Mes mémoires, t. YIII, ch. ccvii. pp. 195-20G
2. De l'Allemagne, t. II, ch. xx, p. 115. Cf. Guillaume Tell, III, se. III, p. 416, et Charles VII, II, se. v, p. 258.
3. Charles VII, IV, se. m, p. 288. Cf. la Pucelle d'Orléans, I, 8c, II, p. 146, et I, se. m, pp. 14y-l50.
poète allemand s'y montre poétique et ingénieux. Le roi raconte une prédiction à lui faite jadis. Une femme doit sauver son royaume : il croit que cette femme est Agnès. Dumas s'empare de la situation, met la prédiction dans la bouche d'Agnès et amorce la péripétie la plus dramatique de la pièce, le réveil de Charles VII :
J'avais cru jusqu'ici que vous étiez le roi, Mais du titre et du rang Bedford vous dépossède; Et puisque sans combat Votre Altesse les cède, Bedford est le seul roi de France, et me voilà Prête à joindre Bedford '.
Mais il s'est gardé de faire Jeanne d'Arc amoureuse; il s'est interdit de la mettre avec Agnès Sorel sur le pied d'intimité et de conversation -. Dumas manque de littérature et de goût; mais il n'a pas de ces inventions-là.
Si à ces souvenirs de Guillaume Tell, de la Pucelle d'Orléans on ajoute ceux qu'éveille le rôle d'Yaqoub; si l'on se rappelle la figure originale d'Hassan, le nègre de la Conjuration de Fiesque ; et, si l'on s'avise aussi que cet esclave d'Orient, qui a nom Yaqoub, qui a conservé des traits du nègre, d'autres du Maugrabin, hls du nègre, emprunte du Zingaro, qui les a apprises de lord Talbot ^, certaines formules de scepticisme et
1. Charles VU, IV, se. iv, p. 289. Cf. la Pucelle d'Or/éans, I, se. IV, p. 152.
2. La Pucelle d'Orléans, IV, se. ii, p. 217. Agnès lui saute au cou.
3. La Pucelle d'Orléans, III, se. vi, p. 205 : « Ce sera bientôt fini, et je rendrai à la terre, au soleil éternel, les atomes assemblés en moi pour la douleur et le plaisir »... Cf. Quentin Durward, ch. xxxiv, p. 427 : « Que peux- tu espérer, si tu meurs dans ces sentiments d'impénitence? — D'être rendu aux éléments... Ma croyance... c'est que le composé mystérieux de mon
d'athéisme, — oh! alors on commence à estimer que c'est beaucoup de souvenirs ainsi, que ces révolutionnaires ne sont aucunement oublieux du passé, et qu'ils prennent à toutes mains leur provende où ils la trouvent. Mais on découvre aussi l'action profonde de Schiller, qui s'exerce ou directement ou par l'intermédiaire de Scott, et qui dure.
Aussitôt qu'il a exécuté le prologue de Richard Darli//gton, Dumas rattrape plusieurs scènes de son Fiesque inédit, qu'il n'avait pas encore suffisamment utilisées. La physionomie de Richard conserve quelques traits de Lavagna. Le monologue de Fiesque, à l'heure oîi le soleil couchant embrase Gênes de ses rayons, a visiblement inspiré celui de Richard à la fin de l'acte II '. Tompson n'est pas sans analogie avec le nègre; s'il n'en a pas la couleur, il en a la décision et la scélératesse, pareillement agile ^ et semblablement dessiné. Pour la scène du divorce, violente et brutale, elle est prise de Don Carlos 3. Mais ce n'est que justice d'ajouter qu'une main autrement experte y imprime sa marque. Dans Terer,a la situation de Delaunay découvrant l'adultère : autre réminiscence de Don Carlos ^; Paolo :
corps se fondra dans la masse générale »... Cf. Charles VII, II, se. V, p. 262 :
De rendre un corps aux éléments,
Masse commune où l'homme en expirant rapporte Tout ce fju'en le créant la nature en emporte.
1. La Conjuration de Fiesque à Gênes, III, se. ii, p. 263. Cf. Richard Darlington, II, tabl. v, se. vi, pp. 101-10-2.
2. La Conjuration de Fiesque à Gènes, I, se. ix, pp. 220-225, II, se. XV, pp. 261-263, III, se. iv, pp. 277-281. Quand Dumas changera Richard Darlington en Catilina, le nègre deviendra Storax.
3. Don Carlos, IV, se. ix, p. 128. Richard Darlington, II, tabl. iv, se. III, p. yi. Cf. Mes jnéwoircs, t. VIII, eh. ccx, pp. 236-237. Voir ei-dessous, pp. 348 sqq.
4. Don Carlos, IV, se. ix, p. 125. Tercsa, c'est VEcolc des vieillards avec des moyens plus violents.
lOG LE DRAME D ALEXANDRE DUMAS.
le Franz des Brigands, habillé à l'italienne, — à moins qu'il ne soit la Paula de Christine, au sexe près : Paulo, Paula, Paolo, cela se décline. Les souvenirs se rejoignent par réverbération . Et arrivons à la Tour de Ncsle.
A cette œuvre homérique tout le monde collabora : Gaillardet, J. Janin, Gœthe qu'on nomme, et celui dont on ne parle point et qu'on rançonne sans merci, Schiller, toujours Schiller. J'ai indiqué plus haut le récit macabre de Landry calqué sur celui du brigand Schufterlé et la croix rouge que les deux frères d'Aulnay portent au bras *. Il jjaraît bien que la Tour de Ncsle est, avec/e Comte Hcrmann^ l'œuvre qui emprunte davantage la couleur générale du style des Brigands. Elle en retient encore quelques autres choses. La scène où Buridan révèle à Marguerite l'existence des tablettes sur lesquelles Philippe d'Aulnay a écrit de son sang : « Je meurs assassiné par Marguerite de Bourgogne » : voir les Brigands ^. Le meurtre qui souilla les premières amours de Buridan et de Marguerite (« l'assassin l'a revu dans ses rêves »), je serais bien étonné qu'il n'y eût pas là quelque réminiscence encore des Brigands '•>. Et toute cette série de crimes qu'abrite la Tour de Nesle : les Brigands, les Brigands. Franz Moor enfermait son père dans un caveau et pensait tuer son frère. Parricide! Fratricide! Marguerite de Bourgogne, Buridan, Lucrèce Borgia, les Burgraves ! ... Pour la diablerie de ce parler héroïque : c Quoi! vieillard, as-tu fait un pacte avec le ciel ou avec l'enfer *? » — cela même n'est