LE MYSTERE DE LA NATR'ITE. III
« Pythagore, pratiquant une habile saignée, « a arrosé de cette eau son champ et fait pous- « ser la Physique. Socrate ensuite et Platon s'en « sont servis pour donner toute sa beauté à « l'Éthique. Aristote enfin, grâce à elle, a conclu « les fiançailles de cette bavarde, la Logique !
« Nées de ceux-ci, des sectes multiformes a3^ant, « dans Athènes, trouvé matière à leurs disputes, « ont fait de cette onde sur toute la Grèce une « si abondante irrigation, qu'un débordement « infini s'en est écoulé sur l'Occident! »
Les courtisans du roi d'Egypte et ceux du roi de Babylone qui figure, lui aussi, assez mal à propos, dans notre drame, ne prêtent pas seulement leurs voix à ces savantes métaphores. Les étudiants, profitant de la qualité de païens, incontestable à ces courtisans, ont placé dans leurs bouches de moins sérieuses chansons, qui prouvent que l'écolâtre, en ces jours de fête, poussait fort loin la tolérance, et que ses ciseaux de censeur dramatique ne cherchaient vraiment pas l'occasion de s'exercer :
« Voici la joie printanière. La terre se renouer velle et Vénus est réveillée. Le chœur des « jeunes gens se réjouit, tandis que la troupe « nombreuse des oiseaux module ses gazouille- « ments.
« Quelle joie pour l'amant qui se sait aimé « d'une amoureuse sans fiel! Voici que toutreverc( dit, que l'hiver est déraciné. Le chœur des jeunes « gens se réjouit, tandis que la troupe nombreuse <( des oiseaux module ses gazouillements. »
Notre mystère est de ceux où les joyeux usages tolérés par l'autorité ecclésiastique touchent à des abus qu'elle dut et sut réprimer. Au reste, il n'était point représenté dans l'église même, mais devant l'église, et, comme dit la rubrique, « in fronte ecclesiœ ». L'évêque des enfants y avait un rôle, il appuyait les raisonnements des prophètes contre les Juifs. On pourrait induire de cette circonstance qu'on le représentait à cette fête des Innocents, fort innocemment et même fort pieusement célébrée en maint endroit, mais qui, en d'autres lieux, mérita peu à peu d'être appelée la fête des Fous. On a tiré de ces usages assez promptement dégénérés en abus un argument contre les siècles de foi ; mais, comme on en a tiré un aussi du prétendu ennui qui aurait pesé sur les âmes au moyen âge, il y a lieu d'attendre qu'on ait choisi entre ces deux arguments pour y répondre. J'estime, quant à moi, que, soit qu'on parle d'amusements ou d'ennui , notre temps n'a le droit de se montrer sévère pour aucun autre.
l'époux. ii3