LE DRAME D ADAM. 12 D
sième acte de notre drame, les prophètes du Christ viendront successivement s'asseoir pour annoncer la délivrance d'Adam par la naissance du Sauveur. Mais sur un autre banc, placé en travers du porche, à gauche du lecteur et du banc des prophètes, quels sont ces personnages à longues barbes, à la mine farouche tout ensemble et railleuse ? Ce sont les représentants de \di Synagogue, des acteurs figurant le conseil des Juifs. Mais pourquoi figure-t-elle ici , cette Synagogue ? Qu'est-ce que ce conseil des Juifs vient faire dans notre drame ?
Il vient contredire les enseignements de l' Eglise soit par un dédaigneux silence, soit en contestant ouvertement, par la bouche de son chef, les prophéties d'Isaie, par qui pourtant il sera vaincu. Ne vous y trompez pas en effet, le drame auquel vous allez assister n'est autre chose qu'une leçon faite au peuple sur la vérité de la mission du Christ, mais faite sous la forme vivante d'un dialogue, d'une représentation figurée. Ce mot de leçon lui convient d'autant mieux, qu'il affecte précisément Ja forme d'une série de leçons liturgiques accompagnées de leurs répons^ et qu'il est issu — en passant par une série de métamorphoses que j'ai exposées ailleurs et dont je vous épargne l'explication, qui serait ici par trop
technique — qu'il est issu, dis-je, d'un sermon dirigé contre les Juifs par un prédicateur que l'on croyait au moyen âge avoir été saint Augustin — sermon qui, introduit dans le bréviaire, formait dans un très-grand nombre de diocèses, au moyen âge, l'une des leçons de Noël.
A la droite de l'église, à la gauche des spectateurs, sur un échafaud très-élevé, je vous présente, le paradis terrestre, auquel on parvient par plusieurs escaliers en bois, assez semblables à des échçUes fixes. L'un de ces escaliers aboutit sous le porche de l'église, les autres sur la place du parvis, où le peuple est groupé. La plate-forme de l'échafaud, qui offre un espace assez vaste, est environnée de courtines et de tentures de soie, disposées de telle façon que les personnages, quand ils se trouveront dans le paradis, ne soient vus qu'à partir des épaules. Ces tentures vous laissent pourtant apercevoir divers arbres chargés de feuillages, de fleurs et de fruits. En un mot, le paradis présente, tant bien que mal, l'aspect d'un délicieux jardin. Au milieu s'élève l'arbre de la science, qui domine tous les autres. A cet arbre est adapté un truc fort ingénieux, au moyen duquel on doit, au bon moment, voir s'enrouler autour du tronc un serpent mécanique. Ce truc doit être mis en mouvement par un comparse que dis-