‹ Le dragon de la reineChapitre 4 sur 11 · DE LA HI INK · texte numérisé non relu

DE LA HI INK

pour apaiser les [)assions impétueuses qui grondaient au fond de son cœur.

Mais, sans qu'il s'en aperçut, sa main crispée contenait violemment la bride de son cheval, ses éperons tourmentaient ses flancs, et Tanimal, se dressant droit sur ses pieds de derrière, fut retomber d'un bond presque contre la porte de Fhacienda.

On eût dit que son cavalier voulait franchir l'obstacle qui le séparait du féroce guérillero. Le bandit ne put retenir un geste d'effroi.

— Ce que je veux à Arroyo, répondit enfin le capitaine, c'est de graver ses traits dans ma mémoire pour ne plus les méconnaître, quand je le poursuivrai pour

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l'attacher vivant à la queue de aion cheval.

— Si c'est pour me dire de ces tendresses que vous m'appelez...

Le bandit faisait mine de rentrer dans l'hacienda.

— ■ Écoute, s'e'cria don Rafaël, tu auras la vie sauve, je l'ai promis ; l'humanité me fait un devoir de t'épargner.

— Aussi, ne vous en sais-je pas gré, capitaine !

— Ta reconnaissance serait un outrage ; mais si , dansle morceau de fange sanglante qui te sert de cœur, il est quelque trace de bravoure, monte à cheval, prends les armes qu'il te plaira et sors

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seul (le cette enceinte; je te défie à un combat à mort !

Le capitaine, en parlant ainsi, se dressait sur ses étriers, et la noblesse de sa contenance offrait un frappant contraste avec la contenance basse et féroce à la fois de rhomme qu'il déûait. L'outrage lancé par don Rafaël le frappait en pleine face; mais Arroyo ne se sentit que le courage de le dévorer.

— Bah! vraiment! dit-il en effectant de plaisanter; cinquante contre un.

— J'engage ici solennellement, devant mes soldats, devant Dieu, ma parole de gentilhomme que, quelle que soit l'issue du combat, c'est-à-dire si je succombe, il ne te sera rien fait.

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Un moiïieiil le bandit demeura indécis ei- muel; on aurait pu croire qu'il calculait les chances de ce combat; mais il avait trop de fois appris à connaître la valeur personnelle du capitaine pour trouver qu'elles fussent en sa faveur. 11 n'osa accepter.

— Je refuse! dit-il.

— Garde ton cheval, je te combattrai à pied.

— Demonio ! je refuse, vous dis-je.

— Je m'en doutais; mais écoute encore : Je te laisse ma parole qu'il ne le sera rien fait, si tu veux permettre aux habitants de celle maison, que je désignerai, de la quitter pour venir avec moi

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se mettre sous la sauvegarde d'un ennemi loyale

— Je refuse encore, répondit Arroyo.

— Va , lu n'es pas un homme ! et quand celle main te tiendra, au lieu de te traiter en homme, je te ferai mourir sous le fouet comme iin chien enragé.

Après avoir jeté cet adieu terrible, le capitaine fit faire une volte à son cheval et tourna le dos au bandit avec un geste du plus profond mépris.

Le clairon retentit de nouveau et le détachement reprit le chemin des montagnes. Don Rafaël emportait de cette entrevue, dont le résultat était si douloureux pour lui, un ressentiment profond des paroles trop sincères de don Mariàno,

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outre rinquiétude mortelle qu'il éprouvait h l'idée de laisser ses deux filles au pouvoir d'un monstre tel qiie Arroyo.

Ses craintes, à ce sujet, ne se réalisèrent du moins qu'en partie ; deux jours après, il apprit par un de ses batteurs d'estrade que celte fois Arroyo et Bocardo avaient quitté la province après avoir pillé l'hacienda, et que les habitants de las Palmas n'avaient pas eu à subir d'autre malheur.

Le capitaine Très Villas se mit alors en devoir d'obéir aux ordres qu'il avait reçus de rejoindre son corps. Caldelas venait

d'obtenir un commandement, et tous deux étaient partis en laissant la garnison del

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Valle aux ordres d'un lieutenant catalan du nom de Veraegui.

Don Rafaël avait pris une part active à la bataille de Calderon où, avec six mille hommes, le général Caileja dispersa les cent mille insurgés d'Hidalgo. Depuis il avait continuellement guerroyé sur divers points du royaume, et il revenait de San Blas à Oajaca , sur le navire où il n'a fait que nous apparaître un instant , lorsqu'à son arrivée de nouveaux ordres l'avaient envoyé au siège de Huajapam.

Son ancien frère d'armes, Caldelas s'y trouvait en qualité de maréchal de camp, tandis que, moins heureux que lui, don Rafaël n'avait que le grade de colonel.

Revenons maintenant à Julian qui

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vient de causer une si vive émotion au colonel, en parlant d'un message important. *^

L'absence, dit un moraliste, dissipe un sentiment passager, tandis qu'elle enflamme une passion profonde, de même que le vent qui éteint une bougie augmente l'ardeur d'un incendie. L'absence avait produit sur don Rafaël Teffet du vent sur l'incendie ; il espérait toujours que Gerîrudis lui enverrait un message de pardon et d'amour.

On ne s'étonnera donc pas du trouble causé dans l'âme de don Rafaël à Tannonce de l'arrivée d'un messager.

— Eh bien! Julian, qu'avez-vous à m'apprendre? dit le colonel en dissimu-

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lant de son mieux l'émolion qui Tavait gagne'; les insurgés se sonl-ils emparés de notre forteresse ?

— Oh! non, répondit Julian, les hommes de notre garnison, ne se plaignent que de la tranquillité dont on les laisse jouir. Quelques courses dans la campagne, qui leur livreraient le pillage d'une riche hacienda, ne leur feraient pas de peine. Du reste, les nouvelles que j'apporte à Votre Seigneurie sont de nature à leur procurer cette satisfaction.

— C'est donc un message de guerre que vous m'apportez? dit le colonel avec un air de désappointement triste qui frappa Jiilian.

— Ua message de vengeance; mais

Mî nilAGON

pour commencorparle moins important, je crois être agréable à Votre Seigneurie en lui apprenant que je ramène avec moi son bon cheval el Honcador.

— Roncador?

— Oui, l'animal que vous aviez perdu à votre affaire de las Palmas. Il a été recueilli, à ce qu'il paraît, el surtout soigné... à merveille, et on nous l'a renvoyé à rhacienda.

— Qui Ta renvoyé? s'écria vivement don Rafaël.

— Qui pourrait-ce être, sinon don Mariano Silva? Un de ses gens l'a ramené, il y a trois jours, en disant que le maître auquel il avait appartenu reverrait peutêtre ce cheval avec plaisir. Puis, comme

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vous Taviez perdu sellé et bridé, on ie renvoyait avec Ja bride et la selle, à telles enseignes que le Roncador portait à son frontail un forl joli nœud de rubans rouges, ma foi !

— Et où est ce nœud? demanda don Rafaël avec d'autant plus d'empressement qu'il croyait deviner quelle main l'y avait attaché.

— Un de nos hommes, Felipe el Galan, s'en est fait une cocarde.

•^ Felipe est un drôle que je châtierai de son indiscrétion ! s'écria don Rafaël avec colère.

— Je l'en ai prévenu, c'est son affaire. Je dois vous dire encore que le riicssager

de don Mariano apportait une Icllrc pour vous.

— Et vous ne commenciez pas par m'en avertir !

— Je commençais par le commencement, reprit le flegmatique Julian. Voici la lettre.

En disant ces mots, le messager tira de sa poche un petit paquet de feuilles de maïs dans lequel, par précaution, il avait enveloppé la lettre, et la remit à don Rafaël , qui la prit d'une main dont il cherchait à dissimuler le tremblement nerveux.

— Bien! dit-il froidement. Maintenant, que vous reste-l-il à me dire?

Cette leltre pouvait être de Gertrndis,

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et le colonel, avec cet air de froideur affectée, n'avait pour but que de se réserver la volupté de la lire quand il allait être seul.

— Arroyo, Bocardo et leurs bandits ont reparu dans la province , acheva Julian, et le lieutenant Veraegui m'envoie...

— Arroyo, Bocardo! interrompit don Rafaël, tout à coup ramené du pays des doux songes à ses idées de vengeance ; dites de ma part au lieutenant Veraegui qu'il donne double ration à ses chevaux pour les préparer à entrer en campagne, que dans quelques jours je serai avec lui pour la commencer; car, après le dernier assaut que nous allons livrer, ou Huaja-

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pam scia pris, ou nous loveront le siège. J obtiendrai un congé du gênerai en chef, et dussions-nous, pour saisir enfin ces deux bandits, mettre le feu au quatre coins de la province, nous le ferons. Allez, Julian.

Le messager se disposait à partir, quand don Rafaël, voyant sur une table où il l'avait déposée la lettre qui lui promettait un instant de bonheur, s'adressa de nouveau à Julian et lui dit :

— Tenez! vous avez été un messager de bonnes nouvelles, je veux vous en récompenser.

El il lui mit dans la main un quadruple d'or, que Julian reçut avec empressement mais non sans être profondément surpris

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de se voir si générensomenl payé pour avoir apporté la nouvelle de la réapparition d'Arroyo et de sa bande. Toutefois, son contentement dépassait encore sa surprise.

Quand il fut parti, don Rafaël prit la lettre et la tint un instant dans sa main sans oser Touvrir. Son cœur battait avec violence, car il ne doutait pas que cette lettre ne fût de Gertrudis, et c'était la première marque de souvenir qu'il recevait d'elle depuis près de deux ans qu'il avait embrassé la cause royaliste.

Il rompit enfin le cachet. La lettre, écrite d'une main de femme, qui pouvait tout aussi bien être celle de Marianita que

celle (Je Gerlrudis, no contenaif que ce peut de mots qui ne précisaient rien :

« Les habitants de las Palrnas n'ont pas oublié qu'ils ont été les obligés de don Rafaël dans une circonstance bien critique, et ils ont pensé que le colonel serait peut-être aise de rentrer en possession d'un cheval que le capitaine Très

* Villas avait eu quelque raison d'aimer. »

— Les obligés! s'écria don Rafaël avec amertume, quelle ingratitude! ne diraiton pas qu'en trahissant pour eux un serment fait sur la tête d'un père, je n'ai fait que leur rendre un service de pure politesse? Allons! tâchons de ne plus penser a ceux qui m'ont oublié.

le colonel mit néanmoins , tout en

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soupirant, un papier, qu'il supposait avoir louché les mains de Gertrudis, dans une petite poche de son uniforme pratiquée juste auprès du cœur.

Toutefois, pendant le trajet de sa tente à celle du général en chef, où le conseil de guerre allait s'assembler, un rayon d'espérance s'obstinait à se faire jour dans ce cœur froissé. Gertrudis savait quel prix il attachait à ce cheval souvent caressé par sa main. Voilà pourquoi sans doute elle le lui renvoyait avec ce nœud de rubans rouges destine à lui^ rappeler les fleurs que dans un temps plus heureux elle suspendait à son frontail.

Le brigadier Bonavia , les commandants Caldelas et Régules étaient assis

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autour d'une table couverte d'un grossier tapis vert quand le colonel entra dans la tente. Le conseil n'avait pas encore commencé.

— Eh bienl colonel, dit le général de brigade, j*âi appris que vous veniez de recevoir un message. Est-il confidentiel ou sa teneur peut-elle intéresser la cause royaliste.

— Le lieutenant qui commande pour le roi l'hacienda del Valle me fait savoir que ces deux guérilleros que les deux partis devraient mettre hors la loi, Arroyo et Bocardo, ont reparu dans la province avec leur bande, et, après la prise de cette bicoque, j'aurai l'honneur de solliciter de Votre Excellence la mission

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d'aller nioi-mênie les traquer comme des bêtes féroces.

— Cette mission vous sera donnée, colonel, je ne saurais trouver personne qui fût plus digne de la remplir.

— Personne du moins n'y mettrait plus d'acharnement, ajouta don Rafaël.

Le conseil de guerre commença. Sans rendre compte en détail de ce qui s'y pa&sa, nous nous bornerons à rapporter ce qui fera connaître la position respective des assiégeants et des assiégés.

•—Messieurs, dit le général, il y aura demain cent quatorze jours que nous avons ouvert le siège de ce que le colonel Très villas appelle avec raison une bicoque; sans compter les escarmouches,

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nous avons livré quinze assauts, et cependant nous sommes encore aussi peu avancés que le premier jour.

— Moins avancés même, dit Régules quand le brigadier eut achevé ce court résumé, car la confiance des assiégés s'est accrue du succès de leur résistance. Ils n'avaient pas de canon, et le colonel Trujano en possède aujourd'hui trois pièces qu'il a fondues avec les cloches des églises. * '

— C'est dire implicitement que le commandant Régules est d'avis de lever le siège! s'écria Caldelas avec quelque ironie.

Depuis longtemps déjà une animosité secrète existait entre les deux maréchaux

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de camp, Caldelas et Régules, Fim d'une bravoure et d'une loyauté à toute épreuve, Tautre souvent cruel sans nécessité et d'un courage peut-être plus que contestable.

— C'est la question de lever ou de continuer le siège que nous avons à discuter, interrompit le général. C'est au colonel Très Villas, comme le plus jeune et le moins élevé en grade, à donner son avis. Parlez, colonel.

— Lorsque quinze cents hommes assiègent une place comme Huajapam à peine défendue par quatre cents, ils doivent la prendre ou se fiire tuer jusqu'au dernier sous ses retranchements, car, autrement, c'est compromettre à la fois leur

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honnour et le succès de la cause qu'ils soutiennent. Voilà lopinidii que j'ail'honneur de soumettre à Votre Excellence.

— Et vous, commandant Caldelas, quel est votre avis ?

— Celui du colonel, repartit Caldelas Lever le siège serait du plus pernicieux exemple pour les royalistes et un déplorable encouragement à l'insurrection.

Que dirait le brave commandant en chef des troupes du roi, don Félix Calleja?

Pendant cent jours, il a assiégé dans Cuautia un général plus habile, plus re^ douîable que Triijano , Morelos, et, au bout du centième, il était maître de la ville.

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— Moielosl*avait évacuée, objecta Régules.

— Qu'importe? il s'avouait vaincu, et la bannière d'Espagne a eu les honneurs du siège.

C'était au tour de Régules de parler.

-Il énuméra longuement les lenteurs et les difficultés du siège, les assauts infructueux et sanglants qui avaient été livrés, il chercha à démontrer combien était nuisible à leur cause un vain point d'honneur qu'on faisait prévaloir sur les nécessités politiques, qui exigeaient impé^ rieusement qu'on ne laissât passeconsumer devant un village sans importance le courage de mille braves soldats, tandis que Morelos se portait sur Oajaca. — Et

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quiJiul je dis mille soldats,* ajouta-l-il, ce n'est pas sans raison , car le colonel, en parlant de quinze cents, a fait entrer les morts en ligne de compte.

Jusqu'à présent, continua-t-il , dans toutes nos rencontres avec l'ennemi sur divers points du royaume, nous n'avons eu affaire qu'à des soldats électrisés par ce qu'ils appeileni l'amour du pays, tandis qu'en face de nous combattent des assiégés fanatisés par l'esprit religieux de Trujano, qui inspirent aux habitants de sa petite ville un courage égal à celui de ses soldats. Ce ne sont donc pas trois cents ennemis seulement que nous avons devant nous, mais bien mille fanatiques qui se battent en désespérés et meurent en

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chanlaïU. Pendant que nous nous consumons en inutiles efforts , l'insurrection se propage dans la province, et nous perdons ici un temps qui serait plus utilement employé à l'ctouffer. Mon avis est donc de lever un siège désastreux sous tous les rapports.

— Les assiégés se rappellent les exploits de Yanguitlan , dit Caldelas, voilà pourquoi ils se défendent si bien.

A cette allusion, dont nous expliquerons le sens plus tard, Régules se mordit les lèvres avec dépit et répondit par un regard de haine concentrée au regard ironique de Caldelas.

Au point de vue d'un général en chef, responsable de la vie de ses soldats, et,

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par cela inêiiie, moins accessible au point d'honneur qu'un officier d'un rang inférieur, les raisons alléguées par Régules ne manquaient pas d'une certaine solidité et le général partageait son avis.

Cependant, sans vouloir user de la prépondérance que lui donnaient et son grade et l'autorité du commandement il proposa un moyen terme.

C'était de livrer le lendemain un dernier et terrible assaut, et de lever le siège s'il était infructueux comme les précédents.

Le général en chef parlait encore, lorsqu'un bruit vague et lointain se fit entendre du côté de la ville assiégée. Ce bruit, du reste, semblait n'être produit

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que par les diverses intonations d'un chant solennel d'actions de grâces. Bientôt le son des clairons et l'explosion de nombreuses fusées, tirées en signe de joie, le dominèrent entièrement.

— Ces réjouissances publiques sont de mauvais présage pour nous ! s'écria Régules, quand on ne put douter plus longtemps de la nature de ce joyeux lumulte. Ce n'est pas demain qu'il faut lever le siège, c'est aujourd'hui.

— C'est-à-dire qu'il faut fuir devant des pétards ! repartit Caldelas.

-^ Tomber comme les myrs de Jéri^rho devant des trompetl<:'s ! ajouta le colonel.

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— Puissë-je n'avoir pas raison I dit Reirules.

Kt, malgré son avis, la détermination de donner le lendemain un dernier assaut fut prise dans le conseil.

Cet assaut cependant- ne devait pas avoir lieu. Nous dirons dans le chapitre suivant les raisons qui s'y opposèrent el nous ferons connaître la cause des signes de joie qui partaient de la ville assiégée.

Le conseil terminé, les officiers regagnèrent leurs tentes, don Rafaël avait hâte de se trouver seul pour réfléchir à Taise au sens du message qu'il avait reçu et surtout pour caresser ce doux rayon d'espoir qui venait de pénétrer dans son cœur, jusqu'alors si triste.

il ne daigna même pas prêter Toreille au bruitdela joie des assiégés, bien que le camp espagnol tout entier s'en préoccupât comme d'un sinistre augure.

JX

Val«rio Trnjano.

L'ancien muletier qu'on a vu ne pas vouloir s'exposer aux chances de la guerre avant d'avoir religieusement payé ses dettes, aujourd'hui le colonel don Valerio Trujano n'était qu'un guérillero,

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comme il y en avaii lant alors. Le renom dont il jouissait néanmoins clans les limites étroites de sa sphère était un sujet continuel d'inquiétudes pour les chefs royalistes de la ville de Oajaca. Ils pensèrent que le moment était venu d'écraser ce redoutable ennemi qui se trouvait privé de Tappui de deux de ses compagnons, don Miguel et don Nicolas Bravo, guérilleros comme lui, que Morelos venait de rappeler à Cuautla.

Telle était Timportance qu'on attachait à la défaite du religieux insurgé, que le gouvernement fit marcher contre lui presque toutes les forces de la province. Trujano se trouvait alors dans le bourg deHuajapam, oij nous ravons déjà vu, et

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c'est là qu'il eut l'occasion de s'immortaliser par la belle défense qu'il fit de cette petite ville ouverte de tous côtés; heureusement pour lui, Huajapam était abondamment pourvu de vivres.

La résistance ne devenait possible qu'en changeant les règles ordinaires, c'est ce que fit Trujano.

11 commença par faire emmagasiner

tous les vivres dont il se réserva chaque

matin la distribution exclusive à chaque

soldat et à chaque famille; puis il établit

une sévère discipline monastique que,

depuis le premier jusqu'au dernier jour,

au milieu des péripéties sanglantes d'un

siège de cent quatorze jours, la force de

sa volonté, son ascendant irrésistible sur m 6

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le sol<lat comme sur le bourgeois, su^ maintenir exempte de la plus légère ja-» fraction.

Le temps avait été distribué comme dans un couvent, et les oraisons absorbaient la plus grande partie de celui que laissaient libre les devoirs militaires et les attaques des assiégeants. Ces oraisons se faisaient en commun, et, dans cette bourgade privée de toute communication au dehors, au milieu d'une population ignorante des joies de la vie, toujours en face de la mort, elles s'accomplissaient avec cette ferveur du matelot qui implore la miséricorde de Dieu, son seul refuge contre les fureurs de la tempête.

Grâce à ces dispositions étranges, mais

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sages, le découragement n'avait pas de prise sur des âmes continuellement occupées. Quand les vivres devinrent pins rares, aucun regard scrutateur ne pouvait sonder le vide des magasins, aucune bouche indiscrète ne pouvait annoncer une prochaine disette, et il était évident que Fentreprise des Espagnols sur Huajapam ne pouvait avoir que deux issues : écraser jusqu'au dernier des assiégés, ou abandonner le siège.

Depuis cent jours et plus, cet état de choses existait, et, pendant ce long espace de temps, une seule tentative de secours avait élé faite par le colonel Sanchez et le padre Tapia; elle avait échoué, mais la constance de Trujano n'était pas h bout.

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Le découragement élail seulement du côté des Espagnols.

Parmi les assiégés, tout pliait souslascendant sans bornes de cet homme vraiment extraordinaire, chez qui étaient réunies les plus brillantes qualités, même celle qui sont le plus faites pour s'exclure mutuellement:

Jamais la fougue de son esprit ne diminua la prudence de ses plans, et jamais elle ne chercha à devancer Tépoque de leur maturité. Brave jusqu'à la témérité, il n'en était pas moins exact a calculer minutieusement toutes les chances du combat. Sa physionomie ouverte et prévenante commandait la franchise et forçait chacun à, lui livrer son secret, tandis

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que personne ne pouvait pénétrer le sien; sa bonté, sa douceur envers ses troupes, loin de dégénérer en faiblesse, le faisaient craindre autant qu'elles le faisaient aimer ; un charme indéfinissable enfin émanait de toute sa personne et excluait jusqu'à la pensée de lui désobéir.

Maintenant, si Ton réfléchit qu'en 1812 les Espagnols étaient encore maîtres de toutes les ressources de l'administration» des courriers, des voies de communication ; que l'insurrection était isolée, traquée de tous côtés, on ne trouvera pas étonnant qu'à la même époque où Trujano était bloqué dans Huajapam, Morelos, assiégé à deux ou trois journées de là,

(loiis CudiUia, ignorai la position de Tan- ^*en muletier.

Depuis un mois déjà Morelos, relire à Isiicar après avoir évacué Cuautlà, n'était pas plus instruit qu'auparavant du sort des assiégés de Huajapam. Heur'èlisèmént pour eux Trujano connaissait le lieu de la retraite de Morelos, et il avait résolu de lui expédier un courrier pout lui deiriander dli secours.

Cernée comme l'était la place, Vêttttiei prise était presque impraticable, et, pouf éii assurer le succès, Trujano faisait une nëuvaiïie afin d'implorer la protection dit ciel.

Le jour où du camp espagnol nous pé* nétrons dans la ville assiégée, la lieuvaine

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s'achevait, et c'était le soir de la surveille de la délibération du conseil de guerre dont nous venons de rendre compte.

Il était déjà nuit close. Toute la population de Huajapam se trouvait réunie pour rheure de la prière sur une place éclairée par la lueur de torches d'Ocote, quoique la lune brillât au haut du ciel.

Une église, dont les bombes avaient éventré le dôme et des maisons en ruines, entouraient la place.

Le temple des assiégés était la place elle-même, la voûte étoilée du ciel lui servait de dais. Partout, à la rouge clarté des torches, on distinguait les assistants silencieux et recueillis: les femmes, les enfants et les vieillards sur le seuil des

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maisons; au milieu delà place les soldais avec leurs uniformes ou leurs vêtements en lambeaux et leurs armes à leur côté; plus loin des blessés, aux linges ensanglantés, se traînaient pour prendre part à la prière commune.

A l'aspect d'un homme qui, le front calme, Fair inspiré, s'avançait au milieu de la place comme jadis les juges d'Israël, toutes les têtes se découvrirent et s'inclinèrent.

Cet homme était le colonel Trujano.

il fit signe qu'il allait parler, et le silence devint plus profond encore.

— Enfants, commença-l-il d'une voix sonore, l'Écriture a dit : « Ceux qui gardent la ville veilleront en vain si le Sei-

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gneur ne veille avec eux;» supplions donc le Dieu des armées de veiller avec nous.

Tous s'agenouillèrent, et, dans Tespace resté vide autour de lui,.Trujano s'agenouilla aussi.

— Cestce soir, reprit-il, que s'achève la neuvaine commencée pour l'heureux retour de notre messager, prions aussi pour lui et chantons les louanges de Dieu qui, jusqu'ici, a préservé ses enfants qui ont eu confiance en lui .

Alors il entonna le verset du psaume qui dit ;

« Sa vérité vous servira de bouclier, » vous ne craindrez ni les terreurs de la » nuit, ni la flèche qui vole durant le

DO I.K DÎWGON

j> joiir^ ni la coiilagioii qui se glisse dans » les ténèbres, ni les attaques du démon » de midi. »

Après chacun des versets du psaume, les assistants répétaient :

— Seigneur, ayez pitié de nous. Seigneur, prenez-nous en miséricorde.

^' Les sentinelles espagnoles, veillant autour de la tranchée ouverte par les assiégeants, prêtaient mélancoliquement Toreille à ces pieux cantiques, qui seuls troublaient le profond silence des ténèbres.

En face du factionnaire le plus rapproché de la ville, quelques cadavres mexicains, que leurs frères n'avaient pu emporter, gisaient à peu de distance.

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l.a nuit ajoutait encore à Thorrour de ce lugubre spectacle.

Tous avaient été plus ou moins mu* tilés, nous lavons dit, par des ennemis qui se vengeaient souvent sur les morts de leur impuissance contre les vivants.

Le soldat allait et venait dans un espace restreint, tournant alternativement le dos aux corps étendus sous ses yeux^ et les comptant comme un homme désœuvré, tout en conservant entre eux et lui un espace raisonnable.

Puis, cherchant à se procurer une distraction un peu moins triste, la sentinelle essaya de distinguer les paroles qu*on chantait non loin d'elle.

La voix lointaine disait ;

9i LE DKAGOiN

€ Il en tombera mille à votre droite et » dix mille à votre gauche, mais le mal j» n'approchera point de vous. »

— Ah! diable serait-ce du latin? se dit la sentinelle. Ce doit être quelque prière pour les morts.

Tout a coup il lui sembla qu'en parlant de morts le nombre s'en était augmenté sous ses yeux.

— Je me serais trompé, continua TEs-

pagnol dans son monologue.

11 compta de nouveau ses cadavres ; cette fois il se rappela bien qu'il y en avait dix.

Puis il continua à écouter le cantique et ce verset :

hE LA l\EIiNË 0

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« Vous marcherez sur Taspic etleba- » silic, et vous foulerez aux pieds le lion > et le dragon. »

— Ah! ils parlent de dragon, des dragons de la reine, peut-être.

L'espagnol s'interrompit. Il crut s'apercevoir que, bien que dans ses promenades il mesurât très exactement ses pas à la distance convenable qu'il voulait maintenir entre lui et les cadavres, cette distance s'amoindrissait à chaque tour.

Il se mit alors à compter ses pas, et, quoiqu'il en fit exactement le même nombre à chaque allée et venue, il se trouvait toujours plus près de l'un des cadavres qu'il ne croyait l'être. 11 fallait que le cadavre eût marché ou que la senti-

1)4 LE l)«A(iON

nelle se trompai. Le dernier cas était îe plus probable. Cependant l'Espagnol s'approcha du mort pour l'examiner. Il était étendu sur le côté et une plaie sanglante marquait seule la place qu'avait occupée son oreille. Cet examen rassura le soldat devenu tout à fait certain que, puisque le mort (c'était un Indien) n'avait pu s'a^ vancer tout seul, il devait s'être trompé lui-même. Il avait bien eu la tentation de lui passer sa baïonnette à travers le corps ; mais un cadavre acquiert dans Tombre de la nuit une certaine solennité imposante qui repousse la profanation, et la sentinelle reprit sa promenade dans le même sens qu'auparavant, sans avoir cédé à sa tentation.

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Si des cadavres pouvaient aller, pensa l'Espagnol, je dirais presque que ceux-ci ont des allures suspectes, j'en avais compté neuf, j'en trouve dix, et on penserait, le diable n'emporte ! que ce gaillard-là, le factionnaire faisait allusion au mort sus- , pect, a envie de causer avec moi pour se distraire. Corbleu ! les chansons de ces vivants là-bas ne sont pas gaies, mais je les préfère encore au silence de ces carcasses.

Écoutons.

Le cantique continuait:

(' Élevez vos mains pendant la nuit » vers le sanctuaire et bénissez le Sei- » gneur. Sa vérité sera votre bouclier, » vous ne craindrez pas les terreurs de » la nuit. 1

9U LK DHACON

Qiloiqnn ces psanmos parussent au factionnaire plus joyeux que les chansons à boire, comparativement au silence des morts, ces chants mélancoliques des assiégés, cette compagnie de cadavres étranges lui rendaient le temps bien long, et il tourna le visage vers le camp où il regrettait sa tente ; puis il reprit sa promenade.

Cette fois il faisait si exactement le même nombre de pas, que la dislance entre l'Indien et lui se conserva constamment la même jusqu'au moment où il s'aperçut que le cadavre un instant suspect avait disparu.

Le premier moment do terreur passé, la sentinelle espagnole comprit qu'il avait

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été dupe d'une ruse indienne, et, pour ne pas se laisser accuser de négligence, il s'abstint prudemment de donner l'alarme et laissa l'Indien bien vivant courir à son but.

Pour expliquer la méprise du soldat entretenue par l'absence des oreilles du cadavre vivant, il est nécessaire de dire qu'avant de venir mettre le siège devant Huajapam,le commandant Régules s'était donné la triste satisfaction d'essoriller près de Yanguitlan une vingtaine de pauvres Indiens fait prisonniers. Nous rappelons à dessein ce vieux mot pour flétrir l'usage tombé en désuétude comme lui, de couper les oreilles aux prisonniers. Ceux d'entre eux à qui on ne les

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avait pas tranchëos de trop près, car plusieurs étaient ' morts d*une hémorragie j s'étaient réfugiés a Huajapam. L'Indien était un de ces derniers, et il ne lui avait coûté, pour donner à la cicatrice l'aspect d'une blessure fraîche, que la peine de la teindre du sang de Tun des cadavres^ voisins.

C'était à cet exploit du cofnmandant Régules qu'avait fait allusion son collègue Caldelas dans la séance du conseil de guerre que nous avons rapportée.

— Mil raî/os/ s'écria le soldat espagnol dans un accès de rage, dans le cas où ces chiens-là ne soient pas plus morts que celui court si bien, ils ne courront plus.

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Kn disant ces mots, la fureur remportant sur res[jè(;e de terreur religieuse à laquelle l'Indien avait dû la vie, le factionnaire ne laissa pas un cadavre sans le percer de deux ou trois coups de baïonnette.

Aucun de ces corps insensibles ne fit un mouvement, et les seuls bruits qui troublèrent la tranquillité de la nuit ne furent plus que des soupirs de fureur du ^ soldat et la voix lointaine qui chantait les psaumes aux assiégés.

— Oui, oui, chantez maintenant coquins, dit l'Espagnol^ vous avez raison, ne fût-ce que pour vous moquer de ceux qui font si bonne garde autour de vous.

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Pendant ce temps, l'Indien se faisait reconnaître aux sentinelles de Trujano.

Au moment où il arrivait sur la place, la population et la garnison, agenouillées à la clarté des torches, continuaient leurs ferventes oraisons. Le religieux colonel, comme s'il eut pensé que le Dieu qu'il invoquait voulait lui donner une marque éclatante de sa protection, chantait le. verset :

« Je le délivrerai parce qu'il a mis en moi toute sa confiance ;

» Je le protégerai parce qu'il a invoqué mon nom. »

Quand la dernière prière de cette neuvaine si efficace fut terminée, l'Indien rendit compte de son message.

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11 avait vu Morclos et il apportait la promesse du général de se mettre à l'inslanî en marche [)Our venii* au secours des assie'gés.

Alors Trujano, levant les yeux au ciel, s'écria : '

— Bénissez maintenant le seigneur, ô vous tous qui êtes ses serviteurs !

Puis, après la distribution du souper, faite par le colonel lui-même, les torches s'éteignirent et les assiégés se livrèrent au sommeil, pleins de confiance dans celui qui ne dort jamais et dont la protection leur servait de bouclier.

Le lendemain soir, a la même heure, pendant que les assiégés étaient réunis sur la place pour la prière en commun,

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qui Icnuinail invariablemenl chaque journée, d'autres scènes se passaient à quelques lieues du camp des assiégeants.

Fidèle à sa promesse, Morelos s'était mis en marche pour Huajapam; il n'avait pu disposer que de mille hommes de trou |: es régulière, pour ne pas dégarnir la ville de Chiiapa, qu'il venait de prendre; mais, pour faire nombre, il y avait joint un millier d'Indiens, armés de flèches et de frondes.

A quelque distance, derrière le gé-»

néral en chef, le mariscal Galeana et le capitaine Lantejas chevauchaient de compagnie.

Le front de Tex-étudiant était soucieux.

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— Le général a raison de vous refuser voire congé, disait Galeana; un officier instruit et brave comme vous l'êtes est toujours pré cieux; et quand au mécontentement que lui cause votre insistance et qu'il vous a un peu brusquement témoigné, ne vous en affligez pas trop, mon cher Lantejas, comptez sur moi ; je serai bien malheureux si je ne vous fournis pas l'occasion de quelque bon coup de lance pour vous réhabiliter dans son opinion. Pourvu que vous tuiez de votre main trois ou quatre Espagnols ou un seul officier supérieur...

— J'aime mieux un officier supérieur; j'y penserai, répondit le capitaine avec distraction.

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II y pensait si bien, que celle obligation (le se distinguer avec préméditation, lui, qui jusqu'alors n'avait été qu'un héros de hasard, amassait ces nuages sur son front,.

Pendant que la troupe insurgée faisait halte pour ce jour-là, on s'occupa des moyens de porter un coup décisif aux assiégeants, et, pour y parvenir, il fut résolu qu'on les prendrait entre deux feux, c'est-à-dire qu'on les attaquerait en même temps que les assiégés feraient une sortie contre eux.

Le plus difficile était de leur faire connaître cette résolution, tant l'armée es* pagnoîe faisait bonne garde autour de la place.

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Les Indiens étaient sous les ordres du capitaine Lantejas, et, quand il s'agit d'envoyer un exprès à Trujano, Tun d'eux assura qu'il connaissait derrière le village un passage secret, par lequel il se chargeait de parvenir jusqu'à lui. Don Cornelio en fît donner avis à Morelos, qui, en réponse, lui envoya Tordre d'accompagner l'Indien avec quelques hommes de son choix. Cette commission était aussi dangereuse qu'honorable, et Lantejas aurait bien décliné l'honneur qui lui en revenait, s'il avait été libre de la refuser; mais, comme à tout prendre, elle pouvait lui éviter le plus dangereux honneur encore de tuer trois ou quatre Espagnols, ou tout au moins un officier supé-

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rieur, et qu'il néUxi pas libre de se soustraire a un ordre du général en chef, il accepta.

Il choisit pour compagnons d'aventures Clara et Costal, outre une douzaine de soldats sur lesquels il pouvait compter, et, la nuit venue, on se mit en roule.

Au bout de deux heures environ, le détachement aperçut les feux des bivouacs espagnols, puis, bientôt après, les maisons silencieuses de Huajapam où les assiégés calculaient les heures et les minutes, en attendant le secours promis.

De l'emplacement où le guide indien fit faire halte aux hommes du capitaine, c'était derrière les murs de clôture d'un

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champ, un chemin creux conduisait jusqu'à l'endroit où la sentinelle espagnole allait et venait avec une certaine inquiétude, comme si elle eût senti les dangers de son poste.

C'était le même que celui qu'occupait la veille le factioruiaire qui s'était embrouillé dans Se compte de ses cadavres, et c'était encore par ce chemin creux que le premier Indien était venu en augmen-ster le nombre.

Plusieurs causes semblaient se réunir pour donner à la sentinelle ces allures inquiètes qui menaçaient de tout gâter : à la fraîcheur désagréable de la nuit se joignait l'odeur infecte des cadavres, qui blessait" horf*iblement son odorat; puis,

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