‹ Le drame chrétien au moyen âgeChapitre 30 sur 58 · LE DL\BLE · texte numérisé non relu

LE DL\BLE

Lui franc? c'est un serf.

Il ne veut prendre soin de soi.

Sois plus sage, prends soin de toi.

Il la prend ensuite par la coquetterie. Il vante sa beauté, sa sagesse, son grand sens. Il ne manque pas de lui rappeler combien son cœur est tendre et son âme sensible :

Tu es faiblette et tendre chose, Tu es plus fraîche que la rose, Tu es plus blanche que cristal, Que neige sur glace en un val ; Mauvais couple en fit Dieu, pour sûr, Tu es si tendre! — et lui si dur! — Mais cependant tu es plus sage, Tu as grand sens et grand courage, Aussi fait bon venir vers toi...

La gourmandise et la vanité achèveront l'affaire :

l38 CYCLE DE NOËL.

Le fruit que Dieu vous a donné N'a en soi guère de bonté ; Celui qu'il vous a défendu A en soi très-grande vertu :

C'est en lui qu'est grâce de vie, De pouvoir et de seigneurie, De tout savoir, et bien et mal.

]ÈVE

Quel goût a-t-il ?

LE DIABLE

Celestiaî î A ton beau corps, à ta figure Bien conviendrait telle aventure :

Le monde à toi se soumettrait De l'abîme jusqu'au sommet, Et subjugué par ta sagesse Salûrait sa belle déesse.

Eve commence à mourir d'envie de manger du fruit :

Est tel le fruit?

LE DIABLE

En vérité.

Ah ! dit-elle, en jetant un long regard sur l'objet défendu, et en soupirant de convoitise :

Rien qu'à le voir, mon cœur est transporté. Eve est plus qu'à demi vaincue. Toutefois elle

LE DRAME d'aDAM. iSq

hésite encore, elle a peur d'Adam. Attends, ditelle au diable, que mon mari soit endormi :

Je le ferai.

LE DIABLE

Quand?

EVE

Laisse-moi Tant que Adam endormi soit...

Le diable préférerait qu'elle péchât tout de suite :

Mange donc, Eve, prends courage, Tarder plus est enfantillage.

Toutefois il s'en va assez satisfait de l'entretien qu'il vient d'avoir avec elle. Adam, qui s'est aperçu que sa femme conversait avec le démon, en est au contraire fort mécontent. Juste au moment où il vient de lui défendre formellement de renouveler une telle imprudence, voici qu'un serpent artificieusement fait s'élève sur l'arbre de la science^ en s'enroulant autour du tronc. Eve approche son oreille, comme pour écouter un conseil que lui donne ce reptile. Puis elle cueille le fruit et le présente à Adam, qui le refuse une fois encore. Pour décider son mari,

Eve en mange la première. La volupté du péché est fortement peinte en ces vers :

J'en ai goûté; Dieu! quell' douceur!

One ne tâtai de tell' saveur !

De teir saveur est cette pomme...

ADAM

De queir ?

EVE

De teir ne goûta homme.

Mon œil est aussi clairvoyant Que celui du Dieu tout-puissant ; Tout ce qui fut et qui doit être, Mon esprit le sait, en est maître.

Adam, mange, ne fais demeure.

Sois heureux comme moi sur l'heure.

Adam succombe enfin, reçoit le fruit des mains de sa compagne et le mange. Mais à peine Ta-t-il mangé, qu'aussitôt il connaît son péché et courbe honteusement la tête. Les deux acteurs disparaissant derrière les courtines dont la plateforme de Féchafaud est environnée, changent leurs habits de fête contre des vêtements misérables, tels qu'en portaient au douzième siècle les serfs du dernier degré. Sur ces habits ont été cousues des feuilles vertes. Quand ils reparaissent, Adam commence à se lamenter :

Ah! pécheur, qu'est-ce que j'ai fait?

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