Origines latines du théâtre moderne, p. 47 et note
2. Ce même système fut appliqué au moyen âge à d'autres leçons que la Passion. C'est d'une leçon de Noël récitée de
Tel est le système suivi par l'auteur de notre mystère, un de ces trouvères sacrés qui créèrent pour l'édification et pour l'amusement du peuple, à côté de la liturgie ordinaire, une liturgie extraordinaire, ayant ses chants lyriques, ses narrations épiques et ses récitations dramatiques. La sainte Résurrection, comme dit le poète, est donc récitée en cette manière. Seulement, il est bien entendu que le dialogue prédomine et que le récit, la parti'e du lecteur ( dénis )^ ne sert plus ici que d'un simple cadre et fournit seulement de brèves transitions. Donnons-en un exemple et en même temps une idée du m}^tère, en citant le début du fragment qui nous est parvenu. Joseph
cette manière qu^est sorti tout le cycle dramatique du Vieux Testament. — Pour la Passion elle-même, La partie purement narrative ayant été peu à peu éliminée, ou réduite à sa plus simple expression, le dialogue ayant été amplifié et farci de paroles en langue vulgaire, on eut un véritable mystère de la Passion, représenté à Pâques dans les écoles épiscopales ou monastiques. Je dis représetîté à Pâques, parce que ce mystère étant devenu un jeu, édifiant sans doute, mais enfin un jeu {ludus), fut transporté de la semaine sainte aux fêtes de Pâques. Certaines parties du récit évangélique comprises dans le mystère de la Passion furent traitées et jouées à part. Ainsi la Résurrection de La:{are. Les confréries s'emparèrent de la Passion, comme de la Résurrection, et les représentèrent soit séparément, soit réunies en un seul drame, mais en langue vulgaire. Elles firent de même pour la Nativité, résultant du cycle de Noël. La réunion de la Nativité à la Passion et Résurrection constitua les premières ébauches des grands mystères cycliques du quinzième siècle.
d'Arimathie descend de son échafaud, vient trouver Pilate, et lui dit :
JOSEPH
« Que Dieu qui des mains du roi Pharaon « — sauva Moïse et Aaron, — sauve aussi « Pilate, mon seigneur, — dignités lui donne et « honneur!
PILATE
« Qu'Hercules, qui tua le dragon, — et détrui- « sit le vieux Gérion, — donne à celui-là bien et « honneur — qui salut me dit de bon cœur!
JOSEPH
« Sire Pilate, béni sois-tu ! — Que Dieu t'aide « par sa grande vertu ! — Que Dieu par sa gran- « de puissance — te donne pour moi bienveil- « lance ! — Que cette grâce me soit accordée par « le Tout-Puissant, — que tu m'écoutes favora- « blement !
PILATE
« Seigneur Joseph, sois le bienvenu! — Tu « dois être de moi bien reçu. — Tu es bien vu « de moi sans aucun doute, — et si tu en doutes, « c'est un enfantillage. — Sache bien et vraiment « — que je t' écouterai très-bénignement.
JOSEPH
« Beau sire, qu'il ne vous fâche mie — si je « vous parle du fils de Marie, — de celui qui est là « pendu; — sachez très-bien que saint homme « fut, — il fut aimé du Seigneur Dieu : — vous « l'avez tué, vous et les Juifs; — et vous devez « fort redouter — qu'il ne vous en vienne grande « adversité.
PILATE
« Seigneur Joseph d'Arimathie, — je n'hésite- « rai pas à te le dire, — les Juifs, par leur mé- « chante envie, — ont commis une grande félo- « nie; — j'y ai consenti par lâcheté, — pour ne « pas perdre mon gouvernement; — ils m'eus- 'c sent accusé à Rome, — ce qui aurait pu me « coûter la vie.
JOSEPH
« Si tu vois que tu as mal fait, — crie-lui pardon ; « ce sera bonne plaidoirie. — Nul ne lui demande « grâce qu'il ne l'obtienne, — même ceux qui « Font traîné au supplice; — mais voici pourquoi « je suis venu : — ' accordez-moi seulement son « corps; — je vous le demande en grâce, ac- « cordez-le-moi : — j'en ferai ce que j'en dois « faire.
PILATE
a Bel ami, qu'en voulez- vous faire? — Croyez- « vous le rappeler à la vie? — Il a souffert une « bien cruelle angoisse; — pensez-vous qu'il « puisse revivre ?
JOSEPH
« Certes, beau sire Pilate, nullement — (il « ressuscitera cependant); — mais pour mecon- « former à notre usage, — et pour l'amour de Dieu « je voudrais l'ensevelir.
PILATE
« Est-il donc tout à fait mort?
JOSEPH
« Oui, beau sire, n'en doutez pas.
PILATE
« Nous saurons cela par nos sergents.
JOSEPH
« Appelez-les; en voilà pas mal.
PILx\TE.
« Sergents, levez-vous promptement; — allez « vite où le condamné pend ; — allez vers le cru- « cifié, — savoir si oui ou non il a expiré.
(le lecteur représentant le Cleriis de la liturgie ordinaire.)
« Donc s'en allèrent deux des sergents, — dans « leurs mains des lances portant; — ils ont dit « à Longin l'aveugle — qu'ils ont trouvé assis en « un endroit :