‹ Le drame du Vésuve par m. BeuléChapitre 13 sur 34 · Campi Phlcgrifi, p. (i · texte numérisé non relu

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pêcheurs qui se risquaient à s’approcher sur leurs barques et par les messagers qui, sur la terre ferme, . n’osaient pousser trop loin leurs explorations. Après ces délais, les Pompéiens qui avaient échappé à la mort voulurent évidemment revoir les lieux d’où ils avaient emporté de si tragiques souvenirs, mais où ils avaient laissé tout ce qui était nécessaire à la vie. Les hommes partirent seuls, comme il était naturel, confiant à leurs hôtes les femmes et les enfants. Us retrouvèrent leur ville, mais dans quel état! La plupart des maisons étaient restées debout; celles qui s’étaient écroulées étaient déjà ensevelies; douze pieds de pierres ponces et trois pieds de cendres recouvraient uniformément le sol. Les champs et les jardins n’existaient. plus : la place en était marquée par un tapis grisâtre d’où sortaient

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la pointe des arbustes étouffés et les branches des grands arbres, dépouillées de leurs feuilles avant la saison. Les maisons plus petites étaient enterrées jusqu’au toit; mais toutes celles qui avaient un étage (c’était l’immense majorité) et qui avaient résisté aux secousses du tremblement de terre, étaient facilement accessibles. Les rues existaient toujours, le niveau seul en était déplacé. Les rez-de-chaussée, les boutiques, les entre-sols avaient disparu; les étages supérieurs, les balcons, les terrasses, formaient la bordure à droite et à gauche et étaient devenus des rez-de-chaussée : on y entrait de plain-pied par les fenêtres.

Après les douleurs du retour et les premières impressions d’un pareil spectacle, il

fallut s’établir sur des ruines. Plus d’un toit

s’était effondré, mais beaucoup d’autres pou-

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valent servir d’abri; Les chambres voûtées avaient mieux résisté; les terrasses, faciles à balayer, offraient un lieu de campement.

On attendit les nouvelles de Rome. Que fera l’empereur? C’était l’idée qui venait à tous les esprits sous l’empire. Or l’empereur était Titus, si doux et si prodigue depuis qu’il régnait seul et se sentait seul responsable de l’amour ou de la haine des hommes. Titus, en effet, fut érnu par le récit d’un événement inouï. Il envoya aussitôt, avec des pouvoirs étendus et* de l’or, des personnages considérables, qui avaient rempli les fonctions de consul. Par malheur, un incendie éclata peu de temps après et dévora les plus beaux quartiers de Rome; la peste survint, qui ravagea la capitale du monde. Dès lors toutes les ressources du trésor et toute l’attention de l’empereur

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furent absorbées, et Pompéi oubliée. Un édit impérial permit d’appliquer au déblai des villes du Vésuve les biens de ceux qui étaient morts sans héritiers; en outre * les habitants furent déclarés exempts d’impôts pour un certain nombre d’années. Le fisc ne pouvait faire d’autres sacrifices.

Que devinrent les Pompéiens , livrés à eux-mémes avec ces encouragements que la fortune rendait dérisoires? C’est ici que le témoignage de l’archéologie est précieux, parce que l’histoire nous laisse dans une ignorance absolue. Or l’archéologie montre, par des traces irrécusables, que les Pompéiens employèrent un certain temps, non pas à déblayer leur ville, mais à la fouiller. Chacun était chez soi, du moins chacun de ceux qui étaient revenus; chacun, logé à l’étage supérieur, conduisant ses esclaves

et des manœuvres qui furent expédiés de toutes parts, put pénétrer, en creusant la cendre, dans son rez-de-chaussée et y rechercher les meubles, les ustensiles, les vêtements, les objets précieux qu’il y savait enfouis. Le souvenir des lieux était trop frais pour qu’on ne se dirigeât pas à coup sûr. Quel propriétaire aurait oublié remplacement de son triclinium, de la table de bronze incrustée d’argent, des candélabres bien ciselés, de l’argenterie, ou celui du salon avec ses riches ornements , ou celui de la bibliothèque avec ses rouleaux de papyrus rangés dans des boîtes de métal, ou les chambres dont les armoires étaient pleines d’étoffes, de parures, de tapis, ou les magasins garnis de provisions et de denrées protégées par les flancs épais des tonneaux en terre cuite et des jarres?

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Les preuves de l’aclivité de ces fouilles abondent.

On ne remarque pas assez, lorsqu’on visite Pompéi, que les murs qui séparent certaines chambres des chambres voisines sont percés d’un trou irrégulier, fait à la hâte, et assez grand pour laisser passer un homme. Afin d’abréger leur travail , les Pompéiens pénétraient ainsi d’une pièce dans une autre; au lieu de déblayer les portes, les corridors, les portiques, pour aller d’appartement en appariement, ils faisaient comme les voleurs grecs, qu’on appelait perceurs de murailles (Toiy/opOyoi). A mesure qu’une salle était visitée, ils pratiquaient un trou dans le mur de la salle contiguë et la dépouillaient à son tour. Les modernes qui fouillent Pompéi savent bien, lorsqu’ils aperçoivent un mur ainsi troué.

(}u’ils n’onl rien à espérer en enlevant les cendres;, ils les enlèvent pour suivre le plan tracé, et ne recueillent en effet que des débris sans importance. Au contraire, si les murs sont intacts, c’est-à-dire si le propriétaire a péri ou n’a pas jugé bon de revenir, les découvertes sont presque certaines. Les seules pièces que les propriétaires aient presque toujours négligé de visiter sont les celliers et les cuisines;- c’est pourquoi les amphores, les vases de terre ^ cuite, les casseroles, les poêlons, les chaudières de cuivre^ dédaignés parce qu’ils avaient peu de valeur, figurent en si grand nombre au musée de Naples. Quant aux lampes d’argile et de bronze, emportées de tous côtés pour conjurer les ténèbres qui avaient duré plusieurs jours, on savait ne plus les retrouver à leur place habituelle.

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Au mois de janvier 1870, J’assistais au déblai de plusieurs chambres percées de la sorte. Quoiqu’elles fussent richement décorées, on n’y a rien trouvé, tandis que dans un corridor voisin qui n’avait point attiré l’attention des Pompéiens, parce que d’ordinaire un corridor ne sert que de passage , on a vu reparaître des vases de bronze , des amphores avec des inscriptions, des objets en verre, un sac de monnaies, que le possesseur y avait serrés à la hâte et qu’il n’a jamais pu reprendre, car son * squelette a été recueilli dans une autre partie de la maison.

Les modernes se tigurent Porapéi enfouie à une profondeur exagérée. Sept mètres seulement recouvrent le sol antique, et encore, sur ces sept mètres, deux ont-ils été déposés par les éruptions postérieures à l’an 7 9 : donc

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en l’an 7 9, cinq mètres de cendres ne pouvaient suffire pour cacher aux Pompéiens les emplacements et les détails de leurs habitations, émergeant comme du milieu d’un manteau de neige. Qu’on s’imagine une petite ville de France d’où les habitants ont été chassés par une inondation : les eaux retirées, ils sont revenus, et trouvent tout enseveli sous quinze pieds de sable et de limon. Les rez-dechaussée sont invisibles, on se promène à la hauteur des fenêtres du premier étage ; mais aucun habitant n’est embarrassé pour retrouver sa demeure et marquer les yeux fermés les places où il faut creuser pour retirer chaque meuble et chaque objet précieux. La même chose est arrivée à Pompéi ; seulement la pierre ponce et la cendre n’avaient rien gâté,, et les remuer était un jeu.

A mesure, que les citoyens opulents et les

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marchands avaient reconquis leurs richesses, ils les emportaient ; ils fuyaient celle terre inhospitalière qui ne pouvait ni nourrir ses habitants, ni môme reverdir; ils comptaient sur leur industrie, sur leurs relations commerciales, sur leurs amis, pour s’établir dans les pays voisins ; ceux qui vivaient du travail de leurs esclaves les emmenaient avec eux, et savaient qu’ils en tireraient partout un bon revenu. Les pauvres, qui n’avaient ni correspondants, ni amis, ni esclaves, craignaient de s’éloigner; d’ailleurs l’attachement au sol natal est si grand dans tous les temps, qu’on

voit les villes détruites par des fléaux constants se relever à la inôme place. C’est ainsi que Portici s’étend au-dessus d’Herculanum, et que Torre dell’ Annunziata, onze fois brûlée par les courants de lave, a été onze fois rebâtie ; on y a même ajouté une poudrière. Un

certain nombre de citoyens s’unirent donc pour refaire une autre Pompéi, profiter des immunités que leur assurait le fisc impérial, et fouiller à l’aise les maisons sans maîtres que l’édit de Titus leur abandonnait. Le municipe possédait plus haut, sur le Vésuve, un territoire que la cendre n’avait point atteint cl qu’on pouvait labourer. Protégés par les magistrats romains, aidés par les curateurs que l’empereur avait envoyés, ces Pompéiens fondèrent une nouvelle ville, plus chétive, située au nord de l’ancienne. M. Fiorelli a signalé les ruines de celle quatrième Pompéi’, et M. Ernest Breton* nous avertit qu’elles ont

1. Giornale degli Scaui di Pompei, 186J, p. 67. Les trois Pompéi qui ont précédé sont : 1° la ville des temps antéhistoriques que je suppose ensevelie sôus 1ns premières éruptions, 2® la ville renversée en 6 3 par un tremblement de terre, 3® la ville qui nous a été conservée par l’éruption de l'an 7 9.

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été reconnues entre Boscd réale et Bosco tre Case * . Il paraît, en effet, qii’on a découvert en ce lieu des ruines trop considérables pour être celles d’une villa ; on aurait dit un gros bourg fait à la hâte, avec des matériaui trèsdivers, sans art, à une époque de décadence.

Par un contraste singulier, les objets en marbre et en bronze, les lampes et les ustensiles qu’on recueillait dans le même lieu, avaient une élégance et un style bien supérieurs, qui rappelaient le premier siècle de notre ère. On s’explique cette opposition, si l’on admet que la mauvaise architecture est le fait de pauvres gens qui ont réédifié et entretenu jusqu’au Bas- Empire leur humble cité, et que les belles sculptures, les meubles, les œuvres d’art, provenaient des fouilles de l’ancienne ville.

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