‹ Le Drame de quatre-vingt-treizeChapitre 4 sur 13 · III · texte numérisé non relu

III

dlO LE DRAME DE Q 'J A t ilE-V ^ GT- T RE iZ E

— Sire, répondit Cléry, elles le sont à plusieurs horloges, mais pas à la pendule.

Réponse merveilleuse dç sentiment : le fidèle sçpitepr volait à l'éternité quelques minute^ pour Içs dopner aii temps.

Puis, le feu allumé, il s'approcha du lit.

— rai bien dormi, dit leroj; j'en avais besoin, la journée d'hier m'avait fatigu^. Où ept M- de Firmoat?

— Sur mon Ut, répondit Cléry.

— Et vous, demanda Iç rpi, où ave« vous paesé la uutt?

— Sur cette chaise. ,

— J'en suis fâché.

— Ahl sjre, puis» je penser à moi en ce moment?

Le roi lui donna une de ses mains, que Cléry baisa en pleurant.

Puis il commença d'habiller le roi, et le coiffia; pendant sa toilette, le roi tira de sa montre un cachet, le mit dans la poche de sa vesle, déposa sa montre sur la cheminée, puis, tirant de son doigt un anneau qu'il regarda longtemps, il le mit dans la même poche où était le cachet ; après quoi, il changea de chemise, mit une veste blanche qu'il avait la veille et se fit passer son habit, enfin il tira des poches de son portefeuille sa lorgnette, sa boite à tabac, et quelques autres objets qu'il déposa avec sa bourse sur la cheminée, tout cela en silence, car les municipaux le regardaient et l'écoutaient.

Alors, le roi ordonna à Cléry d'avertir M. de Firmont qu'il était prêt.

LE DRAME DE QUATRE-VINGT-TREIZE iil

M. de Firmont était déjà debout; il suivit le roi dans son cabinet.

Et, pendant ce temps, Cléry plaçait une commode au milieu de la chambre et la préparait pour en faire un autel; à deux heures du matin, bn avait apporté tout ce qui était nécessaire au saint sacrifice. Gléry porta les vases et les ornements d^église dans sa chambre, et, lorsque tout fut disposé, il alla prévenir le roi.

— Pouvez-vous servir la messe? lui demanda Louis.

— Oui, répondit Cléry; mais je ne sais pas les réponses par cœur.

Le roi tenait un livre à la main, il l'ouvrit, y chercha roflBce de la messe et remit le livre à Cléry. "

Puis il prit un autre livre.

Pendant ce temps, M. de Firmont s'habillait.

Cléry avait placé devant Tautel un fauteuil^ et mis un grand coussin à terre pour le roi.

Le roi lui fît ôter le coussin et alla lui-môme dans son cabinet en chercher un autre plus petit, dont il se servait habituellement pour dire ses prières.

Dès que M. de Firmont fut entré, revêtu de ses saints habits, les municipaux se retirèrent dans Fantlchambre, Cléry ferma un des battants de la porte, et la messe commença.

Il était six heures. *

Pendant toute la cérémonie, le plus profond silence régna, et le roi entendit la messe avec le plus profond recueillement.

Puis il communia et passa dans le cabinet.

Pendant ce temps, M. de Firmont passa lui-môme chez Cléry pour se dévêtir de ses habits sacerdotaux.

Gléry, voyant le roi seul, profita de ce moment pour entrer dans le cabinet. Le roi lui prit les deux mains, et, avec un profond attendrissement :

— Gléry, je suis content de vos soins.

— Oh! sire, s'écria Gléry en se précipitant à ses pieds, que ne puis-je par ma mort désarmer vos bourreaux, et conserver une vie si précieuse aux bons Français! Espérez, sire! espérez!

— Que veux-tu que j'espère, mon pauvre Gléry?

— Us n'oseront vous frapper.

— Oh! dit le roi, la mort ne m'effraye pas; mais vous, ne vous exposez pas, je vous prie. Je vais demander que vous restiez près de mon fils; donnez-lui tous vos soins dans cet affreux séjour; dites-lui bien toutes les peines que j'éprouve des malheurs qu'il ressent. Un jour pénétre, il pourra récompenser votre zèle!

— mon maître! ô mon roi! s'écria Gléry, si le dévouement le plus absolu, si mon zèle et mes soins ont pu vous être agréables, la seule récompense que je désire de Votre Majesté, c'est de recevoir sa bénédiction ! Ne la refusez pas, sire, au dernier des Français resté près de vous !

Le roi étendit les mains, donna sa bénédiction à Gléry, le releva et le serra contre son cœur.

Puis, le repoussant :

— Rentrez, rentrez! dit-il; vous jouez votre vie à ce que vous faites.

Puis, le rappelant :

lE DHAME DE QUATRE-VINGT-TREIZE 113

— Tenez, dit-il, voici une lettre que Pétion m'a écrite lors de voire entrée au Temple; elle pourra vous être utile pour rester ici.

Gléry s'empara une seconde fois de la main du roi, la baisa et sortit.

— Adieu I lui cria le roi; encore une fois, adieu!...

A sept heures, le roi sortit de la tourelle, appela Gléry, et, le tirant dans l'embrasure d'une fenêtre :

— Gléry, lui dit-il, vous remettrez ce cachet à mon fils, cet anneau à la reine. Dites-lui que je la quitte avec douleur. Ce petit paquet renferme des cheveux de toute ma famille; vous le lui remettrez aussi. Dites à la reine, à mes chers enfants, à ma sœur, que je leur avais promis de les voir ce matin, mais que j'ai voulu leur épargner la douleur d'une séparation si cruelle. Hélas! combien il m'en coûte de partir sans recevoir leurs derniers embrassements.

Il essuya quelques larmes; puis, avec l'accent de la plus profonde douleur :

— Je vous charge, s'écria- t-il, de leur faire mes adieux. Le roi rentra dans son cabinet.

Alors, une vive discussion s'éleva entre les municipaux : les uns voulaient enlever à Gléry les objets que le roi venait de lui remettre, les autres proposaient de l'en laisser dépositaire. Ge dernier avis prévalut.

La discussion avait à peine pris terme, que le roi passa la tête hors de son cabinet.

— Gléry, dit-il, demandez si je puis avoir des ciseaux. Et il rentra.

— Messieurs, dit Gléry se tournant vers les municipaux, vous entendez ; puis-je avoir des ciseaux pour le roi?

— Savez-vous ce qu'il en veut faire?

— Non.

— Il faiit le savoir.

Cléry alla frapper à la porte de la tourelle. Lé roi sortit.

— Voua avez àésité dès ciseau^, demanda un municipal qui avait suivi Gléfy ; il faut âavôîr Ce cfùe vous eu voulez faire.

— C'est, fêpoiidit le roi, pour qUe Glét'y tiie coupe les Èheveùi:

Le liiùnicipal descendit au coriëeil, qdi délîbërà lirièdet&i-Hêtirë et refusa.

Le l*ôi poussa uti sbufJir. Cette longtîe torture dépassait nort-sèdifetaent les fordeô de i*hoMrtie, tostls etitorë la résignatitiù dd cHtétièu;

— k tl'autais t)âô lîiôtae todcllé lès ciseatlî, motisieur, dit le roi. Cléry m'eût coupé les, cheveui eu votre présence. Voyeï encore, je vous prle^ moilsieur, si, sur cette annonce, le conseil persistera dans sa décision.

Alors, on prévint Gléry qu'il eût à se préparer à suivre le roi pour le déshabiller sur l'échafaud. Gléry, atterré d'abord, commençait à se remettre, lorsqu'un autre munici-pal lui dit :

— C'est inutile do te préparer, tu ne sortiras pas ; le bourreau, c'est assez pour Capet.

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