MYSTERE DE NOËL
La n.uit de Noël, les fidèles emplissant Téglise, les offices ont été chantés.
Deux groupes de prêtres ou de clercs, vêtus d'aubes, la tête entortillée d'un fichu de lin, vont prendre place dans le carré du transept, non loin de la grande entrée du chœur, l'un à droite, représentant les vierges sages, l'autre à gauche, figurant les vierges folles. Tous tiennent à la main des lampes, et ils ont aussi des vases contenant l'huile qui doit entretenir leurs lumières. Dans le chœur le clergé chante, et le peuple, dans les bascôtés, dans la nef, chante aussi :
Malheur à vous, malheur à vous, qui sommeillez ! Vierges, voici l'Époux, voici le Christ, veillez. L'heure approche, voici le Christ, l'Époux s'avance. Au cœur des nations palpite l'espe'rance; Vos chaînes vont tomber, ô peuples, qui jadis Fûtes livre's par Eve aux fouets des maudits;
C'est le second Adam, comme dit le prophète, Qui du premier Adam a vengé la défaite, Dont le dernier soupir sur la croix . exhalé A Satan stupéfait arrachant sa conquête, Du paradis perdu vous a rendu la clé.
Voici l'Epoux, le Christ, l'innocente victime Dont le sang pour jamais a lavé notre crime. Malheur à vous, malheur à vous, qui sommeillez! Vierges, voici l'Époux, voici le Christ, veillez.
Un clerc, en tunique blanche, avec des ailes aux épaules, monte dans l'une des deux chaires situées à l'entrée du chœur. Il figure Fange Gabriel, et il chante :
Ecoutez, vierges, mes paroles,
Vous les sages, et vous, les folles,
Et gravez-les dans votre cœur :
Vous attendez l'Epoux, son nom est le Sauveur. Ménagez l'huile, afin de garder la lumière, Vous n'en trouverez plus, si vous la répandez ;
Veillez, demeurez en prière, Car voici l'Époux que vous attendez.
Pour vos péchés venu sur terre,
Il naît d'une vierge, ô mystère!
Dans Bethléem, et de la main Du Précurseur reçoit le baptême au Jourdain. Ménagez l'huile, afin de garder la lumière, Vous n'en trouverez plus si vous la répandez ;
Veillez, demeurez en prière, Car voici l'Époux que vous attendez.
A l'insulte on joint l'ironie, On le bat, Pierre le renie,
l'époux. ii5
Sur la croix il est immolé, Puis on l'enferme ensuite en un tombeau scellé. Ménagez l'huile, afin de garder la lumière, Vous n'en trouverez plus si vous la répandez;
Veillez, demeurez en prière, Car voici l'Époux que vous attendez.
Mais vivant de la sépulture Il s'élance, dit TEcriture ; Moi, Gabriel, je dis ceci :
Veillez, vierges, l'Époux va passer par ici. Ménagez l'huile, afin de garder la lumière. Vous n'en trouverez plus si vous la répandez ; Veillez, demeurez en prière.
Car voici l'Époux que vous attendez.
L'ange disparaît. Après quelques instants d'un profond silence, les vierges folles s'assoupissent. Elles laissent pencher leurs vases, dont l'huile s'épand sur le sol. A leur réveil, effrayées de leur négligence, elles se dirigent processionnellement vers les vierges sages, et le dialogue suivant, dialogue chanté, s'engage entre les deux groupes :