Poétique, édition Eggcr, IV, § j
peut même dire, chose curieuse, qu'au rebours de ce qui s'est passé en Grèce, le comique, presque emièrement absent des premiers drames liturgiques, s'est fait de jour en jour une plus large place, à mesure que le drame chrétien se développant a débordé du chœur des églises dans la nef, de la nef sur le parvis, et de là sur les places publiques.
Je ne veux pas entrer aujourd'hui dans une comparaison qui pourrait me mener loin, entre les deux systèmes, entre la dramaturgie shakspearienne et cette dramaturgie de la tragédie grecque, que M. Chaignet a exposée avec beaucoup de talent, sur les principes d'Aristote, dans la seconde et dans la troisième partie de son ouvrage. Personne n'admire plus que moi les chefsd'œuvre de l'art antique ; personne ne croit davantage à la nécessité de maintenir fermement, à côté de la tradition française du moyen âge, la tradition classique en littérature, parce que cette tradition, pour nous, fils des Romains à tant d'égards, est une tradition nationale aussi. Je considère l'union de ces deux traditions, auxquelles la tradition chrétienne, la plus nationale de toutes dans la patrie de Glovis, de Charlemagne, de saint Louis, de Jeanne d'Arc, doit servir comme de ciment, je considère, dis-je,
cette union, accomplie, par exemple, dans Polyeucte et dans Athalie, et que l'on pourrait renouveler d'autre manière, comme la règle dominante des divers genres de la poésie française.