‹ Le dragon de la reineChapitre 6 sur 11 · LK 1)I\A(,0N · texte numérisé non relu

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dre la inain, du moins? reprit Tnijano en présentant cordialement la sienne au colonel.

— Jamais à un vainqueur, répondit le colonel, touché néanmoins, malgré lui, des paroles de son ennemi.

— Il n'y a ici ni vainqueur ni vaincu, dit le colonel Trujano avec ce regard et ce sourire qui lui gagnaient tous les cœurs, lorsque l'austérité religieuse n'en effaçait pas l'expression de loyale douceur; il n'y a qu'un homme qui se souvient.

— Et un autre qui n'a pas oubiié ! s'écrir chaleureusement don Rafaël en saisissant la main toujours tendue devant lui.

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Puis, rapprocliaivt leurs chevaux, les cavaliers échangèrent une cordiale accolade.

Trujano saisit cette occasion pour dire tout bas à Toreille de son ennemi, avec une délicatesse qui toncha plus profondément encore le coloneh dont il ménageait la fierté :

— Partez, vous êtes libre; seulement, ne faites plus raser la chevelure des femmes, q[uoiqu'il y en ait une dont le coeur a tressailli d'orgueil en devinant pourquoi le vainqueur d'Aguas Calientes lui envoyait ce terrible et lointain souvenir.

Et il ajouta, en se dégageant de l'étreinte tout à coup convillsive de don l\a Rafaël :

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— Allez vous constituer prisonnier à l'hacienda de las Palmas, seigneur colonel; le chemin vous est ouvert. Allez-y, croyez-moi.

Alors, comme si c'eût été trop longtemps s'occuper de pensées, mondaines, la figure de Trujano reprit son expression habituelle d'ascétique gravité, e(, quand les yeux de don Rafaël l'interroi-èrent ardemment sur le véritable sens de ses quatre derniers mots, le colonel insurgé s'écria :

— Laissez passer le colonel Très Villas, messieurs, et que tout le monde oublie ce qui vient de se passer.

11 salua profondément de son épée don Rafaël, qui, encore tout troublé, ne put

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que lui adresser un regard empreint d'une vive reconnaissance, Le colonel pressa la main de don Cornelio,et, s'inclinant froidement devant les autres, s'élança au galop hors du chemin creux, sans trop savoir où il allait. ^

Toutefois, quand il fut seul, il ralentit le pas de son cheval. Les dernières paroles de Trujano : Allez-y, croyez-moi, étaient-elles un signe de l'accueil bienveillant qui lattendait à las Palmas? Devait-il sy arrêter avant de rejoindre le lieutenant Veraegui à l'hacienda del Valle pour entreprendre sa dernière campagne contre Arroyo ?

Cette fois encore l'amour entrait en

lutte avec le devoir, Don Rafaël n'eût pas m 11

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hésite si longtemps à se rendre à l'ha. cienda del Valle si une fée bienfaisante eût pu lui faire connaître qu*à celte même heure, et à trente lieues de lui, avait lieu un incident de nature à concilier pour la première fois son devoir avec son amour.

Un messager, le même qui, quelques jours auparavant avait ramené le cheval de don Rafaël à Thacienda del Yalle, s'y présentait de nouveau, mais, cette fois, avec un message purement personnel pour don Rafaël Très Villas. Ce fut le lieutenant Veraegui, Catalan assez peu cérémonieux, qui reçut le messager.

— D'où venez-vous? lui demanda-t-il?

-— De Oajaca.

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— Qu\ VOUS envoie?

— Don Mariano Silva.

— Que voulez-vous au colonel ?

— Je ne dois le dire qu'au colonel luimême.

— Alors, allez le chercher à Huajapam, à moins que vous ne préfériez attendre son retour ici pendant quelques jours, dit le Catalan.

— J'aime mieux Taller chercher; le message que je porte ne souffre pas de relard.

Le messager était donc en marche pour Huajapam à l'instant même où don Rafaël s'en éloignait, incertain, comme on vient de le voir, de la direction qu'il devait prendre.

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inondant co temps <rii('sitalion, Trujano, de retour sur le champ de bataille jonché de morts et de débris, faisait agenouiller ses hommes pour rendre publiquement des actions de grâces au Dieu des armées, qui venait de les délivrer des dangers d'un siège si long et si pénible.

Morelos, de son côté, avait également . fait prosterner ses troupes, et don Rafaël n'était pas encore assez éloigné pour que la voix des insurgés, qui, de part et d'autre, entonnaient des cantiques et des chants pieux, ne parvînt pas jusqu'à

lui.

A ces chants lointains qui résonnaient mélancoliquemeiU à ses oreilles, des lar-

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