‹ Le drame du Vésuve par m. BeuléChapitre 31 sur 34 · LES BOUTIQUES DE POMPÊI 34S · texte numérisé non relu

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taux précieux, etc. Les habitants de Pompéi, lorsqu’ils sont venus fouiller les cendres sur remplacement de leurs maisons, dont les terrasses et les toits sortaient du sol, ont emporté

surtout ce genre de richesse, aussi bien que les tableaux, les mosaïques mobiles, l’ivoire, les statuettes. Ils n’ont recherché ni le savon, ni les couleurs au fond de la cuve, ni les pains desséchés dans le four, ni les légumes pourris dans le cellier. En un mot, ils nous ont laissé ce qui était peu digne de coûteuses recherches ; ils ont retiré tout ce qui avait plus de valeur. Si quelques boutiques ont été négligées, c’est que leurs propriétaires étaient morts, soit asphyxiés sur place, soit foudroyés - dans leur fuite par le gaz acide carbonique qui s’échappait du sol. C’est ainsi que dans une boutique attenant à la maison du poète tragique, on a recueilli deux colliers d’or, des

bracelets, quatre boucles d’oreilles, des anneaux pesants, et des squelettes. Évidemment ces malheureux avaient rassemblé leurs bijoux pour les emporter : mais nous ne sommes pas dans la boutique d’un joaillier, qui serait ou mieux garnie ou absolument dégarnie.

Enfin , pour compléter l’aspect des rues commerçantes, il faut se figurer les auvents, les branchages de laurier, de chêne vert et d’oranger, les guirlandes mêlées de fleurs *. Les boutiques de Portici et de Résina, surtout celles des marchands de fruits, sont encore ornées de cette façon. Il faut imaginer les toiles tendues d’un côté de la rue à l’autre, les peintures qui brillaient partout et qui égayaient le fond même des petites boutiques, toute la menuiserie extérieure rehaussée des tons les plus

1. L’tiptottuvii des arcicnf, figi ïf'e sur IcF TTOnnaics d'A ihènes.

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vifs ; les comptoirs en plein vent des marchands d’eau à Naples {aquaioli) en conservent la tradition. Il faut ajouter, pour l’éclat du coup d’oeil, les étalages faits^i la porte et jusqu’en pleine rue, comme à Séville, comme à Gênes, et surtout comme au Caire et à Tunis; les étoffes brillantes, la gaze transparente, les tapis, les armes, etc., suspendus sous la main des passants. Les rues marchandes sont un mélange d’obscurité et de fraîcheur, de mollesse et d’activité. ^De toutes parts les eaux des petites fontaines courent le long des ruisseaux à la pente rapide. Les marchands sont assis sur le seuil ; les femmes, les oisifs, les esclaves causent avec eux ; les costumes eux-mêmes sont variés : l’Alexandrin et l'Africain se mêlent aux Osques et aux Latins ; les esclaves syriens coudoient les esclaves grecs. A travers les portes des maisons qu’une grille

légère ferme seule pendant le jour, on voit les atria, avec leurs colonnes frappées obliquement par le soleil, le jet d’eau babillard, les fleurs qui croissent auprès de la table de marbre, le chien qui sommeille. Pompéi me reporte malgré moi en 'Orient, pendant les ardeurs de l’été. J’y retrouve les mêmes oppositions d’ombre et de lumière; la vie m’y apparaît avec les impressions si diverses du , commerce et de l’indolence, de la chaleur et des précautions pour l’adoucir, du luxe et de la simplicité. Le soleil, la beauté, la couleur rehaussent les détails vulgaires : les bazars de l’Orient en sont, j’en suis sûr, l’image la plus juste et la véritable tradition.

Il résulte des observations qui précèdent que deux choses sont également difficiles à deviner, d’abord quel était le nom du propriétaire ou du locataire de la boutique, ensuite quelle était

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son industrie. Heureusement, il y a des exceptions. Par exemple, à l’angle de la voie Stationne et en face de la maison de M. Epidius Sabinus, on a déblayé le 9 décembre 1853 une boutique qui contenait divers objets, deux sonnettes, un anneau d’argent, une garniture de meubles incrustée d’argent et gravée, un vase de bronze, quelques terres cuites et une lampe à deux becs ; une des chaînes qui servaient à suspendre cette lampe portant sur une plaque l’inscription suivante : divni

puocvLi. Quelle était la nature du commerce de Junius Proculus? rien ne le laisse soupçonner.

Il n’en est pas de même de la boutique de Nonius Campanus, située à l’angle de la rue des Thermes, pavée de briques et de

t. Fiortlli, Uistor, Pompeian. II, p. 887.

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(»eiils morceaux de marbre, revêtue d'un enduit blanc sur lequel tranchent des lignes rouges tirées par le peintre. Sur un mur , on lit en belles lettres tracées à la pointe , les noms et qualités de M. Nonius Campanus, ancien soldat, propriétaire de la boutique où des 'esclaves travaillaient pour lui. Ces esclaves étaient des corroycurs ou pelletiers ainsi que le prouvent deux tranchets à lames recourbées, propres à tailler le cuir, neuf autres tranchets à manches de fer, des crocs pour tendre les peaux, un marteau, une hachette, des tenailles, etc. On a remarqué encore les restes d’un banc de bois , une plaque de travertin sur laquelle on battait et assouplissait les cuirs , deux petites chaînes de bronze, le fléau d’une balance, des ser-

). Fiorclli, Giormle deqli Scavi, 1862.

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rures, des ornements d’os et de métal qui avaient revêtu un coffre de bois, des monnaies, quelques vases de terre, une ampoule en verre. Sur le mur, au-dessous de l’inscri[ition tracée par la main du soldat Nonius, on lit en lettres cursives Scaura Angipia audit hic buaria ' : « Scaura Angipta » (peut-être faudrait-il lire Scaura l’Égyptienne) a a cousu ici des peaux de bœuf. » C’est ainsi qu’on trouve parmi les inscriptions funéraires de Rome une certaine Julia Tananea qui prend le titre de sutrix Augustæ, « cordonnière de Livie. »

Après l’industrie du pelletier, nous rencontrons celle du marchand de couleurs {pigmentariua). Le 16 avril 1836, les explorateurs de Pompéi ont déblayé une boutique pavée de briques ; les murs étaient blancs. Ils y ont re-

I. Sudit est pour s«n. L’orlhograplic de ces graffiti est souvent fort peu édifiante.

cueilli deux amphores, des coupes, des vases avec leur couvercle , beaucoup de couleur blanche, rouge et verte ; un couteau de fer, un disque de marbre noir, un de marbre blanc, un petit fermoir en os, une tessère ronde avec l’inscription iov.a.x, enfin un gros morcéau de bitume.

Les trous d’un escalier en bois et d’un plancher indiquent nettement l’entre-sol. Cet entre-sol est consumé, on y a trouvé un squelette avec deux pièces de monnaie , quatre vases, deux fourneaux , deux lampes , sept charnières en os qui appartenaient à un coffre, de gros morceaux de couleur rouge et de couleur bleue. Le marchand de couleurs s’était réfugié dans son entre-sol et y avait été asphyxié.

Le teinturier {offector) vient après le marchand de couleurs. Une inscription électorale

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