‹ Le drame des poisons: préf. de Albert SorelChapitre 4 sur 32 · XVIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVIII PRÉFACE

La Montespan finit moins bien. Ce ne fut pas la retraite sincère, la pénitence d'une Longueville. Ce fut la disgrâce envenimée, l'exil dans la jalousie, la fureur des joies perdues, le déchirement des souvenirs, la peur de l'enfer aux démons hideux, obscènes, t'enfer tel qu'on se le peignait alors, l'enfer de Callot, l'enfer entrevu dans les soirées de sabbat chez la Voisin, et comme légende à cette image faite pour l'horreur des yeux et pour le tremblement de l'âme, la terrible imprécation de Bossuet : c Malheur à la terre d'où sort continuellement une si épaisse fumée, des vapeurs si noires qui s'élèvent de ces passions téné» breuses et qui nous cachent le ciel et la lumière, d'où partent aussi des éclairs et des foudres de la justice divine contre la corruption du genre humain I > Il faut lire dans Saint-Simon le récit de cette fin de la Montespan, de cette agonie dans l'angoisse.

L'histoire, scrutée à fond, ne donne pas seulement la connaissance du passé : elle en vivifie la littérature, elle rend leurs vigueur et saveur primitives aux mots qui passent sous nos yeux comme figés, par les hivers, ou pareils, si l'on veut, aux monnaies dont le relief est usé et qui ne nous présentent plus qu'une image symbolique et impersonnelle, au lieu de la ressemblance toute directe et présente que l'artiste y avait gravée. Que de relief, que de substances prennent ces lignes de La Rochefoucauld, relues après le Drame des poisons I

Si le siècle présent n'a pas moins produit d'événements extraordinaires que les siècles passés, on conviendra sans doute qu'il a le malheureux avantage de les surpasser dans l'excèB des crimes. La France même^ qui les a toujours

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