer à fuir.

— Avez-vous vu avec quelle force il a enlevé de sa selle Panchito Jolas?

— J'ai fait quelques chutes de cheval

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et je ne m'en porte pas plus mal ; mais je frémis en pensant à celle du pauvre Jolas.,. Ave^ Maria I N'avez-vous rien entendu ?

Les deux bandits prêtèrent Toreille, beaucoup plus effrayés que don Rafaël, qui continuait de dormir sur son arbre.

Ce n'était, toutefois, qu'une fausse alerte; mais les deux compagnons venaient de trahir si naïvement la terreur que leur inspirait le formidable colonel, que le masque sous lequel ils cherchaient à se tromper l'un l'autre une fois tombé, ils convinrent, sans fausse honte, de regagner prudemment la clairière désignée pour le rendez-vous, où ils ne courraient

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pas le risque de trouver celui qu'ils cherchaient.

l.es quatre autres continuèrent leur poursuite avec tant de mollesse, néanmoins, par suite d'une appréhension bien justifiée par le courage et la vigueur athlétique de don Rafaël, que trois ou quatre heures après, sur dix cavaliers, huit se retrouvaient dans la clairière où nous les avons signalés dans le précédent chapitre, sans avoir été plus heureux les uns que les autres.

1 Quant aux deux autres qui manquaient à la réunion, la raison de leur absence était toute simple.

Lorsque Suarez s'était mis en devoir d'aller gagner seul la récompense pro-

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mise, il avait judicieusement pensé que, puisque son compagnon, tout garçon qu'il était, prenait lant de souci de son existence, lui, en sa qualité de père de famille, devait être plus soigneux encore de la sienne propre.

Heureux d avoir fait preuve de courage sans qu'il lui en coûtât rien, Suarez s'était couché à cent pas plus loin, pour penser tranquillement à sa femme, dont il se félicitait de n'avoir pas a supporter Thumeur aigre, ce soir-là, sur son lit de mousse.

11 se promettait d'aller plus tard éveiller son compagnon en lui reprochant sa couardise.

Malheureusement il avait compté sans

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un hôte qui vint le visiter malgré lui, le sommeil, sommeil aussi profond que celui de son camarade. Tous deux dormaient doncàjam^e tendue, selon l'expression espagnole; tandis que les huit autres, après avoir attendu vainement leur venue, commençaient une délibération que les événements devaient rendre cette fois plus sérieuse.

La lune, couchée déjà depuis quelque temps, n'éclairait plus le groupe de bandits réunis dans la clairière; leurs vêtements usés, souillés dans les bivouacs en plein champ, leur accoutrement moitié militaire, moitié campagnard, ainsi que leurs figures sinistres, présentaient à la. .

lueur du crépuscule un aspect h la fois effrayant et pittoresque.

Tandis qu'autour d'eux dix chevaux essayaient de tromper leur faim en déchirant les feuilles des buissons contre lesquels retentissait avec un bruit de ferraille le mors qui les empêchait de broyer leur pâture, les huit cavaliers, le carlouchierà la ceinture, la carabine en travers sur les genoux et la dogue dans la jarretière de la botte, écoutaient les discours de Pépé Lobos.

Suarez et Pacheco ne reviendront jamais, disait-il, il est évident que ce colonel de Belzébuth les aura-poignardés ou écrasés sans bruit, comme le pauvre Pan-

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chito Jolas, et quoique nous ayons battu le bois toute la nuit sans rien trouver.

— Nous rayons battu avec acharnement, interrompit Tun des deux insurge's qui avaient eu si grande peur de rencontrer le colonel.

— Nous en avons fait tous autant, parbleu I reprit Pépé Lobos; demandez plutôt à mon compagnon, et cependant, bien qu'il ait échappé à nos actives recherches, Tabsence de deux d*entre nous prouve évidemment que l'enragé colonel n'a pas quitté la partie du bois où il s'est caché. Dès que le jour va venir, nous irons relever les traces de son cheval et nous saurons juste Tendroit où il a quitté le sentier. N'est-ce pas votre avis à tous?

L'assentiment général répondit à la question de Pépé Lobos. Maintenant, continua-t-il, la vengeance avant tout, et au diable ! la prime de cinq cents piastres à qui amènera le colonel vivant : nous rapporterons mort, tant pis 1

— ^ Peut-être le capitaine accordera-t-il la moitié de la prime, dit l'un des bandits.

— Quand nous saurons exactement le lieu où il s'est jeté du sentier sur le couvert, nous nous diviserons en deux bandes de quatre hommes cette fois : la première descendra du chemin vers l'Ostuta; la seconde remontera de l'Ostuta vers la route, dans une direction donnée à travers bois ; nous prendrons l'homme entre nous et le premier qui l'apercevra fera feu sur

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lui comme sur un chien enragé, et, pourvu qu*il lui reste un souffle de vie, la prime sera gagnée.

L'avis de Pépé Lobos ne rencontra qu'une approbation unanime, et il fut convenu qu'à la pointe du jour tous iraient ensemble étudier le terrain pour y trouver les dernières empreintes des pas du cheval de don Rafaël.

Le lever du soleil se fit moins longtemps attendre que le retour de Suarez et de Pacheco, qui dormaient toujours, et ses premiers rayons doraient à peine la cime des plus hauts palmiers, que les huit bandits, disséminés sur le chemin qui conduisait de Huajapam au gué de rOstula, cherchaient à démêler sur le sol

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les empreintes laîsse'es la veille par leurs chevaux d'avec celles du cheval du colonel.

Ce n'e'tait pas chose facile : le terrain foulé, broyé par les sabots de onze chevaux lancés à toute course quelques heures auparavant, ne présentait que des vestiges informes, et jamais un Européen n'eût entrepris de reconnaître les traces particulières d'un cheval confondues avec tant d autres. Pour des vaqueras mexicains, des gauchos du Chili, ou des campagnards de toute autre partie de TAmérique, ce n était qu'une affaire de patience.

Moins d'une demi-heure suffit, en effet, à Pépé Lobos, qui explorait le haut du

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ehenain pour trouver ce qu*il cherchait; il appela ses camarades afin de leur montrer les signes qu'il venait de découvrir.

Au milieu des empreintes, parmi lesquelles chacun reconnut celles de son cheval, une déchirure diagonale creusée sur la terre, une tige d'herbe écrasée sur la ligne de verdure qui côtoyait le sentier, et une branche de sassafras brisée à la hauteur de Tépaule d'un cavalier sur la lisière du bois, ne laissèrent pas de doute aux bandits que ce ne fût précisément à cette même place que le colonel s'était élancé sous le couvert des arbres.

Au même moment, le détachement envoyé par Arroyo à la recherche des deux

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fugitifs traversait légué du fleuve; quelques minutes après il prenait pied sur la rive gauche; puis, à l'aspect de quatre cavaliers qui débouchaient du sentier du bois sur le bord de TOstuta, il s'arrêta.

Ces quatre cavaliers étaient ceux qui devaient, d'après Tavis de Pépé Lobos, remonter à travers bois à la piste du colonel, depuis le fleuve jusqu'à la route de Huajapam.

Les deux détachements se reconnurent sans hésitation; cependant le chef qui commandait le premier arrivé, vieux soldat, natif du nouveau Mexique, qui pendant longtemps y avait combattu les Indiens sauvages et connaissait toutes les ruses de la guerre, jugea prudent d'é-

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chanc^er lo mot d'ordre commun aux hommes de la guerriîla d'Airoyo. Quand il ne lui resta plus aucun doute, il se fit expliquer par les nouveaux venus comment, au lieu de se trouver autour de riiacienda del Valle, ils battaient les bois à cette heure matinale.

— Ah! dit-il, le colonel Très Villas!

trois fugitifs au lieu de deux, la journée sera bonne.

Le vieux fourrier approuva la tactique de Pépë Lobos et forma un troisième détachement de cinq de ses cavaliers qui devaient s'enfoncer dans le bois dans une direction différente, tandis que lui-même, avec les cinq hommes qui lui restaient, se

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chargeait de s'y avancer en sens inverse des trois autres détachements.

Ce ne fut que de cet instant que les bandits eurent un chef, et un chef aussi habile qu'intrépide, qui leur donna des instructions précises et ranima chez eux le courage qui, comme on la vu, les avait complètement abandonnés.

Cependant Tordre de tuer le colonel à distance, s'il devenait trop dangereux de s'en approcher, fut maintenu ; les deux autres fugitifs seuls, d'après la volonté d'Arroyo, devaient être pris vivants.

De ce moment la position de don Rafaël devenait effrayante. Le moindre danger qu'il courût était celui de mourir eu

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combattant si, par malheur, il ne tombait pas plein de vie entre les mains d'ennemis impitoyables.

Comme le vieux Refmo, c'était son surnom de guerre, achevait ses dispositions, don Rafaël s'éveillait. Ses yeux furent un instant éblouis de l'éclat du soleil, et il se demandait encore où il était quand il aperçut deux hommes qui s'avançaient avec précaution de son côté.

lié iklTcrt et l'arbire mort.

Le colonel ens'éveillant sentit une telle lassitude dans tous ses membres, qu'il s'étonna d'avoir pu dormir plus dune demi-heure en semblable posture, et il éprouva un violent désir de descendre de

son arbre pour se dégourdir en marchant.

Cependant, à l'aspect des deux individus qui continuaient à s'avancer vers lui, il crut prudent de différer un peu et se borna à défaire doucement les nœuds de sa ceinture qui le tenaient attaché, tout en surveillant avec soin les allures pour le moins suspectes des nouveaux venus.

Ceux-ci, sans soupçonner la présence d'un être vivant si près d'eux, marchaient toutefois avec circonspection, regardant à droite et à gauche comme s'ils eussent espéré ou craint de découvrir un objet invisible. Leur costume était assez bizarre et surtout fort peu propre à courir

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à travers les haliers, car il corisistail en un simple caleçon et en une chemise.

Ce léger vêtement semblait complètement mouillé, quoique la nuit eût été fort sèche, et chacun d'eux portait à la main un paquet assez volumineux.

— Ces gens, pensa le colonel, cherchent quelqu'un ou craignent qu'on ne les cherche eux-mêmes, lequel des deux?

Il écouta et regarda plus attentivement.

De même qu'en cet endroit, l'épaisseur du fourré avait semblé propice à don Rafaël pour s'y arrêter, les deux hommes jugèrent conveoctuie d'y faire halte également.

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— Arrelons-nous ici, dit l'un d'eux, le temps de changer de vêtements.

— Je le veux bien, mais faisons vite, répondit Tautre, nous devrions être bien loin déj.i sur la route de Huajapam.

Tous deux s'assirent sous Vacajou qui servait d'asile au colonel, et commencèrent silencieusement et sans larder à se défaire de leurs vêtements mouillés pour les remplacer par ceux qu'ils por* * taient en paquet sous leurs bras.

— C'est donc ceci, reprit Fun d'eux, qui vaut son pesant d'or ?

Et il désignait en parlant ainsi un autre petit paquet que son compagnon serrait précieusement dans la poche de sa veste.

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— Oui, et tu verras que lu ne regretteras pas d'avoir consenti à me suivre pour partager la bonne aubaine que ceci nous vaudra. Le tout est de pouvoir nous tirer d'ici, car on va se mettre à nos trousses.

— C'est certain, mais on ne nous trouvera pas, et, si nous tombons dans les postes avancés de ceux de mes camarades qui bloquent el Valle, comme ils ne sauront rien de ma fuite du camp, je leur persuaderai que je suis chargé de t'aecompagner pour aller toucher avec toi le montant de la rançon d'un prisonnier.

— Et si l'on nous ramène au camp?

reprit Taulre.

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— Nous y serons pendus, mais un peu pîus lot, un peu plus tartl, n'est-ce pas le sort de Thomme ? riposta philosophiquement Juan el Zapote, car c'était Tex-gardien du messager de don Mariano et de sa fille, à présent son compagnon de fui le; mais je me fais fort de te tirer de là, Compadrilo (1).

— Corbleu I se dit mentalement don Rafaël, ce drôle qui pense que c'est le sort de tout homme d'être pendu tôt ou tard, semble si sûr de son fait qu'il ne lui en coûtera pas plus de me conduire aussi à bon port.

En achevant cette réflexion, le colonel saisit une dos lianes qui lui avaient servi (1) Mon clier compère.

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à escalader le tronc de l'acajou, et, au risque de laisser une partie de ses vêtements aux branches de Tarbre, il sauta d'un bond devant les deux aventuriers stupéfaits.

Don Rafaël, qui aurait payé si cher la connaissance du doux message envoyé par Gertrudis se trouvait inopinément en face du messager chargé de le lui délivrer.

Il est vrai que ni Tun ni Tautre ne se connaissaient.

— Chut! ne craignez rien, je vous offre ma protection, dit le colonel avec une superbe aisance, et surtout à bas les armes!

. Zapote avait dégainé un long poignard

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qu'il levait à tout hasard, prêt à frapper le preaiier venu avec cette indifférence particulière à riiommc qui, comme lui, ne pressent pas d'autre fin que la corde ou le garrote. Mais don Rafaël lui avait aussitôt saisi le poignet, qu'il serrait avec une force suffisante pour prouver qu'il pouvait être aussi terrible ennemi que puissant protecteur.

— Qui ctes-vous ? s'écrièrent h la fois les deux compagnons.

— Ah ! voilà qui est indiscret, reprit don Rafaël, je suis un homme qui saute à bas d'un arbre, et la preuve en est que mon chapeau y est resté... Et, sans lâcher la main de Zapote, le colonel, se dressant sur ses pieds, harponnait de la pointe de

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sa longue épée son feulre accroché à Tune des branches. — Vous fuyez les hommes d'Arroyo, je les fuis aussi, voilà tout ce que nous devons savoir. Maintenant vous êtes deux, je suis seul, et si vous ne voulez faire cause commune avec moi, je vous tue, c'est à prendre ou à laisser.

— Caramba I quel bon négociant vous

auriez fait, avec cette rondeur en affaires, reprit Zapote, à qui ces allures franches et sans détours étaient loin de déplaire. Mais que puis-je pour vous?

— Me faire passer avec votre compère que voici pour votre camarade, chargé comme lui d'aller loucher le montant de la rançon d*un prisonnier, ce qui est un

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peu vrai, puisque vous allez tous deux partager le produit d'un...

— D'unecommission bien simple, ajouta Zapote, et si vous saviez...

— Je n'ai pas l'intention d'en prendre ma part, dit le colonel en souriant, et peu m'importe de savoir...

— Vous le saurez malgré vous, caram/^a / interrompit le Zapole emporté par un élan irrésistible de loyauté; entre amis, car nous le devenons dès à présent, une franchise sans bornes est de rigueur.

— Voyons donc, dit le colonel.

— Eh bien ! dit le véiidique Zapote, c'est le testament en règle d'un oncle excessivement riche en faveur d'un neveu qui se croyait déshérité et que nous appor-

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tous au susdit neveu. Vous jugez du pourboire que cela nous vaudra.

— Le testament n'est pas faux? demanda le colonel mis en défiance par la mine suspecte du Zapote.

— Nous ne savons pas écrire, réponditil avec naïveté; mais, si vous m'en croyez, nous allons décamper tous trois au plus vite; nous n'avons déjà perdu que trop de temps.

— • Et mon cheval, objecta le colonel, qu'en ferons-nous?

— Ah! vous avez un cheval? Eh bien!

laissez-lcj il ne ferait que vous embarrasser.

— Surtout s'il est comme un cheval

que je connais, ajouta le messager en failli 19

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