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Comme .une âme en peine, il parcouraïit Paris dans tous les sens, passant de préférence, à tous propos, rue
ki de Grammont. Un jour où, suivant son habitude, il levait
le.
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les yeux dans la direction des croisées de madame Vidal, il l’aperçut derrière ses rideaux. Alors il perdit la tête, toutes ses témérités d’autrefois lui revinrent. Il traversa la rue en courant, gravit deux étages, repoussa Marietta qui voulait le retenir, entra dans le salon et se trouva en face de Julia.
On était alors au lendemain de l’arrestation de Langlade et de la visite de Vibert au juge d’instruction.
Dés qu’elle aperçut Savari, madame Vidal s’avança vivement pour lui reprocher sans doute de forcer ainsi sa porte, de pénétrer chez elle malgré ses ordres. Mais il ne lui laissa pas le temps de parler, et s’emparant des mains de Julia sans qu’elle pût se soustraire à cette étreinte, l'obligeant à l'écouter, il lui dit tout ce que peut dicter la passion la plus exaltée et la plus désordonnée.
— Je ne vis que par vous et pour vous, s’écria-t-il ; sans vous, je me tuerais! l'existence m'est devenue odieuse... J'ai manqué ma vie, je suis un être inutile,
vicieux, corrompu, je me fais horreur à moi-même... Ayez pitié de moi,’vous pouvez me régénérer ; un de vos regards me rendrait meilleur, une bonne parole, un sourire, un encouragement, et j’acquiers toutes les vertus que je n’ai pas... Une semaine passée sans vous voir, mais c’est un siècle, madame, c’est un siècle 4... Si vous saviez tout ce que j'ai souffert pendant ce temps! Au moment où je vous ai aperçue derrière vos rideaux, mes forces, mon courage m’abandonnaient. Je crois que j'allais prendre un violent parti... Oui, c’est si difficlle de vivre quand on est malheureux, si facile de se tuer !.. J'étais bien pâle, n'est-ce pas? J'ai dû vous faire pitié !.. Mais vous ne m’écoutez pas, vous êtes distraite lorsque je vous crie ma douleur, lorsque je vous livre ainsi mon cœur tout entier. Écoutez-moi, madame, de grâce, écoutez-moi! C’est sérieux, je vous assure. Quel intérêt aurais-je à vous tromper ?.. Je vous jure que c’est sérieux, je souffre, je souffre beaucoup... Uu homme qui souffre, cependant, qui pleure comme je pleure en ce moment, mérite qu’on le prenne en pitié | ‘
IL s'arrêta, ses larmes le suffoquaient.
. Julia était étonnée de ce langage, entièrement nouveau pour elle. Son mari lui avait parlé le langage de l’amour; mais celui de la passion, elle l’entendait pour La première fois.
Savari reprit :
— Si vous aviez résolu de m’éloigner aussi vite, pourquoi m’avez-vous reçu? pourquoi m’avez-vous fait un bon accueil ?... Ne vous aperceviez-vous pas que je m’éprenais peu à peu de vous. Ne lisiez-vous pas dans mes yeux que je vous aimais ?.. Ah! une femme ne se
trompe pas à ces choses-là ! Elle n’a pas besoin qu’on se jette À ses genoux et qu'on lui crie: Je vous aime! pour se sentir aimée. Vous saviez que mon cœur ne m'appartenait plus ; je vous l'avais donné et vous l’aviez tacitement accepté. Ne vous récriez pas, vous l’aviez accepté, vous dis-je, et vous n'avez pas le droit, par caprice, de le martyriser.. Quel mal vos ai-je fait, moi ? Quelle faute ai-je commise envers vus ?.. Aucune. Il m'est donc permis de vous dire : Vous avez tort aujourd'hui vis-à-vis de moi, ou vous avez eu tort autrefois.
— J'ai eu tort, dit-elle doucement.
Elle était sincère et vraie en ce moment. Convaincue de la culpabilité de Savari, obéissant aux influences de Vibert, croyant accomplir un devoir sacré, elle avait consenti à jouer une comédie indigne d'elle, et que réprouvait sa nature droite, honnête et loyale. Peu à peu elle s'était étourdie sur les dangers, le côté odieux de cette entreprise ; passionnée dans tout ce qu'elle faisait, elle en était arrivée même à s’éprendre sérieusement de son rôle.
Mais, depuis quelque temps, ses convictions avaient été ébranlées ; elle commençait à douter de la culpabilité Savari. Elle se disait que s’il n’était pas coupable, comédie qu'elle avait jouée était odieuse. Il avait ison de l’accuser, de se plaindre, de lui reprocher ses uffrances. Peut-être même avait-elle des torts à rérer envers lui ?
Pendant que ces pensées traversaient l'esprit de Ju- Savari de son côté, réfléchissait. L'homme vérilement épris, n’est jamais bien intelligent avec la mme aimée. Ses finesses, ses roueries habituelles ne servent plus. Il se livre à tout propos, le plus ma-
ee :
ladroitement du monde, commet des fautes impardonnables et ne sait pas profiter des fautes de son adversaire. Savari, renommé jusqu’à ce jour pour son habi-
leté en matière de galanterie, n’était plus, vis-à-vis de
Julia, à la hauteur de son ancienne réputation. Cependant il y a des éclaircies dans la passion : tout à coup les nuages qui troublaient I vue se dissipent, on voit clair et on voit juste. On se dit : C’est ici qu’il faut frapper, et on redevient habile pendant un instant, jusqu'à ce que le ciel s’obscurcisse de nouveau. | « J'ai eu tort, c’est vrai! » avait dit Julia. Donc elle s’attendrissait, elle était touchée ; l’éloquence de Savari avait produit une impression sur Son esprit, sinon sur son cœur. C'était un pas de fait, bien petit, mais il fallait s'en contenter et en profiter le plus vite possible. Il était surtout important qu'après s’être avan-
cée, Julia n’eût pas de raison pour reculer. Savari ne
devait pas l’effaroucher par trop de précipitation.
Aussi, plus calme, plus maître de lui depuis l’avantage qu'il croyait avoir obtenu, il ne parla plus le langage de la passion, de peur d’intimider Julia. Il s’assit à ses côtés, il essaya de lui persuader qu’elle ne pouvait pas lui refuser sa porte, qu’elle devait le recevoir de temps à autre et essayer de le guérir peu à peu du mal dont il souffrait.
— Ayez quelques ménagements, lui dit-il, traitez-moi comme un malade, comme un convalescent et je recou= vrerai la santé.
C'était le seul langage qu’il devait tenir À une femme. comme Julia; entoute autre circonstance, elle eût été certainement persuadée. Seulement, elle se trouvait dans une position exceptionnelle. Elle n’était plus asse
convaincue de la culpabilité de Savari pour continuer à jouer le rôle qu’elle avait accepté : elle renonçait à pousser plus loin son entreprise; elle refusait toute complicité avec Vibert et résiait l'espèce d'engagement qu’elle} avait tacitement contracté avec le juge d'instruction et la justice. Mais en même temps, elle n’était pas assez sûre de l'innocence de Savari pour signer le pacte qu'il lui | proposait. Du moment où il planaït sur lui l’ombre d’un soupçon, elle devait l’exclure de son intimité. Aucun des raisonnements, aucune des prières de Savari ne pouvaient la toucher. Son cœur devait rester insensible aux plus habiles séductions. Le présent et l'avenir ne lui appartenaient pas, tant que les ténèbres qui enveloppaient le passé ne seraient pas dissipées.
Elle s’arma de courage, et s’avançant vers Savari elle
lui dit : |
— Si vous m’aimez, comme vous l’assurez, si vous
respectez votre amour, si vous me respectez moi-même, quittez-moi, monsieur, je vous en conjure et ne cher- Chez plus à me revoir.
— Oh! s’écria-t-il avec désespoir, c’est tout ce que
vous trouvez à me répondre !
— Je ne puis pas, croyez-le, vous répondre autre- ment.
— Mais vous me brisez le cœur !
— Hélas ! dit-elle avec tristesse, ce n’est pas ma faute.
— Au moins, reprit-il avec des larmes dans la voix, apprenez-moi le motif de tant de froideur, de tant de ‘dureté.
— Non, cela m’est impossible ! Je vous jure que cela m'est impossible | |
— Ah! c’est trop souffrir ! c’est trop souffrir ! s’écria Savari, qui se laissa tomber sur un fauteuil et porta ses mains à son front, comme pour comprimer sa douleur prête à éclater. e
En ce moment, Marietta pénétra dans le salon et s’avançant vers madame Vidal, elle lui dit à l’oreille :
— On te demande. u
— Qui ?
— Une personne que je ne connais pas. Cela paraît important.
Julia se leva et, sans regarder Savari qui lui-même ne tourna pas la tête de son côté, elle suivit Marietta dans l'antichambre. Elle y trouva un des garçons de bureau du Palais-de-Justice. |
— Madame, lui dit cet homme, M. Gourbet, juge d'instruction, m’a chargé de ne remettre cette lettre qu’à vous,
— Donnez, fit-elle.
Elle prit la lettre, et tandis que Marietta reconduisait le garçon de bureau, elle rentra dans le salon, s’approcha d’une croisée et lut ce qui suit :
« Madame,
» Il est de mon devoir de vous prévenir au plus vite que nous avons enfin découveït l’assassin de votre mari. C'est un nommé Langlade, forçat en rupture de ban Nous avons contre lui des preuves accablantes qui ne nous permetient pas de douter un seul instant de sa culpabilité. Du reste, il a fait des aveux. Tous les soupçons que nous avions conçus contre le sieur Albert Savari doivent disparaître. L'espèce de surveillance à laquelle il était encore soumis cesse dès aujourd’hui,
» Je m'étais associé de cœur à votre légitime douleur,
madame, et je suis heureux de vous dire entin que la &ort de votre mari sera bientôt vengée.
» Recevez, madame, l'assurance de ma haute considération et de mon dévouement.
« Signé : GOURBET. »
Elle relut deux fois cette lettre pour se convaincre qu'elle ne se trompait pas, puis elle marcha vers la cheminée, jeta la lettre au feu et s’avança vers Savari
Il avait levé la tête et la regardait venir sans comprendre ce qu elle lui voulait.
Quand elle fut près de lui, elle dit doucement :
— Je vous ai fait beaucoup souffrir, pardonnez-moi, etne me demandez jamais l'explication de ma conduite passée. J’ai des torts à réparer envers vous, je les ré-
parerai.
| À peine avait-elle dit ces mots qu’elle éclata en san- | glots.
Un grand coupé armorié, attelé de deux vigoureux thevaux normands, s'arrêta bruyamment, un matin, devant la porte de l’hôtel des Princes. Aussitôt, le vale: de pied, assis à côté du cocher, sauta lestement de sor siége et accourut prendre les ordres de la personne qui se trouvait dans la voiture.
— Tâchez de savoir, auprès des gens de l’hôtel, dit cette personne, si le comte de Rubini demeure toujours ici et s’il est en ce moment chez lui,
Le valet de pied exécuta cet ordre avec promptitude et vint répondre que le comte demeurait à l’hôtel et qu’on ne l'avait pas encore vu sortir.
— Alors, ouvrez la portière et aidez-moi à descendre, ja le propriétaire de la voiture. Vous êtes-vous informé {du ‘numéro de la chambre}, ajouta-t-il en traversant la | cour.
— Oui, monsieur le marquis; c’est le numéro 4, au second.
— Au second, diable! C’est un peu haut pour moi, ce matin. Je crois que ma satanée goutte va me reprendre... Eh bien! sommes-nous arrivés, enfin ?
— Monsieur le marquis, voici la porte.
— Ouvre alors, au lieu de me faire attendre sur mes jambes. Si tu crois que je suis à mon aise, après une telle ascension. Bien, maintenant, va-t'en ; je descendrai seul. | *
Vibert, assis devant la cheminée , tisonnait le feu lorsque la porte s’ouvrit. Il retourna la tête, poussa un | cri de surprise, se leva précipitamment et courut à la rencontre de son visiteur, en s’écriant :
— Quoi! monsieur, le marquis! Vous, chez moi!
— Oui, moi, chez vous! Qu’y à-t-il d'étonnant? Ne vous appelez-vous pas le comte de Rubini ! Je ne déroge donc pas. Soyez moins stupéfait et avancez-moi un fauteuil ; vous avez des étages qui peuvent compter !.
Le marquis de X..., que sa correspondance avec Vibert nous a seulement fait connaître jusqu’à ce jour, portait allègrement ses soixante-cinq ans. Ï1 avait la figure la plus intelligente du monde, la lèvre fine et des favoris rares, taillés à l’anglaise. En souvenir de son passage aux gardes du corps, il redressait, le plus possible, sa taille
. légèrement voûtée. Il s’habillait d’une façon qui n’appartenait qu’à lui : son gilet était démesurément long et se boutonnait jusqu’au menton; ses cols de chemise étaient très-évasés, son habit noir (il sortait en habit dès le matin) . avait une forme particulière ; ses pantalons, très-larges, se rétrécissaient à la cheville, comme les pantalons dits à la hussarde.
M. de X... aété, de 1835 à 1848, l'enfant gâté de la Chambre des pairs. On se rappelle encore ses saillies. et ses boutades, qu’ répétait de bouche en bouche dans tous les saloi Paris. C'était le seul pair de France qui fût un ‘peu populaire. On s’arrachait ses discours, on les apprenait par cœur, on ne lisait le compte rendu de la séance que si le spirituel marquis avait parlé. Et il parlait souvent, à la grande joie de ses collègues, qui criaient contre lui pour la forme, mais Qui l’écoutaient avec un plaisir extrême. Tout à coup, sans qu’on s’y attendit, il se levait, et plongeant ses deux mains dans les vastes poches de son gilet, il abordait la
question à l’ordre du jour.
— Mais, monsieur de X..., pourquoi prenez-vous la parole, puisque vous ne l'avez pas ? faisait remarquer le président.
— Monsieur le président, répondait le marquis de sa voix incisive, permettez-moi de vous dire que si je l'avais, e ne serais pas obligé de la prendre.
— Monsieur de X..., laissez-moi vous faire observer que vous n’êtes nullement dans la question. Vous nous parlez depuis une heure de l'Angleterre ; il ne s’agit pas de l'Angleterre.
— Monsieur le président, répliquait le marquis toujours aussi calme, mon amour pour les Anglais ne
+ m'étouffe pas, vous le savez bien, Si je parle d’eux, c'est qu'ils se trouvent collés à toutes les questions. ; — Mais pas à celle-ci.
| — Je vous demande pardon, monsieur le président, puisque j'ai trouvé moyen de les y rattacher.
Malgré toutes les interruptions, il continuait à discourir pendant une heure de la façon la plus intéressante et la plus pittoresque, ramenant toutes .les questions à l’Angleterre et développant d'une façon charmante des thèses . toujours nouvelles. s. | |
Quand. le marquis de X... fût *ommodément installé dans son fauteuil, il Se tourna du côté de Vibert et lui dit :
— Alors, vous vous imaginez pouvoir me supprimer
. mon feuilleton quotidien, sans que je m’insurge, sans que je vienne vous relancer pour avoir la suite ? Pendant un mois, suivant nos conventions, vous m’expédiez tous les matins pour mon déjeuner mes huit colonnes; vous m'ap- | prenez les moindres détails de cette affaire de la rue de l | Paix ; vous m'initiez à tous les faits et gestes de la belle Julia Vidal et de cet aimable intrigant appelé Savari. Vous m’annoncez pour le lendemain la grande scène du couteau-poignard, au café Anglais. Cela promet d'être palpitant, et, patatras ! plus de feuilleton, plus de récit, plus rien. La suite au prochain numéro était un leurre, vous vous étiez moqué de votre lecteur assidu.
— Ah ! si vous saviez, monsieur le marquis, dit tristcment Vibert.
— Eh morbleu! si je savais, je ne vous demanderais rien. Voyons, que sont devenus tous vos personnages ? Je les aime, ces gens-là! Votre Julia ne parle pas beaucoup, c'est une justice à lui rendre, mais elle a du nerf. Votre
Savari est un joli produit de la société corrompue qui nous entoure ; il me plaît, ce gredin-là. Donnez-moi de leurs nouvelles, à tous,”
— Je ne saurais vous en donner, monsieur le marquis: depuis plus d’une semaine je n’ai pas vu les personnes dont vous parlez.
— Vous me la baillez belle ! s’écria le marquis. Et votre
métier, qu’en faites-vous ?
| — Mon métier consistait à rechercher un coupable, je l'ai recherché et je l’ai trouvé. |
— Ah!il est pincé, Le gueux! C’est un peu tôt!
— Vous croyez, sans doute, monsieur le marquis, que je parle de Savari ?
— Évidemment.
— C’est une erreur. Savari n’est pas le coupable.
Alors Vibert raconta au marquis de X... tout ce que nous savons au sujet de Langlade et de Soleil-Couchant. Ce récit, loin d’intéresser le pair de France, parut le mettre de très-méchante humeur.
— Eh bien! voilà un joli résultat! dit-il lorsque Vibert eut cessé de parler. L’assassin est tout simplement un forçat. c’est d’un plat, d’un terre-à-ierre à faire frémir. Vous mériteriez d’être cassé aux gages. Quoi ! il se présente une affaire qui promet d’être un peu originale ; une olie femme, un beau garçon, un amour à l’horizon, quelque chose de pittoresque enfin. Et ce joli roman va se dénouer le plus vulgairement du monde ! Savari et Julic retourneront à leurs petites affaires ; il n’y aura qu’ur. maladroit de plus au bagne, C’est d’un bourgeois ! Comme je reconnais là mon époque. Nous sommes bien sous le règne du parapluie !
Puis, s’adressant directement à Vibert :
— Mais, continua-t-il, si tout est fini, réglé, si votre
assassin est coffré et votre Savari blanc comme neige, :
pourquoi continuez-vous à trancher du comte de Rubini, à demeurer dans cet hôtel de la fashion, à porter des vêtements qui éclipsent les miens ? Nous avons donc fait un héritage, ou bien nous nous sommes découvert de vrais ancêtres ?
— Mon Dieu! monsieur le marquis, dit Vibert un peu troublé, je finis d’user mes vêtements, et je termine à l’hôtel une quinzaine commencée.
— Vraiment! mon petit protégé. Vous croyez que je vais ajouter foi à de pareilles sornettes. Vous ! user sans utilité vos beaux vêtements ! Vous préféreriez mille fois les vendre à quelque fripier. Vous! terminer une quinzaine commencée dans un appartement qui doit vous coûter les yeux de la tête ? Allons donc! D’abord, les appartements se louent ici à la journée ; puis les maitres de l'hôtel, j’en mettrais ma main au feu, ne demandent qu’à vous voir partir. Je vous connais : on ne vous pousse pas facilement à la dépense. Dix bonshommes de votre trempe ruineraient un établissement comme celui-ci!... Mon cher Vibert, vous avez d’autres motifs pour rester dans cette maison, et je vous les dirai, si vous y tenez ?
— Mais, monsieur le marquis.
— Vous n’y tenez pas, vous sentez que je vous ai déjà compris, vous qui êtes si fin cependant!
— Oh! je ne suis pas fin avec vous, monsieur le marquis.
— Et tu as raison, grand enfant, dit M. de X... ense rapprochant de Vibert, qu’il prit par l’oreille. Voyons, continua-t-il d’un ton presque paternel, conte-moi tes
peines, cela te soulagera. À qui les dirais-tu, si ce n’est à moi? Tu n’as pas de parent, tu n’as pas d’ami, tu n'as pas de maîtresse. Tu vis replié sur toi-même, etsi tu as du chagrin, tu dois souffrir plus que tout autre. |
— Oh oui! fit l’agent de police en soupirant.
— Tu vois bien que j'ai deviné juste: Voyons, je vais te donner l’exemple de la franchise. Ce n’est pas seulement un sentiment de curiosité qui m’a poussé ici; c’est le désir d'apporter quelque consolation à tes peines. Est-ce que, d’après tes lettres, je n’ai pas vu grandir peu à peu le mal qui te fait souffrir ? N’ai-je pas compris pourquoi, si expansif autrefois, tu gardais maintenant lesilence ? Tu sais bien que je te porte un vif intérêt : j’aime la tournure de ton esprit, ta bravoure, ta piquante originalité. Tu ne ressembles pas à tout le monde. Sous l’ancien régime, on aurait fait de toi un Louvois, un Richelieu ou un
: Mazarin. De nos jours, pour mettre à profit tes qualités,
tu entres dans la police et tu as raison : c’est peut-être un métier moins bête que les autres. Je n’ai pas de sots préjugés, moi,*je n’ai que des convictions! Allons, parle à ton tour, car je n’en finirais pas. Je suis d’un verbeux ce matin ; il n’y a pas eu de séance depuis deux jours et
__ je me rattrape.
— Que vous dire, monsieur le marquis, si ce n’est que
. je suis profondément touché.
— Àssez ; n’entamons pas le chapitre de la reconnaissance. Il faut tout simplement m’avouer pourquoi tu restes dans cet hôtel, ou plutôt je vais te le dire, moi. Tu continues à t’appeler le comte de Rubini, à t’habiller en gentleman, à demeurer ici, parce qu’il te semble qu’en retournant rue de l’Arbre-Sec, en redevenant Vibert, tu
mettrais un abîfme encore plus profond entre elle et toi. Ai-je frappé juste? |
— Oui, répondit Vibert simplement.
— Tu l’aimes donc bien?
— Ah! si je l'aime! s’écria tout à coup Vibert. Je l’aime avec toutes les ardeurs d’un cœur vierge , d’une imagination contenue jusqu’à ce jour, d’un tempérament qui s’ignorait et qui vient de se révéler. Je n’ai pas usé mon cœur, moi ; je ne l’ai pas ouvert à tout venant, jene J’ai pas traîné dans toutes les fanges et sali à tous les contacts. Aucune des femmes que j’ai rencontrées jusqu’à ce jour n’a pu le faire battre; elles passaient et je détournais latète... Elle! elle m’est apparue et aussitôt une subite métamorphose s’est opérée ehez moi; mon sang est devenu plus chaud, mon système nerveux s’est développé.. Des flammes subites me montent au visage ; une sorte d’éclosion spontanée se fait en moi, et elle est d’au- * tant plus violente qu’elle est plus tardive... Oui, à trentesix ans, je commence seulement à vivre et j’ai enfin toutes les passions d’un homme! Mais ces passions, je dois les étouffer ! Celle.qui les a fait naître ne peut le$ comprendre, ne peut les excuser... Ah! si vous saviez ce qu’on souffre à se dire : « Enfin, la voilà cette femme que j'attendais ; elle est là, près de moi, je la vois, et je ne puis pas la toucher! » C’est cependant une femme comme les autres, plus belle et meilleure que les autres, mais faite à leur image, femme dans toute l’acception du mot, prête à s’émouvoir si on a l’esprit d'être éloquent. Ce n’est pas une statue, un marbre, une idole! c’est une vraie femmel!.. Mais, moi, je ne suis pas un homme comme les autres, je suis construit de telle sorte qu’on se demande en me voyant si je suis né viable; on me
prendrait pour une espèce de singe perfectionné. Les dames de l’ancienne Rome, qui se mettaient au bain devant leurs esclaves, m’auraient traité avec le même sans-gêne |
— Vous ne seriez pas déjà si fort à plaindre, dit le marquis de X... qui voulait égaytr la situation.
— Vous croyez cela, monsieur le marquis; je voudrais . vous y voir. |
— Moi aussi.
— Îl n’y a pas de supplice comparable au mien, continua Vibert sans prendre garde à cette nouvelle interruption.
Tantale lui-même, qu’on a l’habitude de plaindre, était *
le plus heureux des hommes auprès de moi. Il avait faim, il avait soif; je suis altéré, moi aussi. Îl voulait mordre aux fruits appendus sur sa tête, et les fruits s’éloignaient lorsqu'il tendait la main. Moi, je voudrais mordre
. à l'amour, et l’amour me fuit lorsque je l'appelle, lorsque : jelui crie : Viens, je suis vaincu par toil
Vibert trouvait une sorte d’âpre plaisir à étaler ainsi toutes ses plaies, à dire :
— Tenez, c’est là que je souffre, c’est là que je saigne. Voilàle mal qui meronge!
Il exagérait ses infirmités, il se faisait plus petit, plus :
. laid, plus difforme qu’il n’était vraiment. Il mettait de la coquetterie À s’amoindrir et à s’abaisser. Espérait-il que le marquis le relèverait et le sortirait de la fânge où Ï paraissait se complaire ? Voulait-il plutôt se persuader : à lui-même qu’il y avait entre madame Vidal et lui un
abfme infranchissable; qu’il était inutile de lutter et de souffrir plus longtemps ?
Le marquis l’écoutait attentivement. Il se sentait rajeunir auprès de cet homme plus fougueux et plus passionné qu’on ne l’est, de nos jours, à vingt ans. Lui qui
280 LE DRAME vivait dans un monde officiel, cravaté, empesé, gourmé,
froid par tempérament ft parcaleul, ilse trouvait heureux.
de sentir, à ses côtés, un être ardent et fort. Ses membres, glacés par l’âge, se réchauffaient peu à peu dans cet appartement de l'hôtel des Princes ; il se demandait s’il n'allait pas être tout à coup saisi par le froid lorsqu'il
rentrerait à la Chambre des pairs. Puis Vibert ne lui était :
pas indifférent, quelque lointain souvenir, quelque mystérieux trait d’union rattachait peut-être le grand seigneur, le millionnaire, le pair de France, au petit employé de la Préfecture. Le marquis souffrait de voir souffrir son protégé ; il voulut essayer d’apporter un soulagement à ses douleurs. +:
— Je ne suis pas, lui dit-il, un donneur de conseils, un radoteur et une ganache, comme mon âge semblerait l'indiquer. Je ne vous dirai pas qu’il faut vaincre vos passions et défendre à votre cœur de battre; je sais bien que vous ne demandez pas mieux. Je ne vous donnerai pas davantage des espérances qui seraient dangereuses et auxquelles je ne crois pas. Îl est difficile, en effet, que madame Vidal puisse vous aimer, non pas à cause de vos imperfections que vous exagérez à plaisir, nfais à cause de votre position auprès d’elle. Elle n’est pas habituée à voir en vous un homme; vous avez été pour elle un moyen, un agent, une chose. S’il ne s’agissait que d’un vice de conformation physique, je pourrais espérer. La femme vaut mieux que nous. Tandis que nous avons une seule préoccupation : savoir si elle est belle, elle recherche souvent nos qualités morales et s’éprend du fond plutôt que de la forme. Nous sommes toujours plus ou moins matéralistes, elle est le plus souvent spiritualiste. Mais une femme comme celle dont vous êtes affolé,
ne transige pas avec certaines défectuosités morales. Elle peut s’éprendre d’un malfaiteur, si son imagination est ardente et dépravée, mais elle ne s’éprend pas d’un malheureux qui occupe un rang inférieur au sien et qui fait un métier plus ou moins réprouvé. |
Le marquis avait depuis un instant oublié sa goutte, il se leva, prit le bras de Vibert et, le forçant à se promener avec lui dans le salon, il continua en ces termes :
— Vous le voyez, je vous parle avec franchise, avec rudeése même, comme c’est mon devoir, comme j’en ai le droit. Mais je puis vous donner quelque consolation.
\Qu’est-ce qui fait surtout souffrir en amour ? C’est de se
dire : Cette femme que je désire ardemment appartient à un autre ; je ne puis me faire aimer et elle adore celuih. Rien de semblable n'existe avec madame Vidal. Tout entière au souvenir de son mari, son cœur est insensible à toutes les séductions.
Vibert s’arrêta tout à coup, laissa retombér son bras sur lequel s’appuyaïit le marquis et dit avec brusquerie :
— Vous désirez me faire parler, n’est-ce pas ?
— Moi ? fit M. de X... sérieusement étonné.
— Vous vous dites, reprit Vibert : Mettons le doigt sur cette plaie nouvelle et il va me la montrer, comme il m’a montré les autres.
— Loin de moi cette pensée, mon ami. À quelle plaie faites-vous allusion ?
— À celle qui me fait le plus cruellement souffrir, monsieur. Je croyais que vous l'aviez devinée ; pardonnez-moi, je me suis trompé. | ‘
— Je vous pardonne; mais achevez de m’ouvrir votre cœur. Vous ne sauriez vous confesser à demi ; toutes vos douleurs m'appartiennent.
— Monsieur le marquis, s’écria Vibert, je suis jaloux, furieusement jaloux !
— Et de qui donc?
— De Savari.
— De Savari !.. Elle l’aime?
— Elle l’aimera |
— C'est impossible! Qu’est-ce qui vous porte à le croire ?
‘ — Tout, monsieur, tout. Ah! vous ne le connaissez pas, ce Savari. Il est grand, il est beau, il est élégant, il est distingué. Il s'exprime aisément. Il est adroit et souple. Je connais toutes ses qualités, monsieur le marquis, je les ai pour ainsi dire épiées, et je vous jure bien qu'un tel homme parvient toujours à plaire lorsqu'il le veut.
— Mais cet homme, elle a dû le haïr; n’était-il pas pour elle l'assassin de son mari?
— Ïl ne l’est plus.
. — On ne passe pas ainsi de la haine à l’amour.
— Je vous demande pardon, monsieur le marquis, et vous le savez mieux que moi. C’est justement de la haine qu’on passe à l’amour. Îl existe même un proverbe làdessus dont je vous fais grâce. Ah! si Savari lui avait été indifférent, vous auriez raison. On ne s’éprend pas tout d’un coup d'un homme auquel, pendant longtemps, on n’a pas fait attention. Moi je n'ai aucune chance comme vous le disiez fort justement. Il les a toutes! Songez qu’elle a des torts envers lui, d'énormes; elle le soupçonné injustement d’une infamie; elle voudra ré« parer ses torts, et on ne sait pas où peut s arrêter une femme qui s'est mise en tête de réparer ses torts.
— Soit ! J'y consens, répliqua M. de X‘**; mais, mon
cher, vous oubliez que madame Vidal est une honnête . femme, qu’elle aimait son mari et qu'elle restera longtemps fidèle à son souvenir.
— Voilà l’erreur, monsieur le marquis ; madame Vidal n'a pas aimé son mari.
| — Que dites-vous BR? À — Ce que j'ai appris à n’en pouvoir douter. Ne suis-je pas observateur par métier et par tempérament ? Elle habitait Gênes, au milieu de sa famille, lorsque Maurice | Vidal est arrivé, l’a vue et l’a demandée en mariage. Elle | 4 consenti à l’épouser, parce que ce parti était avanta- | geux, qu'elle allait vivre à Paris, ce qui est le rêve de toutes les étrangères, et qu’enfin le premier homme qui | fait la cour à une jeune fille a de grands chances pour | Jui plaire. Elle a pris pour de l'amour ce qui, après aŸbir . été un simple sentiment de curiosité, est devenu par la suite un honnête attachement. Quant au véritable amour, | son mari, comme tous les maris, n'a pas songé à le lu inspirer. Maurice Vidal, en homme sensé, eût du reste trouvé dangereux d’exalter une imagination déjà trop , vive. Peut-être même n’y a-t-il jamais songé; d’un Carac- tère un peu sec, d’une nature froide, il savait aimer sa-: | gement et honnëtement, mais il devait ignorer Les désordres de la passion. Il n'avait exigé de sa femme que ce qu’il pouvait lui-même lui donner : un dévouement à toute épreuve, un grand attachement et une douce tendresse. | — Comment expliquez-vous alors, demanda le marquis, | le violent désespoir de madame- Vidal, à la mort de sor mari et cette exaltation que vous avez si fort remarquée chez elle ? , .
— Je n’ai pâs prétendu, monsieur le marquis, que ma-
| dame Vidal ne fût pas exaltée; j'ai dit qu'on l'avait obligée
à contenir cette exaltation; aussi a-t-elle trouvé, pour | venger la mort de Maurice Vidal des ardeurs d’autant plus vives qu’elles avaient été longtemps étouffées. Aujour-
: d’hui, lasse de rechercher ce meurtrier qu’elle ne peut
‘atteindre, elle renonce à sa vengeance; mais il faut que son exaltation se dépense et Savari est là. Après un instant de silence, le marquis dit à Vibert: — Que comptez-vous faire maintenant ?
—Oh"! je n’en sais rien, répondit-il. Je compte souffrir; c’est une fameuse occupation, allez !
— Auraïis-tu le projet de continuer à vivre dans cet appartement ?
— Oui, tant que je pourrai disposer d’un peu d'argent. 5 Essayeras-tu de revoir madame Vidal ?
— La revoir, oh oui! Lui parler, non; à quoi bon! Elle n’a plus besoin de mes services. , | — Je ne te comprends pas. Comment peux-tu la revoir et ne pas lui parler ? Tu te mettras sur son passage, tu... — Non, dit Vibert en interrompant le marquis, j'irai chez elle.
— Alors ?
— Je puis la voir sans qu’elle m’aperçoive, sans qu’elle se doute de ma présence auprès d'elle. Le jour où je lui ai loué un logement, je me suis réservé une cachette. Oui, j’ai ma logette rue de Grammont, comme l’amoureux d’Esméralda en avait une à Notre-Dame. ! — Tu penses à tout.
— Je pensais alors à surprendre les confidences de Savari. Je pense Ds : à...
I s'arrêta.
— Continue, dit affectueusement le marquis. 3 — Â me repaître de leur amour ! acheva Vibert. |
it U
N'est-ce pas ma destinée ? Puis-je vivre pour mon compte ?- Ne dois-je pas toujours vivre de la vie des autres ?
— Comment ! tu auras le courage ?.…
— Oui. Écoutez. L'appartement de madame Vidal communique directemen, d’un& part, avec la chambre à coucher et l’antichambre. Mais au fond, à droite, du côté de la cheminée et en face du canapé où elle s’assied d'habitude, se trouve une porte vitrée. Cette porte est fermée à l’intérieur et à l'extérieur par des verrous.
Je passe devant le concierge, il croit que je monte chez madame Vidal et il ne fait aucune remarque. Au lieu de prendre le grand escalier, je gravis à la hâte l’escalier de service. J’ouvre une porte dont je me suis autrefois procuré la clef, j’entre dans un corridor et je me trouve devant la porte vitrée. Alors, je me blottis dans un con; j’applique un œil contre une petite ouverture que je me suis ménagée, et je vois sans être’ vu, j'entends sans qu'on m’entende, car je retiens mon haleine et je comprime mon cœur à deux mains pour l'empêcher de battre. |
— Mais, malheureux enfant, c’est de la folie!
— C'est de la sagesse ! À force de souffrir, j’arriverai
peut-être À user ma douleur. ,
—Renonceà ces projets insensés, dit le marquis. La mission qu’on t'avait confiée est remplie, grâce à ton intelligence; l'assassin de Maurice Vidal est découvert. Cette affaire ne te regarde plus; elle n’est pas du domaine de la police, c’est à la justice seule qu’il appartient de s’en mêler. Reprends tes occupations d’autrefois, rentre dans ta rue de l’Arbre-Sec et dans tes bureaux de la rue Saint- Honoré que tu n’aurais jamais dû quitter.
— Je ne pourrais plus, dit Vibert, rentrer dans mes bureaux et travailler; ma pensée serait ailleurs.
— Préfères-tu quitter Paris, la France, voyager, courir le monde ? Je ne sais que faire de ma fortune, mes revenus m'embarrassent. Je ne tiens pas à augmenter l'héritage de mon bélitre de neveu. Pars, et jete fais une pension proportionnée à tes besdins.
— Oh! monsieur le marquis, que vous êtes bon ! dit Vibert.
— Eh! non, je ne suis pas bon. Je t'aime, voilà tout, imbécile. Voyons, acceptes-tu ?
— Non, monsieur le marquis. J'aurai assez de force pour souffrir; je n'aurais jamais le courage de m'’éloigner d'elle.
— Va-ten au diable, alors ! s'écria le marquis en prenant son chapeau.
— C'est un bon conseil, je le suivrai, dit Vibert, qui accompagna respectueusement son protecteur jusqu'au bas de l'escalier,
S'il eût été naturel, comme l’avait fait observer le marquis de X..., que Vibert quittât l’hôtel des Princes, il eût été plus simple aussi que Julia Vidal retournât dans son appartement de la rue de la Paix. Ne s’était-elle pas logée rue de Grammont dans le seul but de recevoir Savari et de lui cacher son passé? Pourquoi tant de. mystère maintenant? Pourquoi ne pas reprendre son véri-
table nom et rentrer dans une demeure encore tout imprégnée de souvenirs chers à son cœur ?
x On vous avait arrêté, aurait-elle dit à Savari, on vous soupçonnait d’un crime. Je ne vous connaissais pas; je vous ai soupçonné aussi ; j’ai-pris un travestissement, j'ai revêtu une autre forme pour obtenir la preuve de votre culpabilité. Aujourd’hui, votre innocence est reconnue : je vous demande pardon de mes odieux soupçons, et je redeviens Julia Vidal. » |
Elle n’osa pas tenir un tel langage, elle eut peur de mettre Savari dans une position trop fausse et trop pénible vis-à-vis d'elle. Elle craignaït peut-être aussi d’avoir à rougir. devant lui de tous ses mensonges passés. | | ,
Cependant elle se disait : « Cela ne peut durer; il faut
qu'il sache qui je suis. Je ne veux pas continuer à jouer
cette éternelle comédie et à me conduire comme une aventurière. J’ai un nom, un nom honorable ! je dois le reprendre. Je parlerai, il faut que je parle. »
Elle ne parlait pas et continuait à tromper, pour ne
| pas avouer qu’elle avait trompé autrefois.
Îls avaient repris leur vie passée, seulement Vibert ne venait plus troubler leurs tête-à-tête. Cette subite disparition préoccupa un instant Savari, il en demanda les motifs à Julia, qui se troubla et ne répondit pas. Savari erut ne devoir pas insister et pensa tout naturellement que le comte, chez lequel il avait cru remarquer un cerain penchant à la jalousie, était en froid, à cause de lui, :
avec sa parente.
Tous les jours, vers les &eux heures de l’après-midi,
ilarrivait chez Julia et ne la quittait plus qu’à l'heure
du diner. Assis auprès d’elle sur le canapé du salon, il parlait de sa première jeunesse, de son entrée dans la vie, de ses luttes et de ses déceptions. Ï essayait de Ini
PE
apprendre à le connaître et à le mieux juger qu'on ne le jugeait habituellement.
— On me reproche, lui disait-il, de vivre au jour le jour, de ne m’être pas encore fait une position dans le monde, de u’avoir pas de rentes sur le grand-livre, de n’émarger dans aucun ministère, d’être inutile à tous et principalement à moi-même. On a raison. Si j'avais à recom-
mencer ma vie, jé la comprendrais autrement. Mais ne.
devrait-on pas me tenir compte aussi des obstacles sans nombre que j'ai rencontrés sur ma route ?
Je suis entré dans la vie sans protecteur, sans famille, sans amis, avec quelques mille francs pour tout patrimoine. J'aurais dû travailler. Mais m’avait-on donné des habitudes de travail ? non. C’est à peine si ma mère s’occupait de moi. Elle ne songeait qu'aux fêtes qui la réclamaient sans cesse. Je ne l’accuse pas; elle m’a aimé à sa manière. Mais, dans certaines positions, on devrait bien ne pas meitre d'enfants au monde. Si vous saviez quel spectacle j'avais devant les yeux, quelle existence bizarre je menais! Quelle irrégularité dans notre façon de vivre! Un jour on était riche, le lendemain on était pauvre. On donnait un bal étourdissant; tous les journaux en rendaient compte ; tout Paris voulait s’y faire inviter. On dansait, on soupait jusqu’au matin, chacun partait ravi ; et lorsqu'il ny avait plus personne dans les salons, ma mère réunissait
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ses bijoux, ses robes et les envoyait au mont-de-piété pour
payer la note du tapissier et du glacier, qui ne faisaient pas crédit... Que de fois j'ai déjeuné comme un prince et soupé d’une pomme cruel Quelle joyeuse insouciance au milieu de tout ce désordre ! Comme on méprisait fortune et la misère! Et les créanciers ! Ah ! les créanciers, quand ils ne menaçaient pas de saisir, quand is
n’encombraient pas la maison de papier timbré, comme on en faisait bon marché ! Jamais on n’y était pour eux ; ils entraient par une porte, on sortait en riant par l’autre. Les billets souscrits, on n’y prenait même pas garde; on commençait à s’en occuper le jour où il revenaient escortés d’un volumineux dossier, d’une note de frais considérables, d’un huissier et de deux clercs. Ah! si quelqu'un m'avait pris à l'écart et m'avait dit : « Méfie-toi, mon garçon, ne suis pas l’exemple qui t'est donné; ce n’est pas ainsi qu’il faut comprendre la vie. On consentira peut-être un jour à ne pas te demander compte du passé de ta mère; mais garde-toi de trop te montrer son fils; sois surtout le fils de tes œuvres ! » Mais, sans conseils, livré à moi-même, j'ai vécu comme j'avais toujours vu vivre autour de moi, et j'ai mal vécu, jusqu’au jour où je vous ai rencontrée. J’ai compris seulement alors ce qu’on appelle l'honnêteté en comprenant le véritable amour.
— Maintenant, travaillez-vous? lui demandait affectueusement Julia.
— Pas encore; mais je cherche.
— Comment vivez-vous ? J'ai le droit de vous interroger à ce sujet, puisque je suis votre confidente.
— Oh! répondait-il, en ce moment je n’ai pas besoin de grand’chose pour vivre. Îl ne me faut plus comme autrefois des louis, toujours des louis dans mes povhes. Je ne désire plus me montrer au Bois de trois à
cinq, à Tortoni vers les six heures, à l'Opéra le soir. |
Je me réveille et ma première pensée est de me dire:
« À quelle heure la verrai-je aujourd’hui? » Alors
je m’habille, je déjeune sobrement. Je me promène
sur les boulevards, près de votre rue, jusqu’au mo-
ment où je puis monter ici. Je reste avec vous jusqu’à | 17
ce que vous me renvoyiez, et je pense à vous le reste du temps.
Alors elle essayait de lui parler sagement, en amie, en sœur. Elle lui disait qu'il devait songer à son avenir et combattre un amogr qu'elle ne pouvait partager.
— Vous m'êtes sympathique, lui avouait-elle, jene
puis pas vous le cacher. Je crois, en effet, que vous n’êtes pas entièrement responsable de vos égarements et
qu’on vous a sévèrement jugé; vous méritez mieux que
votre réputation. Je vous remercie d’avoir eu de la fran- |
chise avec moi et de m'avoir appris un passé que j'aurais
toujours ignoré sans vos confidences. Je vous en estime
davantage. Mais l’estime, l’amitié seules peuvent exister entre nous; l’amour doit être banni de nos rapporis.
Ayons l'un pour l’autre une bonne et sincère affection. |
Comme vous, je suis à peu près seule au monde; tenezmoi lieu de famille et d’ami, et respectez les larmes que je verse encore.
[l promettait tout ce qu’elle voulait ou plutôt tqut ce qu’elle croyait vouloir. Il faisait le serment de se con-
tenter de ce qu’elle lui offrait, de ne jamais plus lui reparler d'amour, et un instant après avoir juré, il man-
quait à son serment. -
Ainsi s’écoulait leur vie, lorsqu'un accident facile à prévoir vint la modifier.
Depuis la mort de son mari, Julia Vidal avait pris l'habitude de lire les journaux. Elle avait intérêt à se tenir au courant de tout ce qui pouvait se dire au sujet du crhne de la rue de la Paix.
* Un matin, la feuille qu’elle parcourait lui tomba tout
à coup des mains, elle s’écria: — C'est une infamie! &
ella appela Merietta.
—- Lis, lui dit-elle vivement, lis ce que les journalistes français ont l’impudence d’écrir |
En parlant ainsi, elle désignait un fait-divers oùil était question du procès de Langlade qu'on allait bientôt juger: On racontait comment le crime avaït été commis. « Langlade, disait l’article, vivait depuis plusieurs années avec une femme surnommée Soleil-Couchant, dont il était follement épris. [l avait rencontré Maurice Vidal chez elle, l'avait suivi et l'avait tué dans un accès de jalousie. »
Julia, pâle d’indignation, arracha le journal des mains de Marietta dès que celle-ci l’eut parcouru, et s’écria :
— Dans notre pays, on se vengerait cruellement de l'homme qui aurait osé écrire une pareille calomnie ! Quoi! laisser entendre que mon mari aurait été l’amant d'une fille comme celle-là! qu’on l'aurait rencontré chez elle la veille du jour où il m'attendait !... Je veux donner yn éclatant démenti à cet article. Il me blesse dans ce que j’ai de plus cher au monde!
Elle se retourna vers Marietta et lui dit :
— Habille-moi ; je vais au bureau du journal.
Le rédacteur auquel madame Vidal s’adressa une heure après, sans se nommer, lui assura qu'il tenait directement le fait-divers en question d’une personne employée au Palais et trop bien renseignée pour s’être trompée.
Aussitôt Julia se rendit au Palais-de-Justice et parvint à être introduite auprès de M."Gourbet.
— Madame, lui dit-il, lorsqu'elle eut expliqué ce qui l’'amenait, la note qui vous désole, avec raison, n’émanc ni de mes collègues, ni de moi; nous n’avons pas l’habitude de donner aux journaux des détails sur :les procès que nous instruisons, et nous déplorons, au contraire, certaines indiscrétions souvent dangereuses. Mais l’in-
discrétion est commise, le coup est porté : je ne puis que m’affliger avec vous et vous plaindre sincèrement. — Comment! me plaindre, mousieur ! Je ne suis pas
à plaindre. Cet article ne me fait éprouver aucune dou- ;
leur, puisqu'il est mensonger. Il excite simplement mon indignation.
M. Gourbet garda le silence.
— Vous ne répondez pas ? dit-elle. Croiriez-vous, par hasard, vous aussi, à l'étrange histoire que raconte ce journal ?
— Madame, dit après un instant de réflexion le juge
instructeur, si la vérité pouvait vous être toujours cachée, |
croyez bien que, malgré vos instances, je ne répondrais pas à votre question. Malheureusement, le procès de ce Langlade sera jugé avant peu de temps, vous y serez directement mêlée et les moindres détails de cette affaire vous seront révélés. Il vaut donc mieux vous l’avouer aujourd’hui : le fait-divers dont vous vous plaignez est exact. -
— Quoi! monsieur, s’écria Julia, mon mari serait allé pendant mon absence chez cette créature ?
— C'est quelques minutes après être sorti de chez elle qu’il a été tué.
— C’est impossible !
— Ce n’est que trop vrai.
— Vous avez la preuve de ce que vous avancez?
— Hélas! oui, madame ; c’est moi, vous le savez, qui suis chargé d’instruire cette affaire.
Pendant trois jours, Julia refusa de recevoir Savari.
Cependant, elle ne s’enferma pas chez elle ; elle sortit à plusieurs reprises. Elle se rendit d’abord à l’église Saint-Roch, où, depuis la mort de son mari, elle avait
l'habitude d'aller faire brûler un cierge tous les matins, Seulement, au lieu de rester en prière, comme autrefois
, Que tout le temps où brülait le cierge, elle chargca d’en
PL
brûler un chaque jour, sans qu'elle eût besoin de revenir, et elle paya un mois d'avance.
Elle se rendit ensuite avec Marietta rue de la Paix, fit mettre dans des malles mille objets qui lui appartenaient et qu’elle n’avait pas apportés rue de Grammont ; puis elle chargea le concierge de vendre ses meubles et de louer l'appartement.
Enfin, elle fit au cimetière du Père-Lachaise sa visite matinale et quotidienne. D’ordinaire, avant eette visite, elle s’arrêtait chez une des prémières fleuristes de Paris et lui achetait un bouquet de violettes de Parme en-
| touré d’une guirlande de roses. C’étaient les fleurs pré-
férées de Maurice et elle avait eu la touchante pensée
| de déposer tous les jours, sur sa tombe, un bouquet sem—
blable à ceux qu’il lui avait autrefois donnés. Cette fois elle se borna à mettre sur la tombe de son mari la classique couronne d'immortelles.
Au bout de ces trois jours, Savari, pâle et défait, fut enfin introduit auprès de Julia. |
— Ah! s’écria-t-il, pourquoi m'avoir encore banni de votre présence? Pourquoi?…
Elle l’interrompit en lui disant:
— Ne vous plaignez pas. Ce serait injuste. Vous n’avez pas lieu de vous plaindre, je vous le jure}
En traversant un des corridors de la Préfecture de police où il était obligé de faire, de temps à autre, acte de présence, Vibert se trouva, un jour, en face du chef de la police de sûreté.
— Eh bien! lui dit celui-ci en l’abordant, vous nous avez mis dans de beaux draps!
— Qu’entendez-vous par là? demanda Vibert.
— Nous avons failli perdre Langlade.
— Ah bah! il a essayé de se sauver.
— Il a été sur le point de mourir.
— Tiens! il aurait aussi bien fait d’en finir, le pauvre diable.
— Pour lui, peut-être, mais pas pour nous. On n’aurait pas manqué de dire que nous l’avions tué ou laissé échapper. On compte sur un procès intéressant, et le Parisien ne plaisante pas lorsqu'on supprime ses émotions et ses plaisirs. Heureusement que Langlade est maintenant guéri. ‘
— Qu’'avait-il eu?
— Une espèce de coup de sang ou de transport au cerveau à la suite de l’entrevue que vous avez cru devoir Jui ménager avec sa maîtresse.
— C’est pour cela qu’on tarde tant à le juger?
— Évidemment; nous ne demandons qu’à nous débarrasser de lui le plus vite possible. Ce n’est pas un prison“ nier commode, il faut toujours le surveiller.
— ]l commet encore des actes de violence ?
— Non, il est maintenant très-caline, très-âbattu. Mais nous sommes payés pour nous méfier de lui, et nous nous tenons continuellement sur nos gardes.
— Où l a-t-on transféré ? demanda l'agent de police.
— Nulle part. Il est à la Conciergerie ; nous préférons
. lavoir sous la main. À propos, puisque vous êtes ii,
vous devriez bien aller le voir.
— Moi! et pourquoi ?
— Vous avez une certaine influence sur lui, vous nous l'avez prouvé, et vous obtiendrez peut-être qu’il consente à répondre aux questions du juge instructeur. |
— Jlne répond pas! Je l'avais prévu.
— Ïl a été impossible, depuis le commencement de l'instruction, reprit le chef de la sûreté, de lui arracher non-seulement un aveu, mais une parole.
— Ïl a parlé autrefois. Cela suffit.
— ]l vaudrait mieux qu'il parlât maintenant. Ïl serait regrettable de le voir persister devant le jury dans ce Sys— tème de mutisme absolu. CL
— Oh! dit Vibert, n'ayez pas à cet égard le moindre doute: il persistera, s’il se l’est promis. Lorsqu'il enire
| une idée dans une tête de ce calibre-là, on ne l’en arra-
che pas facilement.
— Je crois que vous arrächeriez celle-là. Voulez-vous
. essayer ?
— Je n’y vois aucun obstacle; je dis seulement que c’est inutile.
— Venez avec moi, je vais vous conduire.
Langlade, lorsque Vibert entra dans sa cellule, était étendu sur son lit, la tête du côté de la muraille. Peu
habitué à recevoir des visites, il pensa probäblement
qu'un gardien de la prison venait faire son service et il ne se donna pas la peine de se retourner.
Alors Vibert marcha droit à son lit, et lui touchant l'épaule :
— Eh bien! mon vieux, lui dit-il, nous avons donc été malade ?
Langlade se redressa, son visage encore très-pâle se colora, ses yeux très-affaiblis par la maladie s’éclairèrent, etil dità Vibert :
— Cest toif Eh bien! là, vrai, je suis content de te
voir. Comment va ton genou ?
— Oh! ne parlons pas de cette misère, répondit l'agent de police, il y a longtemps que c’est passé. Je n’ai pas ta chance, moi; je n'ai pas eu de transport au cerveau. Pendant ta maladie, au moins, tu as pu oublier. .
— Oui, dit Langlade tristement ; mais je vais mieux aujourd'hui.
— Songerais-tu encore à cctte créature qui l’a fait si ‘ cruellement souffrir ?
— Oui, toujours.
— Est-ce que, par hasard, tu l’aimerais encore ?
— Oui! répondit Langlade sans hésiter. Cela t’étonne ? ajouta-t-il au bout d’un instant.
— Moi, fit Vibert, moi, m’étonner de ta stupidité, allons donc, je suis de ta force ; je crois même que je te rendrais des points. M’étonner de ta persistance à aimer qui ne t'aime pas ! Mais c’est toujours ainsi, mon brave. Tu adores Soleil-Couchant parce qu’elle se conduit avec toi de la façon la plus odieuse. Si elle était bien douce, bien bonne, bien chatte ; si elle venait te faire sa visite tous les matins et t’apporter un petit bouquet de
violettes, elle ne tarderait pas à tl’ennuyer. Réfléchis donc : si on aimait toujours et qu’on fût toujours aimé, on serait trop heureux; la vie se résumerait dans un grand enlacement et un éternel baiser.
— Tu l’as vue ? demanda Langlade qui attendait avec impatience pour adresser cette question que Vibert eût débité ses aphorismes.
— Non, répondit l’agent dé police ; je ne l’ai même pas aperçue.
— Où est-elle en ce moment ?
— Je n’en sais absolument rien.
— J'ai voulu, dit Langlade, interroger les gardiens à son sujet, ils ont refusé de me répondre.
— Cela n’a pas dû t’étonner; les gardiens de prison ne sont pas en général très-communicatifs. Toimême, du reste, n’abuses-tu pas du droit d’être discret ?
— Oui, dit Langlade ; on voudrait me faire causer, mais je n'aime pas cela! Est-ce que tu aurais par hasard la même intention, toi ?
— Je ne serais pas fâché de te décider à répondre aux questions de ton juged’instruction ? C’est un brave homme, il re faudrait pas le contrarier.
— Ïl m'ennuie.
— C’est son droit, Tu l’ennuies bien davantage, toi, qui refuses de causer avec lui.
— Que veux-tu que je lui dise ? Il me demande un tas de choses auxquelles je ne comprends rien.-Il exige des détails sur la façon dont j'ai tué le monsieur de la rue de la Paix. Moi, je préfère ne point parler de cela et j'ai pris le parti de faire le muet.
— Às-tu au moins conféré avec ton avocat ?
[RQ
— Mon avocat! j'ai refusé de descendre au parloir quand il est venu.
— Coniment te défendra-t-il, alors Ÿ
— Je ne tiens pas à ce qu’il me défende ! s’écria vivement Larglade. Qu'ils me laissent tous tranquille. On ne m’en condamnera pas moins, quoi que je dise et quoi que
e fasse.
— Cependänt, reprit Vibert, tu avais encore quelque chance de t’en tirer.
= — Allons donc! tu m’äs dit toi-même autrefois que
mon affaire était des plus clairés.
— J'ai pu me tromper, fit observer l’agent de police. Ta cause est détestable, c’est certain, vu tes antécédents, mais un avocat habile peut faire valoir qu’il n’y avait pas préméditation de ta part, que tu as seulement obéi à un sentiment de fureur et de jalousie qui t’avait fait perdre la raison. Puis il existe en France bien des jurés qui, ne voulant pas de la peine de mort, accordent toujours et quand même des circonstances atténuantes.
— Eh! s’écria Langlade, je n’en veux pas de leurs circonstances atténuantes ; si je ne puis plus vivre avec Soleil-Couchant, je préfère mourir !
— À ton aise. Tu as pris le parti de ne pas te défendre, soit |! C’est un suicide comme un autre. Allons, adieu, As-tu besoin de quelque chose ? veux-tu du tabac ?
— Non, je ne fume pas.
— C'est juste. Tu n’as pas de défauts, toi, tü n’as que des vices.
— Tu peux cependant me rendre un grand service, dit Langlade, tandis que Vibert frappait à la porte pour appeler le gardien.
— Je sais ce que tu vas me demander, répliqua l'agent
de police en se retournant. Tu voudräis des nouvelles de Soleil-Couchant ? J'en demanderai. |
— Âh! ne ’en rapporte pas à ce qu’on te dira. Va là voir.
— Soit !
— Tu lui parleras de moi ?
— Tout le temps.
— Et si elle te disait quelque bonne chose ?
— Je viendrais t’en faire part. Adieu.
— Au revoir, dit Langlade.
La porte se referma.