‹ Le Drame du VésuveChapitre 40 sur 52 · LE COMMERCE D'APRÈS LES PEINTURES · texte numérisé non relu

LE COMMERCE D'APRÈS LES PEINTURES

villa décorée de peintures très-soignées et un tombeau. Autour d’un squelette de femme étaient rangés quatre-vingts vases de verre, qui contenaient encore des restes de couleurs ; dans un coin de la tombe étaient des débris d’une boîte de bois à poignée de cuivre, semblable à, nos boîtes de peintres. Il y avait dans cette boîte un vase de cristal de roche, un manche de couteau en bois de cèdre, un mortier d’albâtre pour broyer et délayer les couleurs, un pilon en forme de pouce, des couteaux à palette, etc. Une autre boîte en bronze était destinée aux couleurs. Je renvoie à la publication de M. Filhon, pour les détails de cette intéressante découverte; de môme que je crois inutile de reproduire les descriptions antérieures des archéologues sur deux caricatures célèbres de Pompéi, qui représentent l’atelier d’un peintre, avec le modèle, le chevalet, le

broyeur de couleurs, l’élève qui travaille sur ses genoux. On a vu ces spirituelles pochades reproduites dans la plupart des ouvrages qui ont traité de Pompéi.

Je voudrais ajouter aux renseignements sur l’industrie et le commerce tirés des peintures antiques, ceux que m’a fournis l’élude des boutiques mêmes de Pompéi. Ce complément me parait utile et fera l’objet d’un dernier chapitre.

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J'ai décril les peintures antiques qui nous faisaient connaîlrc les détails du commerce et de l’industrie au premier siècle de notre ère. Les boutiques de Pompéi contiennent des enseignements d’un autre genre qui ont aussi leur intérêt et leur précision. C’est de l’histüire familière , racontée par les monuments eux-mémes , c’est-à-dire prise sur le vif.

Ce i|iii frappe d’abord à Pompéi, c'est

qu’il y a des boutiques partout. Comme à Uonie, c’était une source de revenus, et les plus riclics propriétaires ne négligeaient point de bâtir, sur les quatre rues qui déterminaient leur îlot de terrain, des boutiques qu’ils multipliaient autant qu’il était possible. Les ruines qu’on a découvertes sous l’église de Saintc-Anastasic, à Rome, au-dessous du Palatin, laissent même supposer que les empereurs faisaient cette spéculation. Les propriétaires des maisons de Poinpéi étaient d’ailleurs presque tous des marchands. Les plus belles maisons sont flanquées de boutiques à droite et à gauche de la porte d’entrée , et les boutiques communiquent directement, soit avec l’atrium, soit avec le couloir qui mène de la porte à l’atrium.

Ces boutiques, plus spacieuses que les autres, servaient donc au propriétaire : il y vendait

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des objets propres à son commerce ; il y avait son comptoir, si c’était un changeur ou un banquier (le coffre-fort était dans le fond de l’atrium, scellé sur le sol ) ' ; ü y exposait un choix de marchandises s’il faisait trafic d’étoffes, de tapis, de cordages, d’agrès, etc. ; enfin, ses esclaves ou son portier {dispensator) y vendaient son huile, son vin, son blé, ses fruits, s’il était un propriétaire rural, vivant de ses produits, comme certains propriétaires de Florence font vendre leur vin par leur portier.

Ce qui frappe surtout, c’est que presque tous les habitants de Porapéi exerçaient une indus-

1. On a trouvé plusieurs de ces colTrcs-forls, garnis de bandes de fer et de clous comme les nôtres, fixés par une barre do fer scellée dans le sol ; cette barre jiénéirail par un trou ménagé dans le fond du coffre ; le coffre étant ouvert, on passait dans l’orifice qui terminait la barre de fer une traverse qui la retenait et empêchait d'enlever le ooffre-fort.

LE DHAME DU Vh^SUVE

trie, soit par eux-mêmes, soit par leurs affran-, chis, soit par leurs esclaves. On conçoit l’exclamation naïve de ce Pompéien qui a fait encastrer en mosaïque dans le dallage de son atrium l’inscription suivante : « Salut, gain »

SALVE, LVCHV.

Tout le monde a présentes à l’esprit les dispositions si élémentaires d’une boutique de Pompéi. C’est une ouverture presque égale à la distance des deux murs qui déterminent la largeur de la boutique. Le jour, cette vaste baie est ouverte aux passants; la nuit, elle est close par des volets épais en bois qui se glissent dans une rainure ménagée par l’architecte sur le sol. Ces clôtures ont été rongées par le temps et l’humidité ; mais elles ont laissé leur empreinte sur les cendres du Vésuve qui les ont ensevelies. M. Fiorelli a fait couler du plâtre dans les moules naturels ou bons-creux que

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