‹ Le drame chinoisChapitre 6 sur 58 · Marco Polo. — Ch. vi · texte numérisé non relu

Marco Polo. — Ch. vi

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LES CAUSES ELOIGNEES. «

la traverser de part en part, de l'est à l'ouest, et regagnera sain et sauf l'Europe par te Chan-Si, le Sé-Tchouen et le Thibet.

Ce rapide BcKéma n'évoque pas à l'esprit Timage d'une Chine obstinément close, hostile aux nouveaux venus. On les accepte alors ; ces bommes, peu nombreux, n'ont rien d'inqaiétant. Ils apportent, il est vrai, des idées nouvelles ; mais en quoi ces idées sont-elles subversives? Le dieu inconnu dont ils se déclarent les serviteurs ne menace point l'ordre établi. L'intransigeance religieuse n'est pas monnaie courante en Chine et quiconque a visité la moindre pagode a pu se convaincre que le Panthéon chinois est très hospitalier. Au surplus, s'ils se présentent comme messagers de la bonne parole, ce rôle d'apôtre ou d'éducateur qu'ils assument n'a quoi que ce soit de blessant puisqu'il ne les empêche point d'être vivement frappés par la civilisation chinoise et d'exprimer dans leurs lettres, en termes admiratifs, l'étonnement où les plonge la Tue du prodigieux empire dont l'Occident soupçonne à peine l'existence. II n'en faut pas plus pour désarmer, si besoin était, les susceptibilités ombrageuses de l'orgueil chinois qui voit dans cette admiration l'hom-

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mage néceasaire rendu au civilisé par le barbare.

Après la chute de la dynastie mon^fole des Yuéa, l'attitude reste, à quelques nuances près, la même. Les Ming, d'abord défavorables aux étrangers, e 'humanisent. C'est l'époque des miBsionnaires matliématiciens et astronomes, des Ricci, des Cattaneo.des Adam Scball. Sans doute le sentiment qu'éveille la présence de ces hommes aventureux, venus de l'Occident plein de mystère, s'est légèrement modiSé. Une vague défiance a remplacé l'indifférence première. On les observe ; les mandarins surtout et les lettrés éprouvent déjà je ne sais quelle inquiétude, la crainte de voir leur prestige intellectuel fort diminué par cea redoutables concurrents en possession d'un savoir singulièrement étendu, qui réforment le calendrier, édifient des observatoires, fondent pour l'empereur des canons et des fusils. Aussi leur succès ne va-t-il pas sans quelques traverses. Les vice-rois, hier comme aujourd'hui, presque indépendants au fond de leurs provinces, envisagent parfois les choses sons un autre angle que la cour. Canton persécute à l'heure même où Fékin honore les ■ maîtres des secrets célestes ■, qui connaissent ad-

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mirablemeat l'astronomie et ont appris, scruté tout ce qui concerne le ciel et l'homme »,

Ainsi parle le président du tribunal des revenus, chargé de publier l'édit de l'empereur Ouan-Li qui donne, pour servir de lieu de sépulture à Hicci, un vaste jardin aux portes de la ville, près du village de Cha-La-Eul.

« J'ai fait, continue le rapporteur, graver sur la pierre cette inscription en témoignage des faveurs accordées par l'empereur aux étrangers et du désir qu'il a de traiter avec honneur ceux qui viennent de loin. »

La conquête tartare et l'avènement de la pséseute dynastie (Ta Tsing) marquent un instant critique. Les étrangers sont mal vus, et cela s'explique par les nécessités de la politique des nouveaux maîtres. Au moment d'assurer leur mainmise sur le vaste empire, les conquérants mandchous, conscients de leur infériorité numérique, appréhendaient que l'entreprise, déjà suffisamment délicate, ne fût compliquée encore par l'ingérence étrangère.

Mais, de nouveau, tout s'apaiee à la majorité de Kang-Hi. Le grand empereur veut rendre justice à tous ceux qui ont souffert durant sa minorité. Il annule les décrets des régents, réhabilite de la manière la plus solennelle la

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mémoire du père Adam Schall, le rétablit dans ses titres et anoblit ses ancêtres *. Son successeur, le père Ferdinand Verbiest, est nommé président du tribunal des mathématiques.

L'empereur, admirant la sûreté des méthodes européennes, va jusqu'à se iaire son élève et lui demande de lui apprendre la géométrie... et la musique! C'est aous sa direction que sont fondus les nouveaux instruments pour l'observatoire, ces bronzes ouvragés à miracle dont la fine silhouette se détache sur les remparts massifs de Pékin, du côté de l'est, et qui, abandonnés depuis deux siècles et demi, semblent sortis d'hier des mains du ciseleur.

Il faut lire dans du Halde la description des funérailles véritablement royales que Kang-Hi a ordonnées pour son savant maître • qui a quitté, dit l'empereur, de son propre mouvement l'Europe pour venir dans mon empire, où il a passé une grande partie de sa vie, prenant soin des mathématiques, et dont les prédictions ne se sont jamais trouvées fausses, mais toujours conformes au mouvement du ciel ; en toutes choses exact, diligent, fidèle,

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