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des siècles, ainsi que les [)ilûlis des ponts, ainsi que les pieux des anciens quais de Carthage, ainsi que les bois roulés par le Jourdain et rejetés par la Mer-Morte après qu’elle les a saturés de chlorure de sodium? Pourquoi tout prouve-t-il qu’ils n’ont été décomposés que par l’effet du temps? Pourquoi le bois a-t-il gardé sa qualité et sa couleur dans les parties traversées par des vis et des clous, c’est-à-dire protégées contre l’humidité par l’oxyde de fer? Pourquoi recueille-t-on des manuscrits ’ écrits sur la moelle fibreuse d’un roseau, sur du papyrus, quand la lave aurait dû les dévorer
1 . llumpliry Davy, avait reçu à Londres quelques-uns de* manuscrits récemment découverts, pour les analyser et expérimenter les moyens de leur rendre leur qualité première. Il constata que ces papyrus a'av dent pas été carbonisés, c'est-à-dire mis en contact avec des corps incandescents, mais, au coutraire, noircis par l’humidité et la moisissure.
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et faire envoler leurs cendres comme celles de la feuille de papier que nous jetons sur un brasier? Pourquoi celte lave bénigne a-
t-elle respecté également les fruits, les noix,
les amandes, le linge, la soie, les mèches de lampe qu’on retrouve par centaines, et tant d’autres objets éminemment combustibles qui n’ont fait que noircir et qui disparaissent d’ordinaire sans laisser de traces dans le plus faible incendie?
Je pourrais pousser plus loin celle réfutation par l’absurde; les arguments iraient en se multipliant. C’est qu’en effet un peu de réflexion suffit pour démontrer que le feu n’a pu avoir aucune part dans la desti uclion d’Herculanum, et que si la lave, qui est le plus terrible agent de destruction après la foudre, y avait pénétré, on reconnaîtrait à peine quelques pierres noircies, des briques éclatées et des
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marbres réduits en chaux ; mais, pour aller plus vite au but, je dirai que, dans un récent voyage, j’ai examiné avec une attention particulière le sol d’IIerculanum, c’est-à-dire des
parties que les fouilles ont rendues accessibles. Je n’y ai pu découvrir un centimètre carré de lave ; tout est cendre, rien que cendre, et cette cendre a été durcie par trois causes : l’eau, le tassement, le temps. C’est précisément cette dureté, qu’il ne faut pas s’exagérer, qui a trompé les visiteurs, surtout dans les corridors souterrains qu’on a creusés pour explorer le théâtre. On descend par des escaliers où suintent les infiltrations des rues de Portici ; on entend sur sa tète le roulement des voitures; on traverse des tunnels que le frottement a rendus luisants; on voit sur les voûtes r^botei^es la fumée des torches déposée depuis un siècle ; on subit l’impression des ténèbres
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en même temps qu’on croit s’enfermer dans les entrailles de la terre. En un mot, ce voyage a quelque chose de fantastique qui frappe l’imagiiialion, et l’on a besoin d’être rassuré en se répétant que ces couloirs sont taillés dans la lave et à l’abri de tout éboulemcnt; mais, si l’on gratte cette prétendue lave avec l’ongle, on s’aperçoit qu’elle est friable, qu’elle cède, et que ce n’est que de la cendre durcie. Les guides montrent dana le plafond d’un de ces couloirs creusés assez régulièrement l’empreinte d’un masque humain. On admire cette solidité inaltérable d’une matière qui a moulé si bien les objets qu’elle enveloppait. Toutefois, si l’oii essaye avec un couteau d’entailler, non pas l’empreinte elle-même, mais les parties qui l’avoisinent , on reconnaît avec étonnement que rien n’est plus facile , et que^ce n’est encore que de la cendre durcie.
Une rue d'Herculanum, à l’extrémité de la ville, du côté de la mer, a été fouillée méthodiquement ; quelques maisons ont été nettoyées, la maison dite du Squclelle, la maison à'Argus, une auberge, des magasins, une prison d’esclaves, etc. ; tout est à ciel ouvert, et l’on s’y promène comme dans une rue de Pompéi. L’espace ainsi déblayé est de 3 à 4,000 mètres carrés, surface assez considérable pour des observtlions du genre de celles qui nous occupent en ce moment. Or l’on n’y trouvera aucun débris de lave, aucun indice de lave, aucun dégât produit par la lave. Au contraire, si l’on examine les terrains à pic qui entourent cet espace de quatre côtés, tout est cendre, il y a 10 et 12 mètres de cendres; ce n’est qu’à la partie supérieure qu’on aperçoit des charbons, des projectiles volcaniques, des couches diverses correspondant aux éruptions
modernes et séparées par des couches de terre végétale qui avaient eu le temps de se reformer entre chaque éruption. Chercliez les mon-, ceaux de déblais extraits de ces fouilles, étudiez-les; vous n’y verrez encore que de la cendre, rompue par la pioche aussi facilement que de l’argile ou de la pouzzolane.
Comment la cendre, dira-l-on, qui doit éu-e légère, pulvérulente, sans cohésion, aurait-elle acquis assez de dureté pour prendre des empreintes durables, former des voûtes résistantes et avoir des apparences de solidité si trompeuses qu’on l’ait prise pour de la lave?
L’exemple de Pompéi et des empreintes recueillies dans les caves de la maison de Diomède est déjà une réponse ; mais des analogies plus frappantes encore aident a comprendre cette force d’adhérence. J’ai déjà raconté la formation des bancs de pépérin dans les val-
lées du Monte-Cavo par l’accumulalion des cendres du volcan amalgamées avec les eaux.
Cet amalgame esl devenu tellement dur qu’il a fourni aux Romains des matériaux de construction. Les catacombes de Rome, qui ne sont autre chose qu’un tuf volcanique, c’est-à-dire des sables et des débris réduits en poudre, tassés par leur propre masse et par le temps, sont également friables, faciles à tailler, plus • faciles à dégrader, et cependant on y a creusé des couloirs, des voûtes, des plafonds, des escaliers, des tombeaux innombrables et jusqu’à cinq étages de souterrains les uns au-dessous des autres. 11 ne faut pas non plus oublier que la pouzzolane, qui donne un si excellent mortier hydraulique, était tirée primitivement de Püuzzoles, près du Vésuve. Enfin je rappellerai le grand autel d’Olympie, que décrit le voyageur Pausaiiias, et qui n’était formé que de la
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cendre des victimes brûlées en l’honneur de Jupiter. Après chaque sacrilice, les prêtres délayaient les cendres avec l’eau de l’Alphée, enduisaient l’autel et l’agrandissaient ainsi peu à peu, si bien qu’après dix siècles l’autel avait 125 pieds de circonférence et 22 de hauteur.
Quiconque, en effet, a vu jeter de l’eau dans sa cheminée, a pu juger de la ténacité de la cendre dès qu’elle est mêlée avec un liquide ; à plus forte raison les cendres volcaniques, dans la campagne de Rome, à Naples, à Santorin, sont-elles propres à la fabrication des mortiers .
Du reste, même quand ces explications ne satisferaient qu’à moitié le lecteur, les faits sont là, ils sont irrécusables. Je défie tout observateur attentif qui étudiera les parties d’Herculanum accessibles jusqu’à ce jour, d’y découvi'ir autre chose que de la cendre. Sur la sur-
face du sol actuel de Portici, qui est exhaussé en moyenne de 20 mètres, il pourra se faire qu’on signale des coulées de lave appartenant aux éruptions modernes, surtout du côté de Résina. Je ne puis affirmer non plus que dans un quartier inconnu d’Herculanum on ne constatera pas un jour la présence de la lave; mais comme il ne peut être question aujourd’hui 'que de ce que nous connaissons, c’est-à-dire des parties de la ville qui sont visibles ou explorées, je répète qu’on ne pourra trouver un centimètre de lave à Ilerculanum, et que tout y est cendre.
Le problème, c’est de savoir comment une telle masse de cendres a pu être concentrée sur la malheureuse eité, et, puisque l’eau a joué un rôle si terrible, d’où |)rovenait cette immense quantité d’eau.
Il est d’abord évident que les cendres ont été
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rejetées par le volcan ; d’après la nature du terrain ou les brèches produites à l’orifice du cratère, les pierres ponces étaient toutes rejetées du côté de Pornpéi et de Stabies, tandis que les cendres étaient portées sur Herculanutn. Peut-être convient-il de faire la part du vent qui séparait ces matières et des convulsions qui les lançaient inégalement. Ensuite il faut se rappeler que toute éruption très-violente est accompagnée de vapeur d’eau, pAvenant de la rencontre subite des nappes d’eau souterraines avec le feu. J’ai expliqué l’origine de ces nappes j’en ai montré les effets quand elles se précipitent dans le foyer d’éruption. De telles vapeurs, dont le volume et la force de dilatation dépassent tout calcul, sont refroidies aussitôt qu’elles sont en con-