U CHINE ET LES MISSIONS
est maintenant, à toua égards, plus précaire que dans le passé. N'oublions pas qu'il s'en était bien peu fallu que la Chine ne fût à lui et ne devînt un immense Paraguay, ce qui par parenthèse, eût été pour tout le inonde un inconvénient moindre que d'avoir affaire aux Li et aux Cheng. Les Paraguay passent ; le mandarin a la vie dure. Les missions furent sérieusement menacées du jour où l'Europe entreprit, avec une hâte folle, de rénover la Chine à son profit. Aussi est-il plaisant de voir les promoteurs de cette régénération chimérique, les marchands de locomotives, les importateurs de rails, de canons et d'obus rejeter sur autrui la responsabilité de leurs déconvenues, se demander de quel droit on venait importuner ces pauvres Chinois en leur offrant des catéchismes et des Bibles. De quel droit, mon bon monsieur P Mais en vertu du même droit que voua et moi nous nous arrogeons de nous improviser, si bon nous semble, hardis pionniers de la civilisation en apportant à ce même Chinois notre ferraille et notre camelote, dont il n'a que faire. Il faut qu'une Chine soit ouverte ou fermée. Si elle doit s'ouvrir, ce qui n'est peut-être pas indispensable au bonheur de l'humanité, que toutes les entre-
LE DBAUE CHINOIS.
prises y aient le champ libre, les apirituelles eoMme les temporelles.
ïleste l'arffomeiit spécieux invoqué maintes fois et qui peut se résumer ainsi : ■ Imaginez qu'un Ghinoie s'avisât de venir vulgariser chez nous ses livres canoniques, prétendît nous initier aux mystères du Y-King et du Chu-King, prêcher en plein Paris le culte de Fo, les doctrines de Confucius ou de Lao-Tzé. ]!Te pensez-vous pas que ce grotesque serait daubé de belle façon et mis en demeure d'aller exercer ses talents d'apôtre hors de nos frontières? » Eh bien, non. J'avoue n'éprouver aucune inquiétude au sujet de l'accueil réservé à ce Chinois hypothétique. Il serait, je ciois, reçu avec faveur, et ses prônes seraient fort suivis. Notre appétit d*exotisme y trouverait pâture. Le philosophe à peau cuivrée aurait son parterre de snobs et de caillettes, ses commentateurs, ses jolies pénitentea anxieuses d'expliquer leur état d'âme entre le lunch et le five o'clock. Il aurait le Tout-Paris des premières, les arts et les lettres, les ateliers et les boudoirs et, qui sait, sur ses vienx jours, une chaire au Collège de France.