LE DRAME D ADAM. I
tateurs une sorte de tableau vivant, demeurent immobiles. Cependant le lecteur, du haut de sa chaire, donne lecture des premiers chapitres de la Genèse : « An commencement, Dieu créa le ciel « et la terre. » La leçon terminée, le chœur groupé dans l'église entonne le répons: ^^ Dieu forma « donc r homme à sa ressemblance... )) Dès que les chants ont cessé, la divine Figure s'adresse à l'homme, et le dialogue s'engage* :
DIEU-
Adam !
ADAM
Seigneur?
DIEU
Je t'ai formé.
De limon.
ADAM
Seigneur, je le sais.
DIEU
A mon image j'ai formé
Ton âme, et fais ton corps de terre,
Ne me déclare pas la guerre.
I. Pour mettre ce vieux poëme à la portée de tous, en lui gardant son caractère, j'use à la fois des libertés de la versification populaire du moyen âge, et des libertés, un peu différentes, de la versification populaire moderne.
l3o CYCLE DE NOËL.
ADAM
Je ne rferai, en toi croirai, Créateur, je t'obéirai.
Dieu explique à Adam et à Eve les devoirs du mariage. Il leur annonce quel bonheur les attend, s'ils savent en jouir et garder les commandements de leur Créateur. Car ils ont le droit de choisir entre le bien et le mal, et le poëte a ex- \J \ > primé ce libre arbitre en des vers vraiment cornéliens :
j En votre corps, je vous mets bien et mal;
Qui a tel don n'est lié à un pal (poteau),
\ Tout en balance or pendez par égal.
Laisse le mal, et recherche le bien, Ton Seigneur aime et avec lui te tiens, Pour nul conseil n'abandonne le mien.
Faisant ainsi tu n'pécheras en rien.
Après qu'Adam a promis de servir Dieu de tout son pouvoir, la Figure étendant la main vers le paradis terrestre, montre ce ravissant séjour à notre premier père :
DIEU
Adam.
ADAM
Seigneur.
LE DRAME d'aDAM. i3i
Vois ce jardin.
DIEU
Écoute mes avis ;
ADAM
Quel nom a?
Paradis.
DIEU
ADAM
Comme il est beau!
DIEU
Je 1' plantai et choisis.
Qui y vivra, il sera mon ami.
Je te r confie pour y vivre et T garder.
Dieu, descendant alors avec Adam et Eve l'escalier du porche, les conduit à travers la place au paradis terrestre, où il les fait monter. Lui-même reste en dehors :
Dedans vous mets.
ADAM
Pourrons-nous y rester ?
DIEU
Toujours y vivre, il n'en faut pas douter, Ni mal, ni mort n'y devez redouter.
Le chœur chante dans l'église le répons : « Le
l32 CYCLE DE NOËL.
« Seigneur conduisit donc V homme... » Dieu, étendant la main vers le paradis, énumère tous les avantages dont y jouiront l'homme et la femme, destinés à vivre dans l'innocence et préservés de la mort. Le chœur chante : « Dieu dit i^ à Adam... » et Dieu, désignant les arbres du jardin:
De tous ces fruits tu peux nourrir ton corps,
Mais, ajoute-t-il aussitôt, en montrant l'arbre de la science et le fruit défendu :
Je te défends cet autre réconfort, Si tu en manges, tu sentiras la mort; Perdras ma grâce, mal changeras ton sort.
Adam renouvelle toutes ses promesses, qu'il conclut par ces deux vers, animés du véritable esprit féodal, et qui nous reportent bien au douzième siècle, au temps où les auditeurs de la Chanson de i?o/a;z(i applaudissaient à l'affreux supplice du traître Ganelon :
\ u Que jugé soit comme traître et menteur "^ Qui se parjure et trahit son Seigneur.
Dieu remonte alors lentement vers l'église où il disparaît. Adam et Eve se promènent dans le paradis, et paraissent goûter une joie innocente.
LE DRAME d'aDAM. i33
Cependant la gueule de l'enfer s'ouvre soudain : une bande de démons s'en échappe; ils courent çà et là à travers la place et gesticulent comme des fous. Tour à tour ils gravissent l'escalier du paradis, et chacun d'eux , regardant Eve , lui montre le fruit défendu, comme pour lui dire : « Manges-en donc. » Enfin, arrive le tentateur par excellence, le grand diable Satan, qui s'arrête à la porte du jardin et adresse la parole à l'homme :
LE DIABLE
Adam, que fais?
ADAM
Je mène douce vie.