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mes de lriste,sse remplirenl ses yeux. Se rcporlanl tout à coup aux circonstances qui Tavaicnt forcé à changer sa ligne de conduite, il pensa que, s'il n'avait pu écouler que ses généreux instincts, et non être entraîné par un terrible devoir, sa voix se fût mêlée des premières à celles qui remerciaient Dieu du triomphe de la cause dont il s'étai fait l'irréconciliable ennemi.
Don Rafaël repoussa bien vite ces pensées loin de lui et se résolut à aller à l'hacienda del Valle, pour y retremper son âme sur le tombeau de son père.
— Que Dieu protège celui qui fait son devoir ! se dit-il en mettant son che-
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val au 'galop pour ne plus enteudre ces chants qui araollissaieul son cœur par les douloureux souvenirs qu'ils réveillaient,
tu^orgumil etl^amour,
Avant d'accompagner le colonel dans le voyage périlleux qu'il commence à travers une province si complètement gagnée par l'insurrection, que la capitale, Oajaca, restait seule au pouvoir des Es-
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pagnols, il est d'autres personnages dont il faut nous occuper.
En premier lieu, nous devons dire ce qui s'était passé à Thacienda de las Palmal depuis le jour où don Rafaël l'avait laissé, pour ainsi dire, à la discrétion du féroce Arroyo et de son associé Rocardo.
Jusqu'à ce moment, les deux guerille^ roSy réfugiés chez leurs anciens maîtres avec les débris de leur bande, à peu près détruite par le capitaine Très Villas, avaient bien voulu consentir à se tenir avec eux sur le pied d'une parfaite égalité. Les deux bandits mangeaient à leur table, se faisaient servir par leurs domestiques, et, de plus, jetaient, Bocardo sur-.
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loul, dos regards d'adriiiraiioa assez alarmants sur la vaisselle d'argent dont se servaient les propriétaires de l'bacienda.
Plusieurs fois déjà le cupide guérillero avait fait devant don Mariano des allusions à la richesse des royalistes, et, derrière lui, il avait souvent essayé de démontrer à son compagnon que des gens dont une si riche vaisselle chargeait la table ne pouvaient être, dans le fond du cœur, que des partisans dévoués à la cause des oppresseurs.
— Voyez plutôt, disait-il, nous qui sommes de francs et loyaux insurgés, nous en serions réduits, partout ailleurs qu'ici, à nous servir de nos doigts pour
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fourchettes et de moïc .aux de galette de maïs pour cuillers.
Et la conclusion de son discours était invariablement qu'il fallait traiter en royaliste un maître qu'on servait dans des plats d'argent; faire de ses plats des piastres, et réduire don Mariano à la condition de loyal insurgé, c'est-à-dire à l'obligation de manger avec- ses doigts comme les insurgés de bon aloi.
Mais Ârroyo avait plus soif de sang que d'argent, de destruction que de pillage, et il rejetait les propositions de son associé. Cependant, après qu'il eût été forcé de dévorer devant son ancien maître et ses deux filles l'outrage sanglant infligé . à sa lâcheté par le capitaine Très Villas,
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il reporta sur eux une partie de la haine terrible qu'il avait conçue pour don Rafaël.
Peut-être, au moment de fuir de l'hacienda trop voisine de celle del Valle, qui servait de forteresse au redoutable capitaine, y eût-il laissé quelque trace sanglante de son passage si, à son tour, . Bocardo ne lui eût représenté que, une' fois débarrassé de sa vaisselle plate, don Mariano devenait dévoué à la sainte cause de l'insurrection et respectable à tous égards; que les insurgés pauvres pou^ vaient demander à leurs frères leur argent, mais non leur sang.
L'épaisse intelligence du sanguinaiie Arroyo ne se lendait pas bien compte de
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la valeur des raisonncmenls de Bocardo; ma's il se laissait assez volontiers guider [)ar son astucieux compagnon, quitte à se venger parfois de Ta voir trop docilement ('couté, et, pour ne pas trop nuire à la cause qu'il avait embrassée, il se rendit a Tavis de son collègue.
Bocardo fît main basse sur toute la vaisselle d'argent et sur une foule d'autres objets précieux qui ne se retrouvèrent plus dans le partage fait entre lui, Arroyo et les hommes de leur bande, et tous délogèrent une nuit de 1 hacienda, non sans de vives appréhensions de voir à leurs trousses l'un des terribles hôtes del Valle, don Rafaël ou le capitaine Caldelas.
' Quant aux habitants de las Palmas, ils
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s'estimèrent Irop heureux que l'outrage n'eût pas suivi le vol, et de rester l'honneur et la vie saufs.
Éclairé désormais sur le danger de vivre plus longtemps dans une habitation que son isolement mettait à la merci des royalistes ou des insurgés, don Mariano Silva avait pris la résolution de se retirer à Oajaca. A son avis, il y avait moins de danger à se réfugier dans une ville toute dévouée au vice-roi, dans laquelle, en ne manifestant pas des opinions qui ne l'avaient pas encore compromis, il trouverait au moins la sûreté.
Pendant quelques jours, diverses causes s'opposèrent à Texécution de son projet.
L'hacierula do San-Cai'Ios, habitée [)ar l'homme dont il devait faire son gendre, don Fernando de Lacarra, n'était qu'à quelques lieues de la sienne, et Marianita ne se souciait pas de quitter ce voisinage. Sans en avouer le motif, elle avait mille objections à faire à ce départ.
Il en était de même de Gertrudis. Les souvenirs que lui rappelait Thacienda de las Palmas lui en rendaient le séjour à la fois doux et p'^nible, et Ton sait, en amour, quel empire exerce la douleur, surtout sur le cœur des femmes.
Les douloureux souvenirs ne manquaient pas à Gertrudis dans Thacienda de las Palmas.
Combien de fois, au soleil couchant,
ses yeux n'avaient-il pas erré avec une mélancolie rêveuse sur la grande plaine, déserte comme au jour où don Rafaël accourait vers elle, bravant la mort pour la voir quelques heures plus tôt!
Lorsque, dans le premier moment de sa douleur, lorsque dans sa première arde^ur de vengeance, don Rafaël, avec cette âpre volupté qu'on éprouve parfois à se déchirer le cœur, dût-on en briser un autre, s'était élancé au galop vers Oajaca, après avoir enfoui dans la terre qui couvrait son père le gage d'amour de Ger- Irudis, en renonçant à elle sans l'en prévenir, la jeune fille l'avait attendu avec une vive impatience.
Quelque dépit bientôt effacé par Tin-
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quiétude, puis ensuite de mortelles angoisses avaient rempli son cœur. Nous avons dit, au sujet de don Rafaël, par quelles transitions insensibles et naturelles les habitants de las Palmas avaient été confirmés par son silence dans la pensée qu il était traître à sa maîtresse comme il l'était à son pays; nous ne le répéterons pas.
Peu s'en fallut cependant qu'au moment où don Rafaël se présenta devant l'hacienda, le son de sa voix, en parvenant jusqu'aux oreilles de Gerirudis, ne vainquît son orgueil blessé. Cette voix mâle, si fortement empreinte de loyauté, soit quand elle échangeait quelques mots avec son père, soit quand elle jetait un
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défi au féroce Arroyo, avait fait tressaillir toutes les fibres de son cœur. Elle avait eu besoin d'appeler à son aide tous les ressentiments de l'amour dédaigné et la • pudeur naturelle à la femme pour ne pas se montrer au capitaine en s'écriant : — Oh! Rafaël, le poignard d'Arroyo me ferait moins de mal que votre abandon.
— Qu'avez-vous fait, mon père? ditelle tristement a don Mariano lorsque le capitaine se fut éloigné avec sa troupe. Vous l'avez blessé dans son orgueil par des paroles irritantes à l'instant où, par égard pour nous, il renonçait à exercer sa vengeance sur l'un des meurtriers de son père. Peut-être avez-vous fait mourir
sur ses lèvres des mots d'oubli et de rém ^2
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concilialion..Voiis avez aqéaaû le durnier espoir de votre pauvre fille.
Vhacendero ne re'pondit rien; il re^»grettait lui-même ses allusions blessantes envers un ennemi dont la générosité sauvait sa vie et celle de ses enfants.
Après le départ des bandits d'Arroyo, une ïuorne tranquillité régnait dans l'hacienda de las Palmas, et, dans le silence de la soliiude, Gertrudis, tout en se demandant à chaque minute du jour si réellement don Rafaël ne l'aimait plus, ne pouvait se faire qu'une réponse certaine, c'est qu'elle l'aimait et qu'elle l'aimerait toujours.
Une après-midi, la seconde qui avait suivi le départ d'Arroyo et de sa bande.
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le soleil se couchait au loin dans la plaine comme ce jour où; quelques semaines auparavant j elle attendait à chaque instant l'arrivée de don Rafaël. Les eaux s'étaient retirées et la campagne avait pris un aspect plus riant que ce jour-là. Desséchée alors, elle était maintenant couverte d'une éclatante verdure.
Tout à coup, une demi-douzaine de cavaliers apparurent dans la plaine. Ils semblaient venir des collines qui la bordaient, car ils tournaient le dos à l'hacienda-, des banderoles aux couleurs d'Espagne flottaient au bout de leurs lances. Un cavalier seul précédait les cinq autres; puis bientôt d'autres soldats à cheval se montrèrent après les premiers; maisGer-
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irudis ne jeta sur eux qu'un regard indifférent.
Toute son attention était absorbée par le cavalier qui marchait seul en têle des autres. Son cœur, plutôt que ses yeux, avait deviné son nom et sa condition.
— Moi aussi, se dit-elle, j'ai été imprudente dans mes paroles lorsque j'ai prononcé l'anathème contre les fils d'un pays qui trahiraient sa cause. Qu'importe, à la femme qui aime, la bannière que suit son bien-aimé? Celle-là doit être la sienne; que n'ai-je fait comme ma sœur? Oh!
Marianita est bien heureuse !
Et, le cœur gonflé de soupirs, le regard voilé de larmes, elle continuait à suivre de l'œil le cavalier dont la léle ne se
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détourna pas une seule fois vers Thacienda, et qui ne tarda pas a se perdre avec son escorte dans la brume dorée du couchabt.
Celait don Rafaël, obéissant aux ordres qui rappelaient, et qui , pour ne pas laisser voir son trouble et sa douleur aux soldats de sa suite , n'avait pas osé jeter ses regards derrière lui.
Peu devait importer maintenant à Ger^ trudis l'endroit qu'elle habiterait avec son père. Il ne lui restait à l'hacienda que de douloureux souvenirs; mais, nous l'avons dit, ces douleurs mêmes l'y attachaient, et la jeune fille ne put voir sans tristesse, comme si le départ de las Palmas devait briser le dernier lien entre
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elle et don Rafaël , le moment où il allait falloir quitter cette triste demeure.
Depuis que le capitaine ne respirait plus le même air qu'elle, Gerlrudîs n'avait eu d'autre plaisir que celui de faire soigner le beau cheval bai-brun de don Rafaël, qu'on avait repris et ramené à l'hacienda.
Sur ces entrefaites, le mariage de don Fernando avec Marianita s'était accompli. Résolue déjà bien longtemps avant que la guerre civile n'éclatât, cette union n'avait pas trouvé d'obstacles chez Vhacendero^ malgré ses idées politiques. Don Fernando était Espagnol , il est vrai , mais il avait la parole de don Mariano, et, en Outre, celui-ci ne voulait pas offrir encore en
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holocauste à ces tristes dissensions le bonheur de sa seconde fille ; n'était-ce pas assez déjà d'une victime ? D'ailleurs, comme beaucoup d'Espagnols à celte époque, don Fernando Lacarra avait adopté pour son pays celui qui renfermait ses affections, et, par cela même, ses sympathies étaient acquises à ses compatriotes d'adoption.
Peu de jours après son mariage, il avait emmené sa jeune femme à son domaine de San-Carlos , voisin de celui del Valle , et , comme lui , situé sur les bords de rOsluta supérieur qui coulait entre les deux haciendas, non loin du lac du même nom. Ce domaine, gardé partie nombreux domestiques, que Tinsurrec-
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lion n'avait pas dispersés comme ceux de don Mariano, offrait une plus grande sécurité comparative que Thacienda de las Palmas, et don Fernando voulait y donner asile à sa nouvelle famille ; mais don Mariano, dans le but de dissiper la mélancolie de sa fille par le bruit et le mouvement d'une grande ville, préféra de se retirer à Oajaca.
Le jour du départ, Gertrudis avait refusé la litière qu'on lui avait préparée; elle avait mieux aimé faire seller pour elle le cheval qui tant de fois avait porté don Rafaël, et, comme si le fougueux Roncador eût senti qu'il portait l'objet le plus cher à son ancien maître, il se laissa aussi docilement conduire pendant
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tout le trajet par la main frêle de Gertrudis que par la raain vigoureuse du capitaine.
Insensible à toutes les distractions qui lui étaient offertes, Gertrudis avait passé de longs et tristes jours à Oajaca. Elle n'y avait goûté qu'un seul moment de bonheur ; ce fut quand la voix publique lui apprit que le colonel Très Villas, après s'être emparé de la ville d'Aguas Calientes, y avait fait raser la tête à quatre cents femmes.
Comme Tavait dit le colonel Trujano, instruit de cette particularité par Marianita, dont le mari Tavait reçu un jour entier à San-Garlos , cette nouvelle Pavait fait tressaillir de bonheur et d'orgueil.
Elle seule avait deviné, an milieu de rétonnement général causé par celte étrange rigueur , que don Rafaël n'avait pas voulu qu'elle seule eût à pleurer la perle de sa chevelure. Don Rafaël Taimait donc toujours, puisqu'il lui envoyait cette consolation comme un gage de son souvenir.
Gertrudis s'était cependant vivement reproché ce sentiment de bonheur égoïste.
— Pauvres femmes ! se dit-elle en peignant les boucles d'ébène qui avaient remplacé ses longues tresses dont le flot parfumé tombait jadis sur ses épaules; elles n'ont pas eu comme moi le bonheur d'offrir leur chevelure pour la vie de lelir bien-aimé.
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Puis, les mois avaient succédé aux mois sans qu'on pût savoir ce qu'était devenu don Rafaël, et les joues pâles de Gertrudis, le cercle bleu qui entourait ses yeux , témoignaient des douleurs de rame et des souffrances du corps. Mais aussi 5 depuis deux ans bientôt, sous Tinfluence^énervante du silence, de la solitude, de la vie sédentaire, la pauvre jeune fille tâchait en vain d'étouffer son amour, et les forces de son corps et de son âme s'épuisaient dans celte lutte inutile.
Don Rafaël, du moins, portait sa douleur d'une extrémité du royaume à l'autre; il en pouvait étouffer le cri dans le tumulte des batailles et dans toutes les ardentes distractions de la guerre.