I.E SOHT DE l'üMPÉI
relli a fondé à Pompéi une école archéologique semblable à notre école d’Athènes, où des jeunes gens, sortant des universités italiennes et désignés par un concours spécial ont leui demeure, leur bibliothèque , leurs travaux communs ; ils sont les seconds de M. Fiorelli, ils surveillent les fouilles, ils en publient les résultats dans un Bullelin qui forme déjà un volume in-4", et où MM. de Petra et Rrizio se sont souvent signalés. Les réformes administratives ont donc été excellentes, et une épreuve qui dure depuis dix années peut être considérée co'inme décisive.
La méthode vient après l’administration.
Quelle méthode nouvelle M. Fiorelli a-t-il inaugurée? Avant lui, on jetait les cendres au plus près, et l’on formait autour de Pompéi des montagnes qui seront un terrible obstacle le jour où l’on voudra reconnaître l’enceinte.
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les accès, les alentours de la cité. M. Fiorelli, à l’aide d’un chemin de fer incliné où les wagons glissent par leur seul poids, emporte les déblais au delà de l’amphithéâtre et loin de la ville. Avant lui , l’on s’inquiétait peu de consolider les ruines, qui s’écroulaient à mesure qu’on retirait les terres qui les soutenaient, et l’on ne conservait que ce qui restait debout. M. Fiorelli porte toute son attention sur les étages supérieurs ou les indices qui en subsistent. Avant lui, on attaquait les terrains au niveau du sol déjà' découvert et l’on poussait devant soi en ramassant tout ce qui s’éboulait des talus sapés par la base. M. Fiorelli agit avec plus de prudence en attaquant les terrains par le sommet. Une fois le périmètre d’un îlot de maisons déterminé, il fait emporter les couches supérieures de
cendres qui sont le produit des éruptions modernes. Dès qu’il atteint la couche de l’an 7 9, il fait sonder, et partout où la tête des murs apparaît, on s’assure s’ils sont solides ou seulement appuyés sur la cendre durcie.
Les poutres qui s’engageaient dans les murs, les pièces de bois qui formaient les linteaux des portes et des fenêtres, se sont consumées par l’action du temps : on commence par glisser à la place des pièces de bois de même dimension , et l’on empêche ainsi l’écroulement des constructions. En descendant encore un peu, on restaure, à mesure qu’elles paraissent, les constructions 'antiques. Un pineau de stuc se détaclie-l-il, on le fixe par des crampons de fer revêtus d’étain pour éviter les effets de l’oxydation. Le bord des peintures est-il si peu adhérent que l’air doive achever de le faire tomber, on le
f3<i LK DRAME DU VÉSUVE
fortilie par une bordure de mortier dont la couleur ne peut être confondue avec la couleur du mortier antique. Un escalier menace-t-il ruine, on le consolide marche par marche. Un balcon laisse-l-il voir ses j;ondins de bois noircis et pulvérulenLs, on y substitue des rondins semblables. Une cavité se présente-t-elle, on y coule du plâtre, pour mouler l’objet inconnu qui a laissé sa forme avant d’être détruit, lùi un mot, toutes les précautions ' sont prises, non-seulement pour conserver les moindres restes de Pompéi , mais pour recueillir l’empreinte de ce qui ne s’est pas conservé.
1 . Il est juste (le nommer, parmi les auxiliaires qu’emploie M. Fiorelli : l’arcliiiccte, M. Ruggieri; et Bramante, qui cx(!cute les restaura ions. Padiglione , qui avait commencé un merveilleux modèle de l’ompéi en liège dans la propcjrtioii de I ceniiinélre pour mètre, est mort depuis quatre ans, mais son (Euvro est continuée.
U. suiu i)i; l■o.Ml>l•;l in
J’ai raconté par quel moyen les hahilanL-^ doPompéi étouffés sous la cendre, nous étaient rendus avec leur costume , leur attitude, leur expression suprême. Le procédé de M. Fiorelli ne s’applique pas uniquement aux cadavres, il est applicable à tous les corps qui se sont décomposés assez lentement pour que le moule qui s’est formé autour d’eux devînt con.sistant et durable. Le bois, par exemple, qui a résisté pendant plusieurs siècles à l’humidité du sol et qui a pourri peu à peu comme les végétaux qui composent le charbon de terre, le bois se prête admirablement au moulage. Les poutres, les balcons, les marches d’escalier, les planches, même celles qui ont servi aux usages les moins faciles à décrire, les portes, les garnitures des fenêtres, en un mot tout ce qui est menuiserie, peut être reproduit; nous obte-
nons ainsi des renseignements inattendus sur certaines industries des anciens. Les portes des boutiques sont particulièrement curieuses ; on voit par les moulages déposés dans un des musées provisoires de Pompéi, qu’elles étaient ménagées sur le côté, et que toute la devanture de la boutique était close par des planches; ces planches étaient engagées, en haut et en bas, dans une rainure profonde, et se recouvraient les unes les autres comme les palettes d’un éventail ouvert. Le plâtre, en séchant dans les cavités d’où le bois a disparu, reprend la serrure, les verrous, les gonds, qui étaient restés fixés sur la cendre, et les représente à la place exacte qu’ils oo/cupaient.
Les meubles en bois, sièges, lits, armoires, coffres, coffrets , etc. , nous ont préparé les mêmes surprises. Dans une des maisons de
LF, SORT DF, POMPf.l M9
Pompéi, que M. Fiorelli a convertie en musée,! on voit un coffre d’assez grande dimension qu’il a fait mouler et dont les charnières onlj été une révélation. Tout le monde sait qu’on ' a recueilli à Pompéi des milliers de cylindres en os, percés d’un ou de deux trous : les in- ■ ventaires les désignent comme des morceaux ‘ de flûte, et en vérité il fallait que les habitants | eussent une passion désordonnée pour\a musique, car l'on trouve de ces prétendus fragments de flûte dans chaque maison. Dans lesi tombeaux de 1a Grèce et de l’Italie, des cy- i lindres semblables, en ivoire ou en os, ont été souvent ramassés par les explorateurs, i qui se contentaient de dire : « morceaux de | flûte'. » Quelle n’a donc pas été la satis-^
1 . Dans les foaillcs les plus récentes, M. Fiorelli a retrouvé deux véritables flûtes, dont le mécanisme ingénieux
240 LE DHAWr. I) L VÉSL\E
' faction de M. Fiorelli lorsqu’on faisant bri-
I ser la carapace de cendres qui recouvrait le plâtre versé dans une cavité, il vit paraître
I l’enipreinte d’un grand coffre, et ajustées sur , le plâtre aussi exaclenient qu’elles l’avaient j été sur l’original, la serrure en fer et les I charnières en os, qui avaient mieux résisté
j que le Lois! Oui, les morceaux de flûte
étaient des charnières que les trous servaient à fixer ; si les tombeaux antiques en contiennent fréquemment, c’est que les objets précieux enterrés avec le mort étaient sénés 'dans des coffrets qui se sont réduits eu I poudre, tandis que les cylindres des chari nièces tombaient sur le sol et restaient sans explication.
, pcrmellait do i(Îj:)it le ion ot par conséquent le mode
de chaque morceau.
• LE SOIlT DE PUMPÉI
plus belle applicalioii du moulage au 1 mobilier pompéien est celle qui a permis î de reslituer un triclinium antique. Les lits « sur lesquels les convives étaient couchés, ont été montés, refaits, exposés au musée • de Naples, Les ornements de bronze, les incrustations , la couleur même qui était restée adhérente à la cendre pendant que ' le bois s’en allait en poussière, ont fourni les éléments de la restiuration la plus char-
mante. La forme simple et logique, le ren - 1 llement du dossier pour recevoir le matelas, ce dossier n’existaiit que sur lesi deux faces du triple lit, la décoration oon- ; centrée également sur les parties apparentes : parce qu’elle était inutile du cùté du mur, j l’ingénieuse disposition des reliefs en bronze, j l’opposition de la couleur rouge dont le bois j était revêtu et des bandes d’argent, unies
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lüur à lonr el ornées, qui couvraient les antjles de la menuiserie et en faisaient ressortir les moulures, toui a un caractère de nouveauté qui fait désirer que les révélations sur le mobilier des anciens soient poussées plus loin.
Mallieurcusement Pompéi n’est pas le lieu le plus favorable aux études de ce genre.
D’abord la ville a été dépouillée par ses babitanls, qui ont évidemment retiré la plus grande partie de leurs meubles. Ensuite les pierres ponces qui couvrent et entourent tous les objets posés sur le sol sont rebelles au moulage, ou donnent des empreintes très-imparfaites. Ce n’est que par exception, lorsque la cendre fine a pénétré dans une chambre bien close, ou lorsque les gens sont allés mourir au-de.ssus de la couche de pierres ponces, que l’on peut
Ui SOHT DF, DOMI'Él Ï43
mouler objets et cadavres. Les deux cinquièmes de la cité antique sont aujourd’hui déblayés : l’agora grecque, le forum impérial, les théâtres, l'amphithéâtre, la basilique, les curies, les temples, les bains, las plus beaux quartiers, les demeures les plus riches; c’est que ce qu’il y a d’important semble avoir été découvert. Désormais tout parait connu d’avance , les maisons se ressemblent, les peintures se répètent; runiforrnilé du style est inévitable dans une cité reconstruite d’un seul effort, à la même époque, par suite du même désastre. Si le gouvernement italien veut rendre à la science un service insigne et mettre M. Fiorelli à même de multiplier d’infaillible’s découvertes, il est temps qu’il abandonne Pompéi pour concentrer toutes ses ressources sur une ville où les résul-
LK hilAMK bt VESUViC
lais sont certains. Celle ville, c’esl Herculanuin. Je sais quelle défiance accueillera une telle proposition, quelles objections sont toutes prêtes : c’esl pourquoi, avant de développer un plan, il est nécessaire de réfuter les' préjugés populaires, de procéder régulièrement par démonstration, et de rassembler les détails propres à nous éclairer sur riiisloire, le sort et l’état actuel d’Herculanum.
HEnCULANÜM
Herculanum était située entré Naples et
Pornpéi, exactement au milieu de ce beau
golfe que les Grecs comparaient à un vaste cratère. Elle était exposée également à toutes les brises qui soufflaient de la pleine mer pendant l’été ; on y avait la vue la plus magnifique; la terre végétale y était profonde et fertile, deux rivières coulaient de chaque côté de la ville ; c’était un lieu
plein de douceur, fait pour les oisifs qui voulaient jouir d’un perpétuel enchantemen!.
Les Osques, qui s’y étaient d’abord établis, avaient été dépossédés par les Étrusques de Capoue ; les Étrusques, à leur tour, avaient été remplacés par les Grecs. On dit même qu’Herculanum devint l’asile de la plupart des colons grecs qui furent chassés des villes de l’Italie méridionale ; ils s’y établirent fortement , en assez grand nombre pour s’y faire respecter, ou plutôt avec le consentement de la confédération samnite, qui avait reconquis ses côtes et ne redoutait plus les débris d’une race qu’elle avait vaincue. Le nom à’Herculanum n’est en effet que la traduction latine du nom grec lléiack'iou , et l’on sait que le premier magistrat de la ville s’appelait démarque , comme chez les Grecs, et non meddixlue-
HERCIJLANl' M
tiens, comme chez les Osqiies cl à Pompéi. Quelques historiens ont môme supposé qu’HercuIanum, à cause du nombre, de la délicatesse et de la richesse de ses habitants, était la troisième ville de la Campanie, après Naples et Capoue.
Les Romains la soumirent et la reprirent de nouveau après la révolte générale qu’on appelle la guerre des alliés : ils y envoyèrent une colonie, s’ils n’y tinrent pas garnison, car Strahon l’appelle une place forte ' , et nous voyons que sous l’empire les soldats de la flotte étaient casernés à Rétina, qui n’était que le port d’Herenlanum.
Dans tous les cas, ce pays devint un lieu de plaisance pour les Romains ; ils étaient près de Naples, ils subissaient l’attrait du
1 < 1 > oOfiov, liv. V, |>, 37S.
2«R LE DHAME Dl' VÉStVE
génie grec et de l’idéal que le génie grec répandait sur la vie matérielle; ils y bâtissaient des vibas, les Fabius en avaient une, les Balbus une autre, et lorsque Agrippine p)risonnière voulut être amenée à Caprée pour parler à Tibère, les prétoriens la laissèrent reposer dans une villa, voisine de la mer, que snn fds Caligula fit saccager plus tard et dont Sénèque signale les ruines.
Ainsi l’histoire établit déjà des différences ' profondes entre Herculanum cl Pompéi : la première est peuplée par des Grecs, la seconde par des Osques ; Herculanum est adonnée à la culture de l’esprit et aux élégants loisirs, Pompéi appartient tout entière au commerce; l’iine est habitée par les plus riches Romains et accablée de faveurs ’,
I . Les inscriptions cl les statues consacrées i toute la famille des Balbus en Tonl fui.
HKRCCLAMM Î4Ü
l’aulrc esl hostile aux Homains el plusieurs
fois châtiée. On doit sou[ çonner qu’Heicu-
lanuin a servi de modèle à Pompéi dans
bien des détails de la civilisation, on peut
aflirmer que Pompéi n’a rien appris aux
Grecs d’Herculanum. Enfin le tremblement
de terre qui fut si fatal à Pompéi, sous
Néron, n’endommagea qu’à moitié Hercu-
lanum, de sorte qu’une partie des édifices
antérieurs à l’empire et des maisons d’un
style plus ancien , c’est-à-dire d’un goût
plus pur, doit avoir été conservée; on en
peut juger déjà par la beauté des objets
recueillis à Herculanum, on en jugera mieux
quand la ville elle-même reparaîtra au jour.
Quel fut le sort d’Herculanum pendant l'éruption? quels phénomènes particuliers se manifestèrent de ce côté du Vésuve?
quelles causes firent disparaître subitement
eso LK üitAMK DI’ vÉsi:vr.
de la surface du monde habité une ville florissante? Je crois l’avoir démontré, l]eiifouissejnent de Pompéi fut si incomplet <|u’après quelques jours les habitants purent reconnaître leur demeures, y camper et les fouiller; llerculanum, au contraire, fut si profondément enterrée que le lendemain il semblait impossible d’en retrouver môme la trace. Dés que ces questions sont posées, tout le monde répond aussitôt avec assurance : la lave a fait tout 1e mal, llerculanum a été engloutie sous 80 pieds de lave. Si les objets d’art, les bronzes, les tableaux , ont été merveilleusement conservés, c’est qu’ils avaient pour cuirasse contre les injures du temps une couche de lave impénétrable, qu’il faut tailler au ciseau. Cette explication séduit. L’imagination se figure aussitôt des fleuves de feu enva-
hissaril la ville, montant comme la mer soulevée par le llux , pénétrant par les portes et par les fenêtres, entourant toutes choses et les modelant, se refroidissant à mesure, gardant pour la postérité des trésors que la postérité devra chèrement conquérir, mais qu’elle retrouvera intacts.
Telle est, en effet, l’opinion répandue dans toute l’Europe et même à Naples; la plupart des voyageurs ([ui ont visité Herculanura affirment qu’ils ont touché la lave de leurs mains, et plus d’un touriste, dans les volumes qu’il publie sur les villes du Vésuve, assure avec la même confiance que* la difficulté de tailler la lave est le principal obstacle aux fouilles d’Herculanum. Comment donc oser dire à des gens si convaincus que c’est non pas le feu qui a englouti Ilerculanum, mais l’eau ; que c’est non pas un torrent de lave ardente, mais une inon-
ï'.i LE DI1A.ME DL’ VÉSUVE
dation de bouc et de cendres délayées qui a rempli la ville? Comment détruire un préjugé si fortement enraciné, que les ouvrages des géologues et des savants n’ont pu l’ébranler? En vain Dufrénoy a démontré ' que les eaux seules avaient porté sur Herculanum des monceaux de scories et de débris du tuf de la Somma; en vain Dyer \ Overbeck’, Ernest Breton \ etc., ont avancé dans diverses langues que les cendres seules, délayées par l’eau, durcies par le tassement, recouvraient
1. Mémoire sur les Terrains volcan itjues des environs de Naples,
2. Pompéi, 2* 6, lit., p. 18 : « Il does not appear lhal any lava Ilowed froni ilio Vesuvius ; pjocied maltcr confisled of rocks, pumice and ashes wliicli seem lo hâve bccii parüy changed inlo liquid mud by torrents of rain. >
3. Powpt‘ji, in seinen OebaUden, Allerlhüwem, n s.w., l. 1", 2‘- édit., p. 29.
4. Pompeia, 3" édii., p. 305 : • Herculanum dans son liuceul de cendres pétrifiées. »
Herculanum : on ne les a point écoulés, et l’on continue à maudire les laves qui rendent les fouilles si dispendieuses et si difficiles.
Tout le monde sait cependant quelle est la nature de la lave et quels en sont les effets. La lave est une'masse incandescente dont la température est telle que tous les corps susceptibles d’entrer en fusion y sont absorbés et liquéfiés ; poussée hors des fissures du cratère par une force irrésistible de dilatation, cette masse s’avance comme un fleuve de feu et dévore tout sur son passage ; lente à se refroidir, elle devient aussi dure que du mâchefer et du porphyre. Or je fais appel aux souvenirs de tous ceux qui ont fait l’ascension du Vésuve pendant ces coulées de lave qui suivent une éruption et durent [dusieurs semaines ou même plusieurs mois. Ce qui se passe aujourd’hui doit nous édifier sur ce qui se serait passé il
3M LE DRAM'-: Dli VftSl'VE
y a dix-huit siècles; il suffit d’appliquer à ses souvenirs un peu de réflexion et de bon sens.
Par exemple, nous avons vu de très-faibles coulées, déjà éloignées de l’orifice d’émission et refroidies par le contact de l’air et du sol, entourer des maisons de campagne, les calciner, les faire écrouler par l’einbraseinent subit des planchers et des toits. Comment les statues de marbre et les stucs d’Hcrculanum, si la lave les a enveloppés, sont-ils demeurés intacts, avec leur ton primitif, sans éclats ni fissures? Nous avons vu les métaux entrer en fusion au premier contact et disparaître dans cette pâte, rouge et visqueuse comme de la fonte de fer ou le verre sortant de la fournaise. Comment les objets d’argent, les statues de bronze, les vases de plomb, se retrouvent-ils à llerculanum avec leur forme, leurs reliefs, leurs ornements, leur patine naturelle? Les
lIKUCULAMM JM
bronzes d’Herciilanum sont encore mieux conservés que ceux de Poinpéi : on les distingue par leur fraîcheur d'épiderme, leur poli, leur ton égal et foncé, tandis que les bronzes de Pompéi ont été attaqués par les exhalaisons ' sulfureuses, rongés à la surface, et ont contracté une belle couleur bleue d’outremer qui j ressemble à celle du sulfate de cuivre. ’
D’autres faits du même genre ne sont pas moins inexplicables. Les guides montrent aux étrangers une expérience qui dégénère bientôt en jeu : ils séparent avec un bâton ferré un petit morceau de lave ardente, le laissênl refroidir sur la terre et y appliquent un gros sou (jadis c’était un de ces larges carlins de cuivre qui valaient cinq sous), afin d’en obtenir une empreinte. Si l’opération est faite trop tôt, le cuivre entre en fusion, et la pièce de monnaie, au lieu de laisser son empreinte, dispa-
raît, amalgamée avec le reste de la lave.
ComiHcnt donc se peul-il qu’on recueille à nerculanum tant de monnaies antiques, de cuivre ou d’argent, et qu’elles n’aient été ni dévorées ni même altérées par ces flots de lave où se concentre une chaleur qui défie les calculs? On sait aussi que les couleurs employées par les anciens pour décorer leurs édifices sont des couleurs à base minérale :
elles bravent l’humidité du sol, mais le contact du feu les dénature ; les incendies partiels dont on voit les traces à Pompéi ont transformé par places le bleu en gris, le rouge en jaune, et les fabricants napolitains n’ignorent pas ce moyen très-simple de produire aujourd’hui, avec du minium soumis à l’action du feu” ce qu’ils appellent {[\i jaune brûlé. Pourquoi donc les maisons qu’on a fouillées à Ilerculanum offrent-elles des couleurs si admirables? Pour-
IIERCIILANUM
quoi le bleu d’oulremcr et le rouge vermillon ' qui couvrent des murailles entières sont-ils d’une égalité et d’une fraîcheur qu’eût nécessairement détruites l’application d’un corps incandescent? Enfin j’ai ati sur le Vésuve des arbres à peine touchés par la coulée de lave, s’enflammer comme des allumettes, lancer un jet lumineux et tomber aussi rapidement que si la foudre les avait frappés. Pourquoi les poutres, les planchers, les linteaux d’ilerculanum, au lieu d’ôtre réduits eu cendres, ont-ils pourri lentement au sein de la terre’, à leur place, sans causer de vides ni de dégâts? Pourquoi les retrouve-t-on noircis ainsi que des morceaux de chêne plongés dans la vase depuis
i . C’esi ainsi que les houilles, les anthrcicües cl les lignites sont des bois transtorrnds en charbon sans l’aide du feu, mais, au contraire, h la suite des ddluges et par l’effet d'un séjour prolongé au sein de la terre.