LES CHEMINS DE FE
Gardons-nous de traiter légèrement ces sottieea. La Chine la plus à craindre n'est pas celle qu'on voit, et qui n'est point belle, mais celle qu'on ne voit pas, qui est pire encore- Tenons pour de terribles réalités le Dragon, cause première des phénomènes cosmiques, tremblements de terre, éclipses, inondations, et le fantaisiste Fong-Choué, cet agrégat de forces mal définies, mais irrésistibles, dont les caprices ont force de loi. Four les Chinois, cette chose obscure, indéterminée est la science des sciences. Klle a ses traités spéciaux ; de graves docteurs en ont exploré les arcanes. Ces hommes éminents sont légion ; encore ont-ils peine à satisfaire leur immense clientèle. Partout et toujours, dans les circonstances les plus futiles, le concours de l'augure est de rigueur. Lorsqu'on songe aux hésitations, tergiversations, aux consultations laborieuses que nécessite l'entreprise la plus vulgaire telle que le forage d'un puits, le tracé d'une digue, la construction d'un hangar ou d'une étable à porcs, on comprend quel doit être l'émoi populaire à la vue de ces étrangers que rien n'arrête, qui percent les montagnes, comblent les Vallons, édifient leurs xemblais à travers les plaines, sans souci du
«) LE DBAME CHINOIS.
Fong-Choué, sans souci du Dragon. Dieu aait pourtant ei ces puissances doivent être troublées dans leurs habitudes ! D'autant plus que Dragon et Fong-Choué sont de caractère extraordinairement susceptible, et vindicatiis en diable. Point n'est besoin d'un acte pour déchaîner leurs colères. L'intention seule suffit, et les calamités de tout genre vont pleuvoir sur le pauvre monde !
Ajouterai-je que, là-bas comme ici, il peut arriver que les entrepreneurs ou chefs de chantiers prennent parfois possession du terrain d'une manière un peu rude. Sur la foi de cette maxime de droit suivant laquelle l'intérêt d'un seul doit céder à l'inFérêt du pluB grand nombre, les mandataires de ce plus graud nombre en usent volontiers très librement avec les particuliers. Il faut n'avoir jamais habité la campagne pour ignorer les conflits qui s'élèvent entre les ingénieurs, agents voyers ou tâcherons et le propriétaire évincé lors de l'établissement d'un chemin de fer, d'une route ou même d'une simple voie vicinale. Le hasard me faisait assister, il y a quelques mois, à un différend de ce genre, soulevé par un brave paysan qui contestait à un chef d'équipe occupé à la pose d'une ligne
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