I. Paris, Didier
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c( propre de la tragédie grecque ; dans la troi- « sième, j'ai cherché à faire comprendre la vérité « des principes sur lesquels elle repose, en ana- « lysant trois chefs-d'œuvre de l'art grec : Âga- « memnon, Antigone et Hippoljte. »
La première partie du livre de M. Chaignet nous donne un très-savant et très-utile résumé des notions qui nous sont parvenues sur l'histoire de la tragédie grecque. Pour la période des origines, ces notions sont rares et obscures, et malgré les innombrables commentaires, conjectures et disputes auxquels elles ont donné lieu, l'ombre qui enveloppe la tragédie antérieure à Eschyle est à peine traversée par quelques vagues lueurs. M. Chaignet a produit quelques aperçus nouveaux, quelques conjectures qui lui sont propres. On n'est pas en droit de lui demander davantage. Peut-être cependant, à défaut de nouveaux textes, une lueur plus vive pourra-t-elle être jetée sur les notions acquises et, par réflexion, nous en acquérir de nouvelles, à l'aide des instruments que l'histoire littéraire du moyen âge, dont l'analogie avec l'histoire de la littérature hellénique n'est pas contestable, a déjà fournis ou promet de fournir à la critique.
C'est ce qu'a indiqué, il y a quelques années, dans la leçon par laquelle il a inauguré son ensei-
gnement, le savant académicien qui occupe à la Sorbonne la chaire de poésie grecque. Comme l'a très-bien dit M. Jules Girard : « la même évolu- « tion d'où était sortie en Grèce la tragédie amena « chez nous, au moyen âge, une production dra- « matique considérable *. » Or, l'analogie entre ces deux mouvements n'est pas seulement générale, on peut la saisir jusque dans des détails techniques, et les différences mêmes qui, sur bien des points, en séparent les effets, sont instructives aussi. Certaines de ces différences peuvent, en effet, se transformer pour la critique en analogies, parce qu'elles résultent du développement plus ou moins étendu, plus ou moins prompt, de principes semblables, dont les effets ont été plus ou moins favorisés ou contrariés par les circonstances.
Mais, pour nous en tenir aux analogies proprement dites, on s'est souvent demandé jusqu'à quel point le caractère dramatique pouvait exister dans le dithyrambe tragique, avant que Thespis y eût introduit le premier acteur, c'est-à-dire à l'époque où le chœur était l'unique personnage. Mais on
I. Caractères généraux de la tragédie grecque dans la Revue politique et littéraire du 9 mai 1874. M. Girard a cité, à ce propos, avec une bienveillance dont nous le remercions, notre travail intitulé : la Tragédie française et le Drame national.
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n'a pas peut-être assez réfléchi que ce personnage, étant multiple, pouvait se diviser et se subdiviser, et que sans doute il le dut faire. La division en demi-chœurs, la présence de deux chœurs, que l'on peut noter dans certaines tragédies non-seulement d'Eschyle, mais d'Euripide même, est un souvenir de procédés dont on usait (on a du moins droit de le croire) avec bien plus de fréquence, de variété, de hardiesse, au temps où ces procédés étaient les seuls qui pussent faire nettement apparaître l'action dramatique au milieu des effusions lyriques du dithyrambe.
Les plus anciens monuments du drame chrétien au moyen âge nous donnent sur cela des lumières. Les drames dits liturgiques et un certain nombre de ceux qu'on appelle semi-liturgiques ne sont autre chose en effet que des chœurs divisés et subdivisés. Si quelques-uns de nos lecteurs ont conservé le souvenir des esquisses que nous avons placées sous leurs yeux à l'occasion des fêtes de Noël et de Pâques, peut-être seront-ils d'avis que le nom de dithyrambe, pris au sens grec, serait assez convenable pour désigner certaines œuvres dont nous avons essayé de leur donner l'idée.
Mais prenons aujourd'hui un nouvel exemple. Voici l'un des monuments primitifs du genre dra-
matique des Miracles^ spécialement consacré à célébrer les saints. Ce genre sans doute prit naissance, à l'imitation des drames plus anciens de Noël et de Pâques, dans ces grandes écoles épiscopales ou monastiques d'où sortirent les Universités, et qui eurent une influence considérable sur le développement du théâtre au moyen âge, La pièce dont il s'agit a pour sujet une légende très-célèbre de la vie du patron des écoliers. On la représentait à la fête du saint, après l'office de matines. Elle est du douzième siècle, en vers latins rhythmiques distribués en quatrains de même mesure, et tout entière chantée. On peut la considérer comme partagée entre sept choreutes^ détachés d'un chœur plus nombreux et divisés en trois groupes, l'un représentant trois écoliers, l'autre un vieillard et sa femme, et le troisième consistant en un seul choreute, saint Nicolas, qui peut-être était ce jour-là le coryphée du chœur complet.