‹ Le drame chrétien au moyen âgeChapitre 27 sur 58 · LE DRAME D ADAM. I · texte numérisé non relu

LE DRAME D ADAM. I

simulent les courtines dont la plate-forme est environnée. Et maintenant qu'on vienne nous dire que nos pères étaient des barbares î

De l'autre côté du parvis, c'est-à-dire à gauche de l'église, à droite des spectateurs, on a figuré l'enfer qui, occupant sur la place une position très-avancée, forme avec le porche une espèce d'angle plus ou moins droit. Cet enfer est tout bonnement une tour carrée, à plate-forme et à créneaux, ayant une fenêtre grillée et, en guise de porte, une énorme gueule de dragon qui s'ouvre et se ferme à volonté. Il est garni de chaudières et de marmites. Par la fenêtre vous pouvez voir les démons, vêtus de peaux de bêtes, masqués de masques hideux, avec la queue et les cornes traditionnelles. A défaut des pièces d'artillerie, des arquebuses et autres admirables engins dont ils seront si largement pourvus trois siècles plus tard, du moins ont-ils au douzième siècle une assez grande quantité d'étoupes et autres combustibles, pour faire vomir, quand il le faudra, à la gueule de dragon des torrents de flamme et de fumée.

Toute la partie de la place embrassée dans l'angle que font la ligne plus ou moins horizontale, comprenant le paradis terrestre et l'église, et la ligne verticale créée par la saillie de l'enfer.

forme ce que plus tard on appellera le parloir^ ce que nous appellerions le plancher de la scène. Ce plancher est ici tout bonnement le sol même de la place. Pour la circonstance, ce sol a été surhaussé, relevé en terrasse, de façon que les acteurs soient plus en vue. On y a disposé, à quelque distance l'une de l'autre, deux grandes pierres figurant deux autels, et devant servir au double sacrifice d'Abel et de Caïn. On y a disposé deux ou trois sièges, ou bas échafauds. On y a enfin jeté, à un endroit quelconque, plusieurs pelletées de terre labourable, afin de figurer le champ que doivent cultiver Adam et Eve, puis leurs enfants.

La représentation commence. Un personnage, .vêtu d'une dalmatique, — qui est l'habit de choeur des évêques, — sort de l'église et s'avance d'un pas lent et majestueux jusqu'à l'escalier du porche. Le livret le désigne par ce mot mystérieux : la Figure. Il l'appelle aussi le Sauveur, C'est le Verbe qui a créé le monde. Sur les degrés se tiennent Adam et Eve : Adam, plus près de Dieu, montrant sur son visage un respect mêlé de crainte ; Eve, quelques degrés plus bas; Adam, vêtu d'une tunique rouge, Eve, d'une tunique blanche et la tête ornée d'une coiffe de soie blanche. Ces trois personnages, offrant aux spec-

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