LA NUIT DE PAQUES. I7I
« n'est pas ici ; il est ressuscité comme il l'avait » prédit: venez et voyez le lieu où il avait été « placé. »
« Et quand ils ont achevé de dire cela, les Ma- « ries doivent entrer dans le sépulcre (c'est-àdire, sans doute, dans une petite chapelle fermée par une grille et comparable à nos chapelles du Calvaire) , et quand elles sont dedans, nul ne « doit entrer, excepté les deux dames qui portent « les deux candélabres devant elles, et on doit « fermer la porte. Et les prêtres demeurent à « leur place, près de cette porte, jusqu'à ce que « l'on chante Te Deiim landamiis.
« Et quand les Maries sont entrées, elles doi- « vent aller d'abord à l'autel du sépulcre et y « déposer leurs reliquaires et baiser l'autel, et « revenir vers le linceul où Notre-Seigneur fut « placé et là dire leur oraison.
« Et quand elles ont dit leur oraison, elles se « doivent lever et elles doivent prendre un drap « qui est placé en croix sur le linceul, et elles le « doivent apporter, et elles doivent sortir du « sépulcre et venir où est la communauté, et « elles doivent s'arrêter là et chanter : « Le Sei- « gneur s'en est allé hors du sépulcre, le Seigneur « qui pour nous a été suspendu en croix. »
» Et quand elles ont dit cela. Madame (l'ab-
besse) commence : « Te Deum laudamus. »
Ce petit rite dramatique du Sépulcre nous apparaît ici comme obligatoire, et il l'était devenu en effet dans la plupart des églises et des monastères au moyen âge. Il y faisait partie intégrante de la liturgie ordinaire. Ce n'avait été pourtant à l'origine qu'une interpolation, un trope^ qui s'introduisit dans les offices avec plusieurs autres à la fin du dixième siècle, ainsi que l'a très-bien expliqué M. Léon Gautier. La forme qu'il a conservée dans VOrdîJiaire ou Cérémonial d'Origny est tout à fait voisine de sa forme première, laquelle était plus simple encore, et se réduisait à une question, à une réponse et à une réplique, à une façon d'antienne dialoguée se rejoignant par son dernier mot à V introït àtla. messe de Pâques. Mais le même Cérémonial nous offre une autre version, bien plus développée, et celle-là seulement facultative. M. de Coussemaker, qui l'a publiée avec la musique dans son recueil mentionné plus haut, a négligé de nous dire quelle place elle occupait dans le manuscrit. Mais il est à croire qu'elle y a été transcrite, en quelque façon, comme un appendice aux rites ordinaires.
Cette version développée est un véritable drame, excédant sur plusieurs points le cadre,