APRÈS LA TOURMENTE
Pékin déliTré, les légations sauves ! La nouvelle a été saluée dans le monde entier par un immense cri de joie. Je l'attendais, cette nouvelle heureuse, avec une confiance que n'avaient pu ébranler les navrantes dépêches nous apportant les détails circonstanciés du prétendu massacre. Il ; a deux mois de cela, au risque de paraître bien optimiste j'exprimais ma conviction' que 400 Européens retranchés dans quelque coin de la cité tertare et décidés à vendre bien cher leur vie résisteraient victorieusement. Tant qu'il resterait aux assiégés des vivres et des cartouches, ils réussiraient à tenir k distance tous les foudres
J. Voir l'Appendice,
120 LE DBAME CUI!fOIS.
de guerre de l'Empire du Milieu, les Tuan et les Tuûg-rou-Siang. Pour qu'il en fût autrement, il eût fallu que la Chine eût changé du tout au tout depuis trois ans. Â la place de la Chine, telle que je l'avais toujours connue, miracle a' orgueil imbécile, d'incohérence et de lâcheté, aurait surgi soudain une Chine transfigurée, unie, disciplinée, intrépide à l'attaque, prompte à l'assaut, une Chine, enfin, qui ne serait plus la Chine! Etait-ce possible P
Si l'ère des difficultés n'est pas close, il semble que le gros de l'orage s'éloigne, pareil à ces typhons qui s'abattent avec une impétuosité extrême sur les mers chinoises, mais passent vite. Une chose est dès à présent hors de doute : l'odieuse violation du droit des gens va recevoir le châtiment qu'elle mérite. Les satisfactions pour le présent, les garanties pour l'avenir seront d'autant mieux obtenues que l'occupatioa rapide de la capitale et la perspective d'une campagne relativement brève n'ont point empêché les puissances de renforcer prudemment leurs effectifs comme si la lutte s'annonçait longue et acharnée. Que le dénouement soit proche ou que, dans cet Orient fertile en surprises, le confiit traîne en
D,mi,.=db,Gooylc
AFBÈS LA TOtTEMENTE. 131
longueur, l'issue n'en est pas moins certaine. L'Europe aura le dernier mot. Mais après?
Que fera-t-elle de sa victoire?
La question est sur toutes les lèvres. Aussi, sans prétendre s'éri^r en oracles, beaucoup de bons es|n-it8 estiment, avec raison, que le moment est venu d'aborder ce problème inquiétant des lendemains. Bétablif l'orâre, frapper les coupables, si haut placés soient-ils, c'est fort bien, et cette partie du programme emporte l'approbation générale. Keste à s'entendre sur la médication à adopter vis-à-vis de la Chine pour la guérir à tout jamais de son accès de fièvre cliaude. Il est aujourdliui surabondamment prouvé que dorénavant ses assurances les plus solennelles ne sauraient être acceptées qu'avec réserve. Kien n'égale les subtilités, les ruses dilatoires du Chinois lorsqu'il s'agit de conclure un traité, si ce n'est l'aisance avec laquelle, le cas échéant, il tient pour nul et non avenu le document revêtu de son sceau. C'est à se demander dans quel but sa diplomatie tortueuse et fugace se dépense en arguties, faux-fuyants et stratagèmes avant de signer un acte dont, neuf fois sur dix, elle a in petto résolu de ne faire aucun cas. Peut-être est-ce de sa part coquette-
m. LE DBAHE CHIKOia.
rie pure, besoin inné de gagner du temps et de parler pour ne rien dire. Tonjourt est^il qne promeesee cKinoisea ne tirent pas à conséquence. L'essentiel n'est pas d'arracher à la Ctiine un engagement explicite, mais de la mettre hors d'état de manquer à sa parole.
Le moyen de l'obtenir, cette Chine, je ne dirai pas réconciliée avec l'étranger, mais contrainte de subir docilement ea présence, cette Chine tenue en laisse et muselée, qui grognera sans pouvoir mordre ?
L'histoire des insurrections chinoises étant un perpétuel recommencement, nous ne saurions être surpris de voir surgir, à l'occasion du mouvement des Boxeurs, des projets analogues à ceux qui furent mis en avant, il y a un demi-aiècle, lors du grand soulèvement des Taïpings. Déjà, à cette époque, l'idée avait été émise d'une reconstitution de la Chine en plusieurs royaumes sous le contrôle européen. Elle est de nouveau dans l'air'. La -solution qu'elle inspire est ingénieuse et, au premier abord, assez séduisante, maie infiniment com-