‹ Le drame chrétien au moyen âgeChapitre 39 sur 58 · LA NUIT DE PAQUES. I · texte numérisé non relu

LA NUIT DE PAQUES. I

LES DEUX MARIES

Gentil marchand, vends-nous tout du meilleur, Prends de l'argent autant que tu en veux.

C'est le grand Seigneur du ciel que nous voulons embau-

[mer, — Hélas! le verrons-nous' jamais?

LE MARCHAND

Vous avez bien parlé, dames excellentes.

Je vous rabattrai bien deux besans

A cause du Seigneur que vous aimez tant.

LES DEUX MARIES

Sage marchand, pour Dieu nous te prions

Que tu nous donnes du meilleur baume, du plus que très-

[bon.

Afin que la bonne odeur s'en répande sur tous les bons. — Hélas! le verrons-nous jamais?

LE MARCHAND

Prenez celui-ci, au monde il n'y en a de meilleur ; Vous en pourrez embaumer votre très-grand Seigneur. Criez à lui merci, dames, pour moi !

LES DEUX MARIES

Pardon t'accorde le vrai Dieu glorieux Et à nous tous en même temps qu'à toi ! Veux-tu venir où fut mis le saint corps ? — Hélas! le verrons-nous jamais?

LE MARCHAND

Douces dames, ne me faites pas plus longtemps une telle

[demande, Certes, oui, je veux aller trouver Jésus,

Tous ceux-là sont des fous qui ne veulent pas aller à lui.

ryS CYCLE DE PAQUES.

LES DEUX MARIES

Ami, tu as très-bien dit la vérité ; Ceux-là sont bien peu sages qui n'aiment pas sa doctrine, Il nous veut attirer tous à son amour. — Hélas! le verrons-nous jamais?

LE MARCHAND

Certes, j'y veux de bien bon cœur aller, Car il nous a de bien bon cœur aimés, Il nous a de la mort d'enfer tirés.

LES DEUX MARIES

Jeune, marchand, viens donc avec nous, Nous te mènerons là où fut mis le saint corps; Nous voulons voir et tenir notre Seigneur. — Hélas 1 le verrons-nous jamais?

L'autre dialogue a lieu entre les anges qui gardent le sépulcre et sainte Marie-Madeleine .

LES ANGES

Douce dame, qui ainsi pleurez, Dites-nous où vous voulez aller.

Je crois bien, si Dieu nous garde.

Que d'amour sincère le cœur vous brûle.

LA MADELEINE

Hélas! infortunée! quei'erai-je?

A cause de mon Seigneur que j'ai perdu.

Je crois que la douleur me tuera.

Infortunée !

Ta mort au cœur grand deuil me fixe.

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