‹ Le drame chrétien au moyen âgeChapitre 9 sur 58 · DRAMES LITURGIQUES · texte numérisé non relu

DRAMES LITURGIQUES

L'an dernier, nous avons placé sous les yeux de nos lecteurs l'office dramatique des Bergers, qui avait pris place au moyen âge dans la liturgie de Noël. La fête des Saints-Innocents et celle de l'Epiphanie ont un lien étroit avec l'anniversaire de la naissance du Sauveur. Dans le cycle de commémorations figurées dont l'Église, inspirée de Dieu, a composé l'année liturgique, ces trois fêtes, comme aussi celle de la Circoncision, forment un groupe de représentations historiques autour d'un même événement, dont elles offrent à nos regards différentes circonstances. C'est ce que le moyen âge, qui avait pleinement le sens, aujourd'hui si émoussé chez les fidèles euxmêmes, de ce symbolisme délicat et poétique dont rÉglise a fait le principe et l'ornement de sa liturgie, c'est ce que le moyen âge comprenait trèsbien. Aussi ce groupe de fêtes, et, pour mieux

LES INNOCENTS ET LES MAGES. ']'h

dire, toute cette période qui embrasse la fin du mois de décembre, et le commencement du mois de janvier, était-elle à ses yeux une seule et même solennité, un long et joyeux anniversaire, durant lequel T Église offrait à sa piété les scènes vraies, touchantes et sublimes de la nativité du Dieu fait homme.

La fête des Saints-Innocents, celle même de l'Epiphanie, sont aujourd'hui bien effacées. Au moyen âge, il n'en était pas ainsi. Ces continuations de Noël étaient célébrées avec le même concours, la même ferveur joyeuse, le même déploiement de magnificence et, s'il faut le dire, d'exubérance liturgique et poétique. Il ne faut donc pas s'étonner que le drame y ait trouvé place, qu'il soit né, par un développement naturel, dans les offices de ces jours, comme nous l'avons montré naissant dans l'office du jour de Noël. Simple et court à l'origine, il ne devait pas tarder à s'accroître et à s'enrichir selon des lois régulières, que la critique a pu déjà, en partie du moins, déterminer.

Le précieux manuscrit de Saint-Martial de Limoges, qui porte aujourd'hui le numéro 1 189 du fonds latin à la Bibliothèque nationale, nous a conservé un drame liturgique intitulé Rachel, lequel n'est autre chose qu'un mystère des Saints-

Innocents, ou plutôt un bref dialogue, lequel se détache encore à peine sur le fond narratif et lyrique de l'office, et par là représente bien le drame à son origine et la liaison intime qui d'abord le rattache au culte.

LE CHŒUR

« J'ai entendu sous l'autel de Dieu les voix « des sacrifiés qui disaient : Pourquoi ne défen- « dez-vous pas notre sang ?

« Chers enfants, fruits de mon ventre, dont on « m'appelait autrefois la mère, gages précieux qui « m'avez fait surnommer la féconde! hélas ! suis- « je aujourd'hui cette infortunée dépouillée de ses « fils ? Malheur à moi malheureuse ! Comment ! « je suis vivante, devant cette ruine des miens, « après ce massacre et ces exterminations ! C'est « l'Égyptien Hérode, qui, dans la rage dont il est « rempli et dans son orgueil étrange, a conte damné ma race.

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