PRÉFACE. XIX
délestés, qui y est opposée par l'honneur de la nation, par la religion, et qui est soutenue par les exemples du prince qui règne, se trouve néanmoins aujourd'hui le théâtre où l'on voit paraître tout ce que l'histoire et la fable nous ont dit des crimes de l'antiquité. Les vices sont de tous les temps; les hommes sont nés avec de l'intérêt, de la crauté et de la débauche; mais si des personnes que tout le monde connaît avaient paru dans les premiers siècles, parlerait-on présentement des prostitutions d'HéUogabale, de la foi des Grecs et des poisons et des parricides de Médée?
Mme de Sévigné en avait sans doute bien souvent causé avec son vieil ami. Elle parle d'un sermon de Bourdaloue qui est de 1680, à la veille de la crise suprême entre le roi et la Montespan. « Nous entendîmes après dîner le sermon de Bourdaloue, qui frappe toujours comme un sourd, disant des vérités à bride abattue, parlant à tort et à travers contre l'adultère : sauve qui peut! il va toujours son chemin... >
Prenez ce sermon, un des plus parfaits du célèbre jésuite, et lisez-le en pesant les mots, en les commentant avec le livre de M. Funck-Brentano, et vous verrez l'étrange valeur que vont prendre des phrases comme celles-ci. Parlant de l'esprit d'impureté : « C'est pour liji que l'injustice est toute-puissante... pour lui que le sacrilège attente sur tout ce qu'il y a de plus saint. » Ce ne sont point là, croyez-le bien, phrases convenues, doléances de lieu commun, rhétorique de prédicateur. € Ne remontons point si haut pour avoir des preuves de cette vérité : notre siècle, ce siècle si malheureux, a bien de quoi nous en convaincre, et Dieu n'a permis qu'il engendrât des monstres que pour nous forcer à en convenir. » Continuant de courir à bride abattue et de frapper à tour de bras :
Ne vous fiez point à une libertine dominée de Pesprit d« débauche ; elle vous trahira, elle vous sacrifiera, elle vous immolera. Je dis que c'est pour ce péché qu'on devient profanateur. L'aurwt-on cru, si la même Providence n'avait fait