‹ Le drame chrétien au moyen âgeChapitre 37 sur 58 · LA NUIT DE PAQUES · texte numérisé non relu

LA NUIT DE PAQUES

même élargi, de l'office où il avait place. Il nous offre dans sa composition , dont l'analyse détaillée nous conduirait trop loin , un tableau abrégé des accroissements successifs qu'avait reçus dans beaucoup d'endroits, durant le cours du onzième siècle, le rite primitif du Sépulcre^ et nous représentée peu près, dans son ensemble, le point où était arrivé dans les premières années du siècle suivant le mystère liturgique près de se transformer en mystère semi-liturgique. Le mystère semi-liturgique est une composition dramatique distincte de l'office, auquel pourtant son sujet, sa disposition, son texte et ses procédés scéniques la rattachent encore, aussi bien que son origine, mais la rattachent par un lien qui visiblement se relâche et qui tend à se dénouer.

En considérant la version développée d'Origny-Sainte-Benoîte, non-seulement nous constatons l'introduction, dans la scène primitive du Sépulcre^ des deux apôtres saint Pierre et saint Jean, et l'accroissement du rôle de sainte Marie- Madeleine : développements assez naturellement indiqués par les offices mêmes et par l'évangile,, et qui eurent lieu de très-bonne heure ; mais nous trouvons un personnage purement épisodique : le marchand de parfums ; non-seulement le texte en prose latine s'est accru dans son étendue, et on

y a joint un morceau de poésie liturgique : le Victimœ paschali landes^ qui se prête si bien au dialogue ; mais on l'a encore mêlé, y^ra de vers métriques et de vers rhythmiques, composés exprès; mais, bien plus, la langue vulgaire y a fait irruption : la prose latine et les vers latins y sont mêlés de deux longs dialogues en vers français. Toutefois, une observation est nécessaire. L'introduction defarcitures en langue vulgaire dans les mystères liturgiques peut bien remonter par elle-même aux premières années du douzième siècle, mais il ne suit pas de là que les vers français, en partie traduits de vers latins, que nous trouvons dans la version développée d'Origny- Sainte-Benoîte, aient été composés si tôt. Cette version a dû être plusieurs fois remaniée par ou pour les religieuses, qui faisaient de cejeii de Pâques facultatif un divertissement pour leurs novices et leurs écolières, et cette circonstance explique d'ailleurs spécialement ici la présence de ces vers français. C'est par la même raison que les rubriques ou indications scéniques sont en langue vulgaire, contrairement à l'usage suivi si longtemps, même pour les mystères écrits entièrement en français. Au reste la rédaction en langue française du cérémonial ordinaire de l'abbaye, montre qu'à la fin du treizième siècle ou au

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commencement du quatorzième, les religieuses d'Origny avaient un peu négligé ces études latines qui faisaient, trois cents ans plus tôt, la gloire du monastère de Gandersheim et de la célèbre Hrotsvitha.

Les vers français insérés dans le drame des Trois Maries^ à Origny-Sainte-Benoîte, respirent une piété sincère et un tendre amour du Sauveur ; le rhythme en est habilement cadencé, et l'effet, grâce au plaîn-chant et aux pompes de la liturgie, devait être alors puissant sur les âmes ; mais pour nous l'expression est loin d'égaler le sentiment, et la simplicité familière des paroles est trop dépourvue d'élégance et de noblesse. Voici le premier des deux dialogues en langue vulgaire ; nous traduisons aussi littéralement que possible, mais le rhythme échappe en grande partie dans cette traduction :

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