‹ Le drame d'Alexandre DumasChapitre 61 sur 309 · Hernani, I, se. ii, p. 22 (Th., t. II, édit. Hachette · texte numérisé non relu

Hernani, I, se. ii, p. 22 (Th., t. II, édit. Hachette

perdue dans ce panopticum et manque de relief. Ce n'est que colossal; c'est trop peu pour Dumas. Au reste, comme il arrive toujours dans l'œuvre de Schiller, les situations pathétiques, singulières, rencontrées et propres au théâtre, ne sont pas rares, mais noyées dans un déluge. On n'y sent ni la logique ni l'intérêt d'une pièce. La scène de Max juge de son père relève grandement la (in de l'acte II *. Tout le III, ou peu s'en faut, serait d'un mouvement admirable, n'était qu'il s'espace en vingt-trois scènes, indéfiniment. Wallenstein et la délégation des cuirassiers, Max et Wallenstein font des morceaux pathétiques et des coups de théâtre qu'il faut louer comme inspirés de génie *. Mais tout est dans tout, et le reste dans cette Mort de Wallenstein : mouvement des masses, pittoresque, orgie, fantasmagorie, astrologie, toute la guerre de Trente Ans, les bandes, les chefs, quoi encore? Je ne parle pas de la vérité historique, qui reçoit quelques atteintes, dont Dumas ne s'étonnera bientôt plus. S'il ne la doit pas respecter davantage, il la veut du moins vivante, claire, décorative. Il y a trop de brouillamini là dedans, et trop de talent dépensé par delà les limites du théâtre. C'est un effort admirable et un grandiose fatras.

Néanmoins, un peu partout dispersées mais fortes, apparaissent aux yeux éblouis de Dumas des passions, des situations, des esquisses de scènes plutôt que des scènes faites. Il }' découvre l'audace tour à tour poétique ou réaliste de l'expression, et jamais la noblesse ni la fadeur surannées. Et puis, amour, haine, courage, crainte, ambition s'y déchaînent, violents, convulsifs et presque physiologiques. Tous les nerfs,

1. La Mort de Wallenstein (Th., II), II, se. viii, pp. 461-467.

2. Ibid., III se. XV, pp. 491 sqq., et ibid., se. xviii, pp. 498 sqq.

tous les muscles entrent en jeu. « Une galanterie? Et cet échange assidu de leurs regards? Cette anxiété à épier ses traces? Ce long baiser sans fin sur son bras nu, qui gardait Vempreinte des dents dans une tacJie rouge comme le feu? Ali! et cette stupeur immobile et profonde où je l'ai vu plongé, semblable sur sa chaise à l'extase personnifiée... Galanterie? » Voilà notre Dumas tout étonné de ne pouvoir traduire ces passages que par des centons de Racine :

De leurs mille témoins trompant la vigilance, Je voyais en secret leurs regards se chercher, Leur sourire s'entendre et leurs mains s'approcher. A quels tourmens affreux mon âme fut en proie i...

Tourments affreux, âme en proie! Oh! qu'il sent bien qu'il y a autre chose dans l'original et que cette autre chose le ravit et l'échauffé! Et comme cela est plus près de lui, plus accessible à son impétueux talent, que la violence de Shakespeare dont les plus subtils et secrets mobiles préparent les éclats! C'est le drame shakespearien transcrit, à la portée de ses intellectuelles convoitises. Dumas eût pu dire de Schiller : « C'est mon auteur ».

Il lui emprunte d'abord cet infernal cliquetis de style, tout cet attirail d'exclamations d'une fatalité atroce, et qui nous égayé à présent. Shakespeare en usait beaucoup moins que Schiller; Dumas se tient entre les deux. Cela fait partie du vocabulaire galant. Enfer! Malédiction! Damnation! Ruse infâme! Blasphème! J'ai fait un serment terrible! Infernale machination! Casimir Delavigne lui-même essayera ces rugissements, « Moi, novice! Damnation! Mort et enfer ^! » Les admirateurs

1. La Conjuration de Fiesqiie à Gênes, I, se. i, p. 20i, et Manuscrit inédit de Fiesqiie de Lavagna, I, se. il.

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