LA NUIT DE PAQUES. I
LES DEUX MARIES
Gentil marchand, vends-nous tout du meilleur, Prends de l'argent autant que tu en veux.
C'est le grand Seigneur du ciel que nous voulons embau-
[mer, — Hélas! le verrons-nous' jamais?
LE MARCHAND
Vous avez bien parlé, dames excellentes.
Je vous rabattrai bien deux besans
A cause du Seigneur que vous aimez tant.
LES DEUX MARIES
Sage marchand, pour Dieu nous te prions
Que tu nous donnes du meilleur baume, du plus que très-
[bon.
Afin que la bonne odeur s'en répande sur tous les bons. — Hélas! le verrons-nous jamais?
LE MARCHAND
Prenez celui-ci, au monde il n'y en a de meilleur ; Vous en pourrez embaumer votre très-grand Seigneur. Criez à lui merci, dames, pour moi !
LES DEUX MARIES
Pardon t'accorde le vrai Dieu glorieux Et à nous tous en même temps qu'à toi ! Veux-tu venir où fut mis le saint corps ? — Hélas! le verrons-nous jamais?
LE MARCHAND
Douces dames, ne me faites pas plus longtemps une telle
[demande, Certes, oui, je veux aller trouver Jésus,
Tous ceux-là sont des fous qui ne veulent pas aller à lui.
ryS CYCLE DE PAQUES.
LES DEUX MARIES
Ami, tu as très-bien dit la vérité ; Ceux-là sont bien peu sages qui n'aiment pas sa doctrine, Il nous veut attirer tous à son amour. — Hélas! le verrons-nous jamais?
LE MARCHAND
Certes, j'y veux de bien bon cœur aller, Car il nous a de bien bon cœur aimés, Il nous a de la mort d'enfer tirés.
LES DEUX MARIES
Jeune, marchand, viens donc avec nous, Nous te mènerons là où fut mis le saint corps; Nous voulons voir et tenir notre Seigneur. — Hélas 1 le verrons-nous jamais?
L'autre dialogue a lieu entre les anges qui gardent le sépulcre et sainte Marie-Madeleine .
LES ANGES
Douce dame, qui ainsi pleurez, Dites-nous où vous voulez aller.
Je crois bien, si Dieu nous garde.
Que d'amour sincère le cœur vous brûle.
LA MADELEINE
Hélas! infortunée! quei'erai-je?
A cause de mon Seigneur que j'ai perdu.
Je crois que la douleur me tuera.
Infortunée !
Ta mort au cœur grand deuil me fixe.