LAZARE
SES DEUr Su URS.
QUATRE JU.FS.
JÉSUS-CHRlST.
DOUZE APÔTRES ou six au moins.
« En premier lieu, continue-t-elle, Lazare « étant malade, ses deux sœurs, Marie et Marthe, « avec quatre Juifs très-affligés, viendront et, « s' asseyant près de son lit, chanteront ces vers :
O triste sort, destin farouche, Pourquoi nous torturer ainsi ?
Moribond, languit sur sa couche Notre frère, notre souci.
II languit, l'âme l'abandonne, La Mort entre dans la maison ;
Seigneur, que ta pitié nous donne, — Toi seul le peux, — sa guérison.
« Les Juifs, pour les consoler, diront :
Cessez vos pleurs, ô nos sœurs bien-aimées, Tournez vers Dieu votre espoir et vos vœux. Contre la mort nos mains sont désarmées, Mais il vivra, Seigneur, si tu le veux.
« Marie et Marthe leur diront :
Vite à Celui qui donne et reprend l'être. Frères, courez vers le grand Médecin, Et dites-lui,: « Lazare meurt, viens. Maître, « Viens rappeler son âme dans son sein. »
« Les Juifs, quand ils seront venus à Jésus^ « diront :
Lazare, ton ami, se meurt, viens à son aide ; Messagers, nous venons en hâte te trouver ; Toi, le grand Médecin, apporte le remède, Afin qu'il croie en toi qui seul pus le sauver.
« Jésus répondra :
Ce mal dont souffre notre frère Ne rétendra pas pour toujours, Glacé, dans la nuit funéraire ; Je sais que le Verbe au contraire Lui réserve encor de longs jours; Oui, je sais l'œuvre qu'il faut foire.
Car il importe que par lui, Dieu se manifeste aujourd'hui.
LA RÉSURRECTION DE LAZARE. 2o5
« Cependant quand les Juifs seront revenus, « Lazare déjà mort, deux d'entre eux condui- « ront Marie près du cadavre, et elle lui chan- « tera :
Par l'antique péché, Comme un rameau séché, L'homme est toujours penché
Vers la tombe ;
Tout y tombe.
Ah ! mortelles douleurs Dont mon âme est la proie 1 O mon frère, ô ma joie, Tu meurs ; Coulez, mes pleurs.
Par le fruit défendu L'Éden étant perdu.
Le monde est descendu
Dans la tombe ;
Tout y tombe.
Ah! mortelles douleurs Dont mon âme est la proie !
O mon frère, ô ma joie, Tu meurs; Coulez, mes pleurs.
Tombe sur moi la nuit ^ Et sur Marthe aujourd'hui !
Lazare s'est enfui
Vers la tombe
Où tout tombe.
Ah ! mortelles douleurs Dont mon âme est la proie !
O mon frère, ô ma joie,
Tu meurs, Coulez, mes pleurs.
Pensant à ton amour, Frère, je hais le jour.
Je veux le noir séjour
De la tombe
Où tout tombe.
Ah 1 mortelles douleurs Dont mon âme est la proie !
O mon frère, ô ma joie, Tu meurs ; Coulez, mes pleurs.
« Alors deux. Juifs, consolant Marie, diront :
Loin d'accroître tes tourments,
Cesse tes gémissements.
Calme tes accès fébriles.
Cette lamentation
Et cette exaltation,
O sœur, demeurent stériles ;
Peut-on par de tels transports, Redonner la vie aux morts ?
Sœur, ton désespoir nous navre ; Répands sur lui des parfums Plus utiles aux défunts Que des pleurs sur un cadavre.
« Après ces paroles , viendra Marthe avec « deux Juifs, et elle chantera :
O trépas abhorré !
O trépas exécré !
Mon cœur est déchiré.
Hélas ! chétive !
O cruel sort !
Mon frère est mort Et je suis vive 1
Plein de vie et joyeux, Hélas ! soudain ses yeux Se sont fermés aux cieux.
Hélas ! chétive 1
O cruel sort !
Mon frère est mort
Et je suis vive!
Viens, injuste trépas.
Vite, accours sur mes pas.
Viens, je ne te crains pas.
Hélas ! chétive 1
O cruel sort 1
Mon frère est mort
Et je suis vive 1
Puisqu'il va, jeune et beau.
Dans l'ombre du tombeau, Mort, éteins mon flambeau.
Hélas ! chétive !
O cruel sort !
Mon frère est mort
Et je suis vive !
« Deux Juifs, pour la consoler/diront :
Au lieu de te torturer.
Crois-nous, cesse de pleurer, Marthe, ton chagrin t'enivre; Insister sur nos douleurs
Serait bon, si par nos pleurs
Nos chers morts pouvaient revivre.
Avant de te déchirer Tu devrais considérer Si cela sert à ton frère ; Crois-tu que ton sein meurtri Rouvre son regard chéri Aux douceurs de la lumière ?
« Jésus dira à ses disciples :
En Judée il nous faut en hâte revenir,
Car une œuvre m'attend que j'y veux accomplir.
« Ses disciples lui diront :
Maître, ta tête y fut, peu s'en faut, lapidée, Et tu veux cependant retourner en Judée.
« Thomas dira :
Eh bien 1 sur ses pas courons, Avec lui, s'il faut, mourons.
« Jésus dira à ses disciples :
Lazare, notre ami, profondément sommeille, Je veux le visiter afin qu'il se réveille.
« Ses disciples de nouveau :
S'il dort, c'est donc qu'il est sauve ; Quand la douleur est engourdie, Maître, c'est un fait éprouvé, L'âme chasse la maladie.
« Jésus de nouveau leur dira :
Vous ne m'entendez point, le sommeil dont il dort
Et dont la main pesante a fermé sa paupière,
Ne sait pas de réveil et s'appelle la mort.
Je rouvrirai pourtant ses yeux à la lumière,
Je le puis, car rien n'est impossible à mon Père.
« Ensuite Marthe dira à Jésus :
Si, devançant le trépas, Plus tôt vers notre demeure Se fussent portés tes pas,
Ah ! j'en pleure 1 ♦
Un tel deuil n'y serait pas.
Mais, dissipant mes alarmes, A mes caresses rendu.
Il sourirait à mes larmes, Le frère que j'ai perdu.
O Maître, ta volonté Pouvait, à sa dernière heure, Rendre au mourant la santé,
Ah !j'en pleure 1 Mort, qu'il soit ressuscité ; Que dissipant nos alarmes, A nos caresses rendu, Il vienne essuyer nos larmes, . Le frère que j'ai perdu.
Tu le peux, si tu le veux.
Mon espoir n'est pas un leurre, Ton Père, du haut des cieux,
Ah ! je pleure !
Exauce toujours tes vœux.
Prends pitié, vois nos alarmes^ Fais qu'à notre amour rendu Il vienne essuyer nos larmes, Le frère que j'ai perdu.
« Jésus dira :
Sèche ces pleurs coulant à flots, Marthe, fais taire ces sanglots Et ce désespoir qui t'oppresse ; Suivant le sort des fils d'Adam, Ton frère est mort, et cependant L'ordre éternel est qu'il renaisse..
« Marthe à Jésus
Maître, quel cruel arrêt !
Quoi donc ! il ne revivrait Qu'à cette heure solennelle, Lorsque, secouant la mort, Tout homme prendra l'essor Vers Josaphat, d'un coup d'aile.
« Jésus de nouveau :
O sœur, espère ; en vérité Je suis la Vie et la Santé ; En ma parole qui se lie, Il vit en moi, qui suis la Vie.
Et qui, vivant, en moi croira, La mort jamais ne l'atteindra ; Crois-tu, Marthe, la foi nouvelle, Crois-tu la Parole éternelle ?
« Or Marthe répondra :
O Christ, ô Fils du Dieu vivant, O flambeau dans la nuit profonde, Venu pour sauver l'homme errant Dans les ténèbres de ce monde,
Je crois en toi.
Telle est ma foi.
« Ensuite, annonçant à Marie que Jésus est « arrivé, elle dira :
Jésus est là, Marie, ô sœur très-chère. Sèche tes yeux, apaise tes transports, Fléchis son cœur par une humble prière, Pour qu'à sa voix l'âme de notre frère Vienne au tombeau p>our ranimer son corps.
« Alors que Marie à Jésus dise :
Nul humain soulagement N'est passible à mon tourment, Trop profonde est ma blessure ; Toi seul, Fils du Dieu vivant.
Peux la guérir, la touchant, Car ta pitié seule est sûre.
Toi qui tiens la clef des cieux.
Doux, miséricordieux, Viens à sa couche de pierre.
Et parlant à ton ami, Ranime son corps, ainsi Qu'on rallume une lumière.
(( Jésus dira à Marie :
Qu'on me mène au funèbre lit Où dort Lazare enseveli, Pour que je rappelle à la vie Sa chair que la mort a ravie.
« Marie conduisant Jésus au tombeau, dira :
Ici nous l'avons couché, Et c'est là l'endroit, ô Maître ; Prie, et ton Père touché Aussitôt lui rendra l'être.
« Jésus à ceux qui l'environnent :
Le sépulcre est fermé ; qu'on soulève la pierre, Il doit ressusciter devant la foule entière.
« Ils diront :
Tu ne soutiendras pas, Maître, sa puanteur.
D'un mort de quatre jours, hélas ! quelle est l'odeur !
« Alors Jésus, levant les yeux au ciel, priera a ainsi son Père :
Père céleste, glorifie Ton Verbe, et ce mort vivifie ; Au monde par là notifie Quel est pour ton Fils ton amour, O Père ! en ce jour.
LA RÉSURRECTION DE LAZARE. 2l3
Je ne le dis par défiance, Mais à cause de leur présence, Afin que voyant ta puissance, La foi les conduise à l'amour, O Père ! en ce jour.
« Ensuite il dira au mort:
Lazare, lève-toi ; Lazare, Ma main pour toi n'est pas avare ; La vie est un don précieux, La vie en attendant les cieux.
Mon Père a sur la mort empire, Lève-toi, Lazare et respire, Lazare, revis, je le veux.
« Alors, après que sera ressuscité Lazare, « Jésus dira :
Il vit, son âme en lui tressaille.
Qu'on le détache et qu'il s'en aille.
« Lazare détaché dira aux assistants :
Tels sont les dons de l'Éternel, Votre âme ayant vu, qu'elle admire ; Il a fait la mer et le ciel, ^ La Mort tremble sous son empire.
« Se tournant vers Jésus, il dira :
O Maître, ô Roi, divinité
Qui viens pour effacer le crime,
Tu parles et ta volonté Fait plier la fatalité, Etendant ton sceptre sublime Sur ton royaume illimité.
« Ce fini, si on l'a fait à matines, que Lazare « entonne : Te Deiim laudamiis; si à vêpres : « Magnificat anima mea Dominum. »
Le livre que vient de publier M. Chaignet sur la tragédie grecque* est un commentaire historique et philosophique des chapitres consacrés à ce genre par Aristote dans sa Poétique. Une analyse des principes de ce traité forme l'introduction. Quant au corps de l'ouvrage, « il se divise, ce dit l'auteur, en trois parties : la première, pure- «. ment hirstorique, expose les origines et les pro- « grès de la tragédie jusqu'à Alexandre ; la se- <c conde étudie dans le détail la dramaturgie