LES DECLARATIONS DES STATUTS MAÇONNIQUES
Prenons maintenant la peine d'écouter ce que la Franc-Maçonnerie française dit d'elle-même dans sa Constitution et dans ses statuts. Nous verrons se manifester d'une manière évidente sa constante volonté de tromper.
La Franc-Maçonnerie a commencé par déclarer
dans ses statuts, pendant cinquante ans avant la Révolution et pendant quatre-vingts après, qu'elle est une association uniquement « philosophique, philanthropique et progressive » ; que son esprit est celui de « tolérance » ; qu'elle « respecte la foi religieuse de chacun de ses membres )>. Elle a ajouté qu'elle ne s'occupe pas de politique et qu'elle ne permet pas de discussions sur cette matière dans ses réunions, non plus que sur les questions religieuses. Enfin, elle s'est affirmée comme professant la croyance à « l'existence de Dieu et à l'immortalité de l'âme».
Ces déclarations se trouvent ou se sont trouvées dans les constitutions de toutes les fédérations maçonniques. Elles présentent donc un caractère de solennité ; et, puisqu'elles sont en même temps universelles, on doit les considérer comme constituant le credo de la Franc-Maçonnerie, dont elles font une association spiritualiste, déiste, respectueuse de toutes les religions, c'est-à-dire de toutes les formes du spiritualisme et du déisme.
Mais alors, comment, à côté de cette déclaration formelle affirmant la croyance en Dieu et en l'immortalité de l'âme, peut-il se trouver place pour une autre qui proclame au contraire « la liberté absolue de conscience », et qui est comprise et pratiquée de manière très différente selon les pays et les époques?
En France, voici ce qui s'est passé. Au moment où la Maçonnerie se donnait comme spiritualiste, déiste et respectueuse de toutes les religions, elle admettait chez ses adhérents toutes les théories, religieuses ou antireligieuses, déistes ou antidéistes, spiritualistes
ou antispiritualistes, sociales ou antisociales. Elle en est venue depuis quelques années à donner asile aux théories antipatriotiques aussi bien qu'aux patriotiques, en attendant sans doute qu'elle exclue ces dernières, comme elle l'a fait pour les croyances religieuses et les conceptions déistes. Monthéus, Malato, Sébastien Faure, Hervé et bien d'autres antimilitaristes et prédicateurs d'antipatriotisme sont francsmaçons. Et cependant la Franc-Maçonnerie affirme son patriotisme. Que signifie une pareille confusion de principes dans une association qui se dit philosophique et qui se recommande avec tant d'emphase de la Raison?
« — Vous êtes une société déiste, aurait-on pu dire à la Maçonnerie française de jadis : alors vous ne recevez pas les antidéistes dans vos temples?
— Au contraire, nous leur faisons le meilleur accueil.
— Alors vous les obligez à admettre votre programme déiste?
— Non, nous ne les y obligeons pas.
— Alors, vous n'avez pas de programme déiste comme vous le dites.
— Si, nous avons un programme déiste. Nous croyons au « Grand Architecte de l'Univers » et à l'immortalité de l'âme.
— Vous avez un programme ; mais vous permettez que vos adhérents n'y adhèrent pas. C'est exactement comme si vous n'en aviez pas. Et, dès lors, on se demande pourquoi vous affirmez que vous en avez un. ))
Se figure-t-on, en effet, une société qui se déclarerait société d'honnêtes gens et qui, néanmoins, accepterait comme membres des voleurs qualifiés?
Quelle est Texplication d'une pareille contradiction entre la doctrine et les actes?
On ne peut le comprendre que si on attache l'importance qui convient au processus qui a été suivi par notre Maçonnerie. A l'origine, nous l'avons dit, elle fut traditionnaliste chez nous, comme elle l'est encore dans les pays protestants. Elle acceptait, toutefois, les non catholiques, les matérialistes, comme les déistes. Elle ne le faisait qu'en s'en défendant lorsqu'il le fallait (voir les déclarations du F.*, de la Tierce cité plus haut: «Celui qui s'écarte des devoirs de la religion n'est point maçon. ») Mais tout en s'en défendant, elle le faisait tout de même, en alléguant la tolérance et la liberté de conscience. Puis, au nom de ces mêmes principes de tolérance et de liberté de conscience, elle a exclu un jour les catholiques d'abord, et les déistes ensuite. S'il n'y a pas eu là une manœuvre destinée à tromper le public, que signifie une pareille évolution?
Les preuves de la haine féroce de la Franc-Maçonnerie à l'égard du catholicisme sont tellement éclatantes aujourd'hui, elles ont été si bien étalées au grand jour que toute hypocrisie est devenue impossible. La Franc-Maçonnerie le comprend ; et c'est pourquoi, avec la même énergie qu'elle a mise à affirmer pendant cent cinquante ans (sauf dans la période révolutionnaire) son respect de la religion, elle proclame maintenant qu'elle a pour but «la destruction
de TEglise », qu'elle est « la contre-Eglise » ! « le contre-catholicisme », « TEglise de T Hérésie ». Elle s'oublie même jusqu'à déclarer que sur ce point elle n'a jamais varié. D'où il faut conclure qu'ayant dit le contraire pendant cent cinquante ans, elle a menti pendant ces cent cinquante ans-là.
A LA GLOIRE DU GRAND ARCHITECTE DE l'uNIVERS.
La Franc-Maçonnerie française a inscrit son spiritualisme partout, avec la formule : « A la gloire du Grand Architecte de l'Univers » qui figurait au frontispice de ses temples, en tête de sa Constitution et de ses règlements, à la première page de toutes ses publications et jusque sur son papier à lettres. Elle l'a fait entendre dans toutes ses cérémonies, à l'ouverture de tous ses travaux. Non seulement elle a proclamé « le Grand Architecte de l'Univers », comme toutes les autres Maçonneries du globe, mais elle l'a béni, elle l'a chanté avec amour.
Voici, pour en témoigner, le premier couplet d'un cantique qui fut d'usage au Grand Orient pour les cérémonies de consécration d'un temple maçonnique. C'est le Vénérable qui chantait ce couplet :
0 Dieu, dant la bonté propice Nous avait foits pour le bonheur Et nous suit dans le précipice Où nous a plongés notre erreur !
Nous t'adorons quand la lumière Se répand pour nous éclairer.
Quand l'ombre couvrira la terre Nous viendrons encor t'adorer !
Et tous les maçons répétaient avec le Vénérable :
Quand l'ombre couvrira la terre, Nous viendrons encor t'adorer !
(En frappant du ^n'etZj ;
Oui, t'adorer ! t'adorer ! t'adorer !
Oui, t'adorer ! t'adorer ! t'adorer !
Après le Vénérable, c'était le premier surveillant, puis le second, qui chantaient tour à tour leur couplet au « Grand Architecte )>. Le Vénérable en disait encore un pour conclure. Et après chacun de ces couplets, tous les frères scandaient les deux derniers vers en frappant du pied :
Oui, t'adorer! t'adorer! t'adorer!
Oui, t'adorer ! t'adorer ! t'adorer !
Ainsi donc les francs-maçons français adoraient le Dieu « dont la bonté propice les avait faits pour le bonheur et les suivait dans le précipice où les avait plongés leur erreur ))!... Ils l'adoraient « quand la lumière se répandait pour nous éclairer »... « Quand l'ombre couvrait la terre », ils venaient encore l'adorer ! Ils l'adoraient en frappant du pied ! Ils l'adoraient ! l'adoraient ! l'adoraient ! C'était de leur part une frénésie d'adoration...
Or, subitement, le Grand Orient de France tourna irrévérencieusement le dos à ce même Grand Architecte ! Cela lui prit le 14 septembre 1877. Avant cette date, c'est à la gloire du Grand Architecte qu'il travaillait, à sa gloire qu'il banquetait, à sa gloire qu'il inaugurait des loges. Pas une parole qui ne fût pro-
noncée, pas un vœu qui ne fût exprimé, sinon à cette gloire; pas une lettre qui ne fût écrite, pas une commission qui ne fût donnée, si ce n'est sur papier portant le pieux en-tête ! Et en ce jour du 14 septembre 1877, c'est-à-dire à une époque où il s'est senti suffisamment libre de manifester ses vrais sentiments, le Grand Orient a renié sans vergogne son Grand Architecte ! Il a même été plus loin: il s'en est déclaré l'ennemi. A tel point qu'en dépit des professions de foi libérales qui sont contenues dans les statuts de cette fédération, cela devint une très mauvaise note pour un profane demandant ^'initiation que de déclarer qu'il n'était pas absolument convaincu que le Grand Architecte ait jamais été autre chose qu'un mythe. Après le déisme en musique, tout d'un coup c'est le matérialisme fanatique et intransigeant. Quelle extraordinaire association philosophique !