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LA FRAINC-MAÇONNERIE EST OBLIGEE DE MENTIR

De ce que nous avons constaté dans le chapitre précédent, il nous faut conclure que la Franc-Maçonnerie est, de par son principe constitutif même, inexorablement condamnée au mensonge. Nous pouvons l'affirmer a priori^ sans crainte de nous tromper, avant même de connaître les déclarations et les actes maçonniques.

Il faut, en effet, toujours proposer un but aux êtres humains qu'on désire grouper. Or, comment pourront bien s'y prendre les fondateurs d'une société pour recruter des adhérents s'ils ne veulent pas dire ce en vue de quoi ils constituent cette société? Ils n'ont qu'un seul moyen à leur disposition. Dès lors qu'ils refusent de faire connaître leur vrai but, il faudra nécessairement qu'ils en proposent un faux. Ils seront donc dans la nécessité de mentir. C'est là une de ces déductions contre lesquelles il n'y a pas d'arguments.

Nous allons voir qu'il en est bien ainsi pour la

Franc-Maçonnerie. Nous n'aurons pour cela qu'à la regarder telle qu'elle est, et à écouter en même temps ce qu'elle nous dit d'elle-même.

LA FRANC-MAÇONNERIE DES PAYS PROTESTANTS ET CELLE DES PAYS CATHOLIQUES.

Nous sommes tout d'abord frappés des figures diverses sous lesquelles cette société se présente dans les différents pays.

C'est, par exemple, un propos courant et presque banal que de dire qu'en Angleterre, en Amérique, en Allemagne, la Maçonnerie n'est pas du tout ce qu'elle est en France. Dans ces trois pays et dans d'autres, on la voit religieuse, conservatrice, traditionaliste, patriote. Il en va tout autrement dans la Maçonnerie française actuelle.

Ces différences dans la manière d'être des maçonneries des différents pays sont-elles dues au hasard? Non ; car en établissant les rapprochements nécessaires, on s'aperçoit qu'elles correspondent toujours à une circonstance déterminée. En effet, la Franc- Maçonnerie s'est montrée jusqu'ici à peu près la même dans tous les pays protestants, et à peu près la même dans tous les pays catholiques.

C'est dans les premiers qu'elle est religieuse, conservatrice, traditionaliste et patriote. Le fait a été cent fois constaté. Il est pour ainsi dire de notoriété publique, et même il n'a pas peu contribué à ce que bien des idées fausses soient répandues sur l'institution maçonnique. Nous aurons à nous rendre compte

plus tard de la raison à laquelle est due cette particularité.

Au contraire, il est maintenant reconnu par les francs-maçons eux-mêmes que la Franc-Maçonnerie est résolument antireligieuse dans les pays catholiques. Ils l'ont nié longtemps. Ils ne le nient plus maintenant.

Nous pourrions ajouter que, dans ces pays-là, la Franc-Maçonnerie n'est pas seulement antireligieuse, mais qu'elle est aussi révolutionnaire et destructrice au point de vue politique et social. Cela, les intéressés le nient encore, comme ils ont nié, tant qu'ils ont cru y avoir intérêt, le caractère antireligieux. Peutêtre l'avoueront-ils un jour. En attendant, c'est prouvé par les brochures de propagande qui sont répandues dans les loges françaises et distribuées par les membres de celles-ci dans le monde profane.

En Autriche, c'est un fait avéré que la Franc- Maçonnerie poursuit la destruction de la monarchie catholique des Habsbourg, après lui avoir arraché la suprématie sur l'Allemagne qu'elle a attribuée à la famille protestante des Hohenzollern. C'est là un point d'histoire maintenant connu, dont la démonstration est faite dans le grand ouvrage de Deschamps et Claudio Janet : Les Sociétés secrètes^ et dans celui d'Henri Delassus : Le Problème de l'heure présente.

En Espagne, la Franc-Maçonnerie veut détruire le gouvernement des Bourbons catholiques pour le remplacer par un gouvernement révolutionnaire et athée. C'est ce qui a été déclaré au Couvent du Grand

Orient de France, en 1902, entre francs-maçons espagnols et francs-maçons français.

M. Jean Bidegain a fourni un renseignement intéressant sur ce point. Les journaux nous avaient déjà appris que Fauteur de Tattentat qui fut commis contre le roi d'Espagne, le jour de son mariage, était membre de V Ëcole Moderne^ centre anarchiste espagnol des plus importants, dont M. Ferrer était le directeur. Or, écrivait M. Bidegain à VËclair^ au commencement du mois de juillet 1906, ce M. Ferrer jouait, au point de vue maçonnique international, un rôle important. Il entretenait d'Espagne, au nom de la Grande Loge régionale de Catalogne, les rapports les plus étroits avec le Grand Orient de France. Il poursuivit même des négociations tendant à ce que la Grande Loge de Catalogne fût reconnue comme unique autorité symbolique en Catalogne et dans les Iles Baléares, tandis que le Gou\ernement dogmatique et administratif des ateliers supérieurs catalans serait réservé au Grand Orient de France.

Tels sont les renseignements que M. Jean Bidegain a fournis au public sur le F.*. Ferrer, qu'il a connu professeur d'espagnol aux Cours Commerciaux du Grand Orient^ membre de la loge parisienne les Vrais Experts^ et du Chapitre Les Amis Bienfaisants^ et qui figure en effet sur les annuaires maçonniques.

Le F.*. Ferrer compte donc dans la Maçonnerie comme personnalité importante. Il négocie avec le Grand Orient de France au nom de la Grande Loge régionale de Catalogne, et il est en même temps le

directeur d'un centre anarchiste dont Tassassin du roi faisait partie. D'autre part, les projets d'établissement d'une république espagnole ont été affirmés au Couvent du Grand Orient. Et enfin la Grande Loge régionale de Catalogne a pour programme politique le renversement de la monarchie espagnole. C'est assez d'éléments d'appréciation pour que nous puissions dire qu'en Espagne, la Maçonnerie est rév^olutionnaire et perturbatrice comme dans les autres états catholiques, et qu'elle n'y est pas sans liens avec les propagandistes par la dynamite.

L'assassinat du roi don Carlos et de son fils a prouvé qu'il en est de même en Portugal.

Quant à l'Italie, si la Maçonnerie s'y est montrée favorable à la constitution de l'unité italienne sous la maison de Savoie, c'est que cela lui parut être le procédé indiqué par les circonstances pour arriver à la destruction du pouvoir temporel de la Papauté. Aujourd'hui que cette destruction est un fait accompli, la Maçonnerie italienne se retourne contre la maison de Savoie. Elle devient révolutionnaire comme les Maçonneries des autres pays catholiques.

La Franc-Maçonnerie montre donc des visages différents selon qu'elle est en pays catholique ou en pays protestant. C'est là un fait désormais acquis et qui est, nous le répétons, reconnu par les francsmaçons eux-mêmes.

VARIATIONS DE LA FRANC-MAÇONNERIE DANS LES PAYS CATHOLIQUES, SELON LES ÉPOQUES ET LES CIRCONSTANCES.

Un autre fait n'est pas moins certain : c'est que le visage de la Franc-Maçonnerie varie dans les pays catholiques selon les époques et les circonstances.

Aucune netteté d'attitude dans cette association ; au contraire, une habitude et même une sorte d'aptitude très marquée à courber Téchine aussi bas qu'il le faut et à changer de manière d'être selon qu'elle le juge utile à son intérêt.

C'est ainsi, par exemple, que l'air qu'elle se donne lorsqu'elle doit compter avec les pouvoirs établis est juste le contraire de l'allure qu'elle prend dès qu'elle devient maîtresse.

Le désir, la volonté de tromper apparaissent nettement ici. Et, par cela même, nous sommes légitimement fondés à penser que la différence existant entre la Maçonnerie des pays catholiques et celle des pays protestants est, elle aussi, la conséquence d'une manœuvre tendant à la réalisation d'un but mystérieux.

Lorsqu'elle est introduite dans les pays catholiques, la Franc-Maçonnerie commence toujours par se montrer conservatrice comme dans les pays protestants. Elle ne devient révolutionnaire et destructrice que lorsqu'elle se rend compte qu'elle peut le faire impunément. C'est ainsi que les choses se sont passées en France.

Voici, par exemple, les déclarations d'un F.-.

Orateur rapportées par un certain F.-, de la Tierce qui écrivait, en 1747, une Apologie pour l'ordre des francs-maçons.

« Tâchons de définir le maçon pour le mieux connaître disait le F.-. Orateur en question.

« Représentez-vous un homme craignant Dieu^ fidèle à son prince^ rendant à chacun ce qui lui est dû, ne faisant à autrui ce qu'il ne voudrait lui être fait à lui-même : voilà le maçon. Voilà ses mystères ; voilà son secret...

« J'ai dit : le Maçon est un homme craignant Dieu ; en effet celui qui s'écarte des devoirs de la Religion nest point maçon. Il en usurpe le nom ; il n'a jamais mérité de le porter. Ce n'est plus qu'un composé bizarre d'orgueil, d'ambition, de cupidité, de fureur et de haine. Quel tableau se présente à mes yeux ! Quelles horreurs ! Je vois la force et la violence soumettre tout à leur empire. Qui pourra dissiper ces monstres? Loi5 sacrées de la Religion^ c'est à vous que cet honneur est dû {!). »

D'après ces déclarations, la Maçonnerie serait une association « d'hommes craignant Dieu, fidèles à leur prince » ; et l'on pourrait tirer la même conclusion de beaucoup d'autres qui ont été faites depuis l'apparition de la Franc-Maçonnerie jusqu'à la veille de la Résolution, et depuis 1815 jusqu'à 1870.

D'ailleurs, les statuts des fédérations françaises portaient autrefois V interdiction de s'occuper de poli-

(1) Cité par M. Louis Dasté, dans La Bastille, journal antimaçonnique illustré, no du 19 mai 1907.

tique dans les loges et inscrivaient comme obligation fondamentale « le respect de toute foi religieuse ».

C'est ainsi que la Franc-Maçonnerie commence dans les pays catholiques, nous le répétons. Mais attendez qu'elle se soit fait tolérer d'abord, puis accepter : et vous la verrez, en France, par exemple, s'emparer du pouvoir, ainsi qu'elle l'a fait en 1793 et à notre époque, assassiner ou proscrire ces princes auxquels elle avait tout d'abord déclaré qu'il fallait demeurer fidèle pour être un vrai maçon, et massacrer ou dépouiller, après avoir essayé de les déshonorer, les ministres de cette religion dont elle invoquait « les lois sacrées )). Ce sont là des faits.

En dehors des faits, le langage maçonnique se modifie d'ailleurs avec les circonstances. En effet, cette même Maçonnerie française qui déclarait, par la bouche de ses Orateurs du xviii^ siècle et de ceux de la première moitié du xix^, que « celui qui s'écartait des devoirs de la Religion n'était pas maçon », cette même Franc-Maçonnerie donnait d'elle, tout récemment, en 1902, la définition suivante : « La Franc-Maçonnerie c'est la contre-Eglise, le contrecatholicisme, l'Eghse de l'Hérésie. » (Article programme de la revue maçonnique V Acacia.)

Le Bulletin du Grand Orient de France de septembre 1885 contenait une profession de foi qui vient à l'appui de la définition de V Acacia :

« Le catholicisme, nous devons, nous francsmaçons, en poursuivre la démolition définitive. »

Un mémorandum du Suprême Conseil confirmait de son côté les déclarations précédentes par celle-ci :

« La lutte engagée entre le catholicisme et la Mac.", est une lutte à mort, sans trêve ni merci. )>

En 1902, le F.*. Delpech, dans son discours au banquet du Gonvent, inséré au compte rendu officiel, prononçait les paroles suivantes, dont Taccent ne saurait tromper :

« Le triomphe du Galiléen a duré vingt siècles. Il se meurt à son tour. La voix mystérieuse qui, jadis, sur les monts de TEpire, annonçait la mort de Pan, annonce aujourd'hui la fin du Dieu trompeur qui avait promis une ère de justice et de paix à ceux qui croiraient en lui. L'illusion a duré bien longtemps ; il disparait à son tour le Dieu menteur ; il s'en va rejoindre dans la poussière des temps les autres divinités de l'Inde, de l'Egypte, de la Grèce et de Rome, qui virent tant de créatures abusées se prosterner au pied de leurs autels. Francs-maçons, il nous plaît de constater que nous ne sommes pas étrangers à cette ruine des faux prophètes. L'Église Romaine, fondée sur le mythe Galiléen, a commencé à déchoir rapidement le jour où s'est constituée V association maçonnique. Au point de vue politique, les francs-maçons ont souvent varié. Mais, en tout temps, la Franc- Maçonnerie a été ferme sur ce principe : Guerre à toutes les superstitions, guerre à tous les fanatismes ! »

« La Franc-Maçonnerie a toujours été ferme sur ce principe », dit le F.'. Delpech. Alors que faut-il penser des déclarations faites par les francs-maçons du xviii^ siècle et par ceux de la première moitié du xix^ ? Et, d'autre part, comment expliquer l'attitude

des loges anglaises et américaines protestantes, où il y a encore des chapelains?

Allons-nous tenir compte de toutes ces déclarations pour nous former une opinion sur la Franc-Maçonnerie? En ce cas, auxquelles nous fierons-nous? A celles qui ont été répandues de 1730 à 1789 et de 1815 à 1870, ou à celles qui sont audacieusement formulées maintenant?

Ce qu'il y a de curieux, c'est que, soit que nous adoptions Tun ou Tautre parti, nous entendrons les défenseurs de la Franc-Maçonnerie nous en faire grief.

L'opinion du F.-, de la Tierce, nous disent ces messieurs, n'engage que le F.*, de la Tierce. Celle du F.-. Delpech n'engage également que son auteur. Il en est de même de la définition de la revue V Acacia. Le Grand Orient de France, lui-même, n'a pas qualité pour parler au nom de la Franc-Maçonnerie. Celle-ci est au-dessus des FF.*, de la Tierce, Delpech et autres. Elle est également au-dessus de la revue maçonnique V Acacia^ et même du Grand Orient.

Alors, où est-elle? C'est ce qu'on se garde bien de nous dire.

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