LA MÈRE ET LA FILLE
Grâce aux habits que lui avait donnés Aubert, Beaudunois avait assez bon air. Il déclina ses nom et qualité et annonça qu'il désirait ne remettre qu'à la comtesse la lettre dont il était porteur.
En attendant, on l'introduisit dans le boudoir, où il demeura seul pendant quelques instants. Quoique les meubles ne fussent plus les mêmes, Beaudunois reconnaissait cette petite pièce. C'était celle dans laquelle il avait été également introduit dans la soirée du
17 novembre 1860. Il n'avait rien oublié; la topographie de l'hôtel était présente encore à sa mémoire : à côté de ce boudoir se trouvait le salon; au fond du salon, à gauche, était la chambre à coucher.
La femme de chambre revint, en effet, et le fit passer au salon, où elle le pria d'attendre que sa maîtresse eût achevé sa toilette — ce qui ne serait pas long, ajouta-t-elle, puisque madame allait sortir.
Dix minutes après, M"° de Varlades parut.
En apercevant cette femme si jeune, si belle, si richement parée, Beaudunois ne put retenir un geste d'admiration.
— C'est vous, monsieur, dit-elle en entrant, qui êtes le secrétaire de l'agence Aubert?
— Oui, madame.
— Et que me veut-elle?
— Je l'ignore, madame ; mais voici une lettre du directeur qui vous l'apprendra sans doute.
En même temps, Beaudunois tira de sa poche le billet que lui avait donné Aubert.
La comtesse déchira l'enveloppe et parcourut la lettre avec curiosité.
A mesure qu'elle en prenait connaissance, quelques efforts qu'elle (it pour se contenir, elle pâhssait visiblement.
— Fort bien, dit-elle enfin. Précisément ma voiture est attelée; quand j'aurai fait la visite à laquelle je me préparais, j'irai chez M. Aubert.
Et, d'un geste dans lequel il y avait un peu de colère, elle congédia Beaudunois.
Celui-ci se retira, et revint chez son patron.
— Dans un quart d'heure, dit-il, la comtesse sera ici. Aussitôt Pierre Aubert sortit de la caisse le Livre rouge et le