B LE DRAME CHINOIS
moyens de la mettre en valeur. Ils voulaient mieus et plus. A les entendre, ce qu'il fallait à la Chine ce n'était rien moina que l'instruction publique organisée dans tout l'empire, l'enseignement intégral.
I^e plan, à coup eur, était vaste, maie réalisable, as au raient- ils, à la condition de prendre pour base du nouvel édifice l'une des plus anciennes institutions nationalea, je veux dire le système des grands examens, des concours annuels et triennaux ouvrant l'accès des emplois publics. Il suffirait de le rajeunir, do substituer aux futiles commentaires de tel ou tel verset tiré des classiques, des sujets de compositions empruntés aux sciences moder^ nés. Il ne serait plus question pour les infortunés candidats de donner le sens et la paraphrase d'une formule abstruse telle que la suivante, qui fut soumise, neuf jours durant, à leurs méditations, lors du concours triennal de Pékin en 1895. Voici quelle avait été, cette année-là, le texte concis sur lequel devaient peiner les concurrents : « Confucius a dit :
a Ils étaient trois ! ■ Bien de plus. Et dix mille lettrés de tout âge et de tout poil, repréaentai^t la fleur des intelligences de l'Empire du Milieu, durent s'escrimer sur cette énigme,
l'éducation de la chine. 39
s'inspirer de ce thème pour noircir nombre de feuillets d'un pinceau délicat et disert! A suppoBei qu'on ne pût supprimer purement et simplement ces enfantillages, encore était- il possible de les laisser subsister momentanément, mais en leur attribuant, dans le résultat anal, une importance très atténuée. La place prépondérante serait accordée aux sciences appliquées, à la pbysique, à la cbimie, aux arts mécaniques. Si les examinateurs à l'avenir étaient des bommes éclairés, si l'on savait, à n'en pouvoir douter, qu'à leurs yeux le savoir l'emportait sur le grimoire, la Chine studieuse suivrait le mouvement. Et l'on verrait ' les millions d'étudiants s'élancer à la conquête de ce nouveau champ des connaissances humaines avec une ardeur au moins égale à celle dont ils ont fait preuve jusqu'ici pour piocher le sol ingrat des classiques.
Cet ingénieux programme avait, dans ces grandes lignes, été repria par Kang-Téou-Wei et le parti des réformes. Le malheur est qu'ils se crurent de force à opérer en trois mois, à coups de décrets, une transformation qui, dans les circonstances les plus favorables, eût exigé un siècle, sinon davantage.
Peut-être aussi ces désirs d'une régénéra-
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tion immédiate ne tenaient-ils pas assez compte des dangers que présenterait la diffusion inconsidérée des idées et des méthodes occidentales dans cette humanité vieillotte.
Accoutumée à se repaître de mots et de simulacres, pourrait-elle du premier coup s'assimiler la substance? La nouvelle alimentation ne lui paraîtrait- elle pas bien indigeste? Qui sait même si le remède, administré brutalement, à haute dose, ne serait point fatal au malade? Pour que la science soit féconde, il ne suffit pas de lancer la semence au hasard sur un terrain non préparé. On risque, en ce cas, de voir lever fort peu le bon blé et beaucoup d'ivraie. Il faut les patients labours, les assolements, le choix judicieux des graines.
Jeter aux Chinois la science à poignées, toute la science, c'est dangereux ! « Parmi les sciences dont l'avancement a le plus contribué à transformer les conditions de la vie économique, industrielle et sociale, la chimie occupe une place d'honneur. Il serait, néanmoins, quelque peu paradoxal d'affirmer que la connaissance de la chimie, vulgarisée dans tout l'empire, accélérerait la régénération de la Chine. Etant donné le caractère du petiple, serait-il très prudent de lui fournir tout à la
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l'éddcation de la chine. *i
fois les produits chimiques en quantité illimitée et les formules exactes pour la préparation de nos divers explosifs * ? »
I>eB esprits moins ambitieux et plus pratiques ont fait prévaloir un autre système, e Ce qu'il faut à la Cliine, ont-ils dit, ce ne sont ni des théorèmes, ni des cours techniques, mais des faits, des résultats palpables, la science matérialisée dans ses applications les plus saisissantes, la science concrète comme stimulant ; c'est l'enseignement par l'exemple, la « leçon de choses >.
L'idée était séduisant*. Elle n'a pas donné, elle ue pouvait donner los résultats attendus. Supposer que la science européenne, considérée dans ses résultats matériels, tangibles, pût agir par contagion et devenir une force éducatrice ; voir en elle une cause efficiente de relèvement pour la collectivité chinoise, c'était, nous semble-t-il, se méprendre étrangement sur les termes, confondre l'effet avec la cause, ^otre civilisation, dans ses manifestations scientifiques, n'est point par elle-même une cause, mais un efEet, la résultante d'une longue série de causes très complexes, d'évo-