‹ Le dragon de la reineChapitre 8 sur 11 · LK DUA(.(>N · texte numérisé non relu

LK DUA(.(>N

Heureusement que Dieu a donné à la f(^mme la résignation , sa seule armure contre la douleur. Gertrudis dévorait en silence, et sans proférer une plainte, le noir chagrin qui la consumait. Dans ces longues insomnies , où cette résignalion à moitié vaincue par la lutte semblait prête à succomber, un faible et lointain rayon d'espérance venait parfois la retremper; un dernier refuge contre ses angoisses se présentait aux yeux de la jeune fille. Elle se disait alors que, quand ses forces seraient à bout, une ressource suprême lui restait dans cette tresse de ses cheveux soigneusement conservée p^r elle.

L'envoi du cheval de don Rafaël à

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rhacienda del Valle, où il devait sans doute revenir d'un jour à Taulre, avait été une prenlière transaction entre Torgueil et Tamour. Qui devait l'emporter des deux ?

Cependant, à mesure que l'insurrection s'étendait dans la province, la surveillance redoublait dans la capitale, et don Mariano, devenu suspect, reçut l'ordre de quitter Oajaca.

Toutefois^ avant de partir, il avait

expédié, nous l'avons dit, un messager

'à l'hacienda del Yalle. Quel message

portait-il? Nous le saurons plus lard.

Nous devons , quant à présent, constater

que, le surlendemain du départ de son

exprèsj le jour même où celui-ci arrivait

à riiacienda del Valle, et où don Rafaël quittait en fugitif la plaine de Huajapam, rhacendero se mettait en marche pour San-Carlos, accompagnanf à cheval, avec quelques serviteurs, la litière qui renfermait dona Gertrudis. La pâleur du visage de la jeune fille contrastait avec le cercle d'azur qui se dessinait autour de ses yeux et le rendait encore plus foncé»

Enfin, ce jour-là aussi, mais vers le soir, un des personnages de notre histoire, le capitaine don Cornelio Lantejas^^ quittait le camp de Morelos, près de Hua^ japam, pour aller remplir une n^ission q^ui venait de lui être confiée pour Oajacg par le général mexicain.

Sa mission ne laissa pas d'être pé-

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rilleuse> ainsi qu'on pourra s'en convaincre.

Costal et Clara accompagnaient seuls le capitaine, revêtu d'un simple habit de voyage; rien en lui n'indiquait sa profession.

C'était à l'approche du solstice d'été, et le noir et l'Indien s'entretenaient de la chance, à présent que le Zapotèque avait accompli un demi-siècle, de saisir enfin la divinité des eaux dans le mystérieux lac

d'Ostuta.

Maintenant que toutes les larmes du passé se trouvent oubliées, nous devons, pour l'intelligence de la dernière partie de ce récit, faire savoir quel, était le but de la mission confiée à don Cornelio,

et présenter à vol croiseau une sorte de plan topographique du pays que devaient parcourir les différents personnages qui se mettaient en route le même jour.

La conquête de la ville d'Oajaca devait achever de rendre Morelos maître de toute la province, et il songeait à s'en emparer avant la fin de la campagne, car, ce projet une fois exécuté, tout 4e sud de la Nouvelle-Espagne tombait au pouvoir de rinsurrection.

Toutefois, avant d'attaquer une ville aussi populeuse et aussi riche que celle de Oajaca, il était prudent de s'y ménager des intelligences, et c'était là l'objet principal de la mission qu'avait a remplir le

DE LA RKINE iO")

capitaine Lantejas. Pour l'honneur de la cause que soutenait Morelos, il n'était pas moins urgent de mettre un terme aux déprédations des deux guérilleros dont il a été souvent question, Arroyo et Bocardo, qui semblaient avoir pris à lâche, par leurs cruautés, de rendre odieuse rinsurrection autant à ses partisans qu'à ses ennemis.

La force dont ils disposaient était aussi incertaine que le lieu de leur résidence; mais ils étaient aussi universellement redoutés que s'ils eussent eu une armée nombreuse à leurs ordres. La rapidité de leurs mouvements leur donnait les moyens de multiplier à l'infini leurs

actes de férocité; les deux associés étaient m ^ n

iS4 Lie DUACON

(lu reste assez faciles à suivre aux irace^ sanglantes qu'ils laissaient partout sur leur passage. Arroyo, toujours prêt à rougir ses mains de sang, quel qu'il fût, prenant un barbare plaisir à être lui-

même le bourreau de ses victimes, était

assez brave, du moins; mais son associé, Aiitoilio Bocardo, était aussi lâche que cruel, quoique son goût le portât plutôt au vol qu'à l'assassinai, ainsi qu'on l'a yu.

Morelos avait appris les déprédations que ces deux hommes commettaient dans la province de Oajaca, et don Cornelîo avait ordre de les joindre et de leur porter, de la part du g^^néral en chef, la. menace d'être coupés en quat^^e quartiers,

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s'ils continuaient plus longtemps à déshonorer la sainte c^usc de rindépendance.

La réputation de férocité si justement méritée de ces deux bandits, qui traitaient tous les partis en ennemis, et la surveillance active exercée par les autorités de Oajaca, rendaient, comme on voit, la mission du capitaine Lantejas fort dangereuse. ^

Il suivait donc assez mélancoliquement la route qui conduisait aux bords du fleuve d'Ostuta, où se trouraient alors Arroyo et Bocardo.

Leur présence dans ces lieux sera expliquée par une description sommaire, indispensable pour bien faire connaître l'étroit théâtre où vont se presser les

événements qui nous restent à raconter.

En ne tenant pas compte des accidents de terrain, Huajapam et Oajaca se trouvent sur la même ligne en face l'un de Tautre. De chacune de ces deux routes part une route allant vers FOstuta et s'y joignant à un gué qui sert a traverser ce fleuve. A peu de distance de la jonction des deux routes, et avant d'y être parvenu, se trouvait l'hacienda del Valle, et, en moins d'une heure, après avoir passé le gué, on arrivait à l'hacienda de San- Carlos. Ces deux haciendas, situées sur les deux rives opposées du fleuve, étaient, comme on le voit, peu éloignées l'une de l'autre.

Arroyo s'était promis de ne laisser ni

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un homme vivant, ni une pierre debout de l'hacienda del Valle, encore défendue par la garnison confiée aux ordres du lieutenant Varaegui, et c'était le motif de sa présence sur les rives de l'Ostuta. Sa bande, divisée en deux, occupait les abords du gué de chaque côté du fleuve, et pouvait ainsi se porter à la fois et sur San Carlos et sur el Valle.

11 était probable que le messager, so dirigeant en quête de don Rafaël, de Tacienda del Valle vers Huajapam, rencon- Irerait à mi-route le colonel, parti de Huajapam pour el Valle.

Au point de réunion des deux routes de Oajaca et de Huajapam, il était non moins probable que don Mariano et sa

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fille devant passer forcément devant el Valle, don Cornelio et ses deux compagnons, suivant la même direction, et, enfin, le colonel se rendant à son hacienda, ne devaient pas manquer, sauf accident, de se rencontrer tous, presque au même instant, sur un terrain commun.

C'est donc sur les bords sauvages de rOstnla, vers l'endroit où les personnage^ de ce récit, longtemps dispersés, ont des chances de se rejoindre, qu'il convient de transporter la scène.

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