‹ Le drame maçonnique (volume 2)Chapitre 18 sur 66 · BONNE FOI FRÉQUENTE DES MENTEURS · texte numérisé non relu

BONNE FOI FRÉQUENTE DES MENTEURS

Nous voici donc en présence des étranges constatations suivantes :

Bien que la Franc-Maçonnerie française ait commencé par se dire, comme toutes les autres, spiritualiste et déiste, elle a toujours, en fait, tendu à opérer la concentration des matérialistes et des athées.

Bien qu'elle annonçât sur son enseigne, et tant qu'elle crut y avoir intérêt, qu'elle travaillait à la gloire du « Grand Architecte de l'Univers )), elle s'est empressée de renier celui-ci, dès qu'elle se sentit libre de toute contrainte.

Bien qu'elle persiste à proclamer la liberté de conscience, elle ne veut plus qu'on affirme l'existence, ni même qu'on prononce le nom du Grand Architecte que ses initiés adoraient jadis en cadence.

Bien qu'elle affirme son respect de toute foi religieuse, elle mène une guerre fanatique contre la foi catholique.

Enfin, bien qu'elle ait déclaré qu'elle ne s'occupait pas de politique, elle s'est installée deux fois au pou-

voir qu'elle a occupé pendant la Révolution comme elle Toccupe maintenant, en manifestant son esprit de tolérance, tantôt par les massacres en masse, dans les prisons et ailleurs, tantôt par les proscriptions, les persécutions et le monopole de renseignement qu'elle se prépare à établir à son profit exclusif.

Dans ces conditions, peut-on croire à une seule des déclarations de la Franc-Maçonnerie?

Une fois qu'on a commencé de remarquer les contradictions de cette extraordinaire association, on n'en a pas fini. On les rencontre à chaque pas, aussi bien dans les détails que dans les grandes lignes. C'est à ce point qu'on en arrive à se demander si la Franc- Maçonnerie ne serait pas tout simplement une société incohérente.

L'incohérence ! Serait-ce donc là tout le secret maçonnique? C'est ce qu'admettent volontiers la plupart de nos compatriotes, soit pour s'éviter de plus longues recherches, soit parce qu'ils ont connu un trop grand nombre de francs-maçons qui ne se faisaient remarquer que par leur bruyante et encombrante nullité.

Mais qu'ils prennent garde ! S'ils admettent cette hypothèse, ils vont se trouver en face d'une difficulté insurmontable.

La Franc-Maçonnerie est toute-puissante en France. Elle y exerce un véritable despotisme. Et, ainsi que nous l'avons déjà dit, c'est pour la seconde fois. Il est donc impossible de nier les forces réelles de cette association. Or, l'incohérence et l'inintelligence ne sauraient engendrer la force. D'ailleurs, comment admet-

tre riiicoliérence, alors que, si la Franc-Maçonnerie ne cesse de se contredire dans les périodes où elle est obligée de compter avec les autorités existantes, en revanche, on la voit tendre implacablement à un seul et même but dès qu'elle se sent maîtresse? Ce n'est donc pas par l'incohérence que peuvent être expliquées les contradictions que nous avons signalées. Dès lors, il faut conclure que ces contradictions sont voulues, calculées, préméditées, bref, qu'elles constituent des manœuvres tendant à tromper les gouvernants et l'opinion.

Il n'y a donc aucun doute : dès que nous demandons à la Franc-Maçonnerie française de rendre témoignage sur elle-même, nous constatons que pendant cent cinquante ans, elle a dit devant la nation juste le contraire de ce qu'elle a ensuite manifesté comme étant sa vraie pensée, dans les deux circonstances où elle s'est sentie maîtresse, où par conséquent elle était libérée de toute contrainte.

Si nous avions le temps de rassembler ici les comptes rendus officiels des délibérations des loges et des Couvents, ce serait bien autre chose ! Nous verrions que les contradictions et les mensonges dont fourmillent ces documents sont si nombreux qu'ils suffisent à remplir plusieurs volumes. Ces volumes ayant été écrits, il est inutile de les rééditer ici. Il serait d'ailleurs impossible de les résumer. On ne résume pas des accumulations documentaires. S'il est des lecteurs qui, plutôt que de croire sur parole, préfèrent obéir au désir viril de s'instruire complètement par eux-mêmes, qu'ils étudient les ouvrages dont nous

parlons. Ils y trouveront des documents en nombre suffisant pour se faire une opinion raisonnée. Plus ils les examineront de près, et plus ils se convaincront que le mensonge est bien la loi profonde de la Franc- Maçonnerie, sa nécessité la plus naturelle et la plus constante.

Dans ses écrits comme dans ses paroles, dans ses manifestations comme dans ses abstentions, cyniquement ou hypocritement, de toute manière qui lui parait utile à ses intérêts, la Veuve ment. Et c'est précisément à ceux qu'elle se propose de détruire que s'adressent ses mensonges les plus audacieux. Gela se comprend. Elle leur dissimule ses plans comme un assassin cache son poignard à la victime qu'il médite de frapper.

Les mensonges maçonniques présentent un certain caractère très particulier.

La Maçonnerie ne se trouve représentée en aucun lieu par un corps constitué visible ou par une personnalité officiellement chargée de parler en son nom. Ce sont donc les mensonges des francs-maçons que nous attribuons à la Franc-Maçonnerie. Or, dans bien des circonstances, ces francs-maçons mentent sans s'en douter. A l'heure où ils disent les choses les plus contraires à la vérité, (celles auxquelles les faits donnent ensuite les plus éclatants démentis), ils sont le plus souvent sincères vis-à-vis d'eux-mêmes. C'est là l'impression que donne l'étude attentive de la question maçonnique. Cette impression, je puis la corroborer. J'ai connu, pendant les six années que j'ai passées dans la Franc-Maçonnerie, un grand nombre de

francs-maçons absolument sincères; et, ainsi que je Tai déjà dit, j'étais de ceux-là.

Ceux qui affirmaient, il y a cent vingt-cinq ans, que la Franc-Maçonnerie était monarchiste exprimaient le contraire de la vérité. Mais ils ne le savaient pas. Ils ignoraient les évolutions qui devaient se produire par la suite. On en peut dire autant de ceux qui protestaient, il y a cent ans, du dévouement do leur association au premier Empire et, il y a cinquante ans, de sa fidélité au second. Les uns et les autres étaient tenus dans l'ignorance de ce qui s'était fait antérieurement dans la Maçonnerie, ou, tout au moins, ils se disaient que le passé était mort, que le présent seul était vivant. De même encore pour ceux de 1789 et ceux d'il y a quelque vingt-cinq ans, lorsque les uns et les autres proclamaient un pur idéal de fraternité républicaine, patriotique ou humanitaire. De même enfin pour ceux qui jadis affirmèrent le respect de la Maçonnerie pour toute foi religieuse et en particulier pour la foi catholique. Individuellement, ils éprouvaient ou croyaient éprouver le respect dont ils parlaient et ils attribuaient à la Franc-Maçonnerie universelle leurs propres sentimicnts. Quant aux francs-maçons d'aujourd'hui, ils s'imaginent que la Franc-Maçonnerie a toujours été telle qu'ils la voient. Tous ceux dont nous venons de parler, s'ils pouvaient se rencontrer, ouvriraient la bouche avec une égale conviction, pour jeter en même temps vers le ciel leurs attestations contradictoires. Ils parleraient à la façon des hallucinés, des hypnotisés. Chacun jurerait de ce qu'on lui apprit, de ce qu'on lui fit croire à une

certaine heure. Il en jurerait avec bonne foi. Et, cependant, ce qu'ils pourraient dire, tous à la fois, serait mensonge, eu égard à la Franc-Maçonnerie, puisque cela se contredirait, et puisque ce serait en outre en opposition avec les actes commis par ceux d'entre eux qui vécurent aux époques où leur association fut maîtresse du Pouvoir.

l'organisation du mensonge, conséquences qui en decoulent.

La Franc-Maçonnerie ne peut faire autrement que de mentir ; et c'est pour cela, par nécessité inéluctable, qu'elle ment sans discontinuer.

Dissimuler ses desseins est pour elle un besoin primordial tellement impérieux qu'il ne peut être comparé qu'à celui qu'éprouvent tous les êtres d'aspirer l'oxygène indispensable à la conservation de leur existence. Supposez que puisse être supprimée la possibilité du mensonge pour la Franc-Maçonnerie, et vous vous rendrez compte que la possibilité de l'existence de cette association serait aussi supprimée. Par cela seul que ses créateurs inconnus ont prétendu faire d'elle une société dont le but devait rester ignoré, bien qu'elle se manifestât elle-même, tout leur effort devait forcément tendre à constituer en elle un organisme dissimulateur du but, et dissimulateur à ce point, que la seule mise en mouvement de cet organisme produisit, pour ainsi dire automatiquement, des apparences contraires aux réalités, c'est-à-dire des mensonges. S'ils n'y avaient pas réussi, la Franc-

Maçonnerie, telle qu'ils l'ont conçue, n'aurait pas vécu.

Mais aussi ce besoin de mentir toujours, cette tare originelle et immonde, nous pouvons nous le dire avec certitude, c'est la maladie honteuse par laquelle est rongée la Veuve et de laquelle elle mourra.

De cette constatation en découle une autre. A priori^ nous sommes non seulement en droit, mais dans la nécessité de nous méfier lorsqu'un francmaçon s'avise de discuter sur la Franc-Maçonnerie.

Puisque l'association dont il fait partie ne veut pas qu'on connaisse son but, il est dans l'obligation abso- i lue, s'il parle de ce but ou de quelque chose qui ait avec lui une relation si lointaine qu'elle soit, de trahir ou son association ou la vérité, en supposant qu'il soit parmi les rarissimes auxquels on ait fait connaître celle-ci. Il n'y a de choix pour lui qu'entre ces deux trahisons. Et encore convient-il d'ajouter que, ce choix, la Franc-Maçonnerie ne le lui laisse pas.

En effet, avant même que le nouvel initié sache rien de l'association dans laquelle il a demandé à entrer, alors qu'il a encore sur les yeux le bandeau qu'on lui a appliqué dans « les parvis du temple », la Franc- Maçonnerie prend soin de lui lier la langue par un serment. Elle exige de lui la promesse « de ne rien dire, ni écrire de ce qu'il aura vu dans les assemblées maçonniques, sans une permission expresse et seulement de la manière qui pourra lui être indiquée ->.

(( De la manière qui pourra lui être indiquée » est un euphémisme d'une assez belle hypocrisie, mais

qui se laisse tout de même comprendre. La manière qui pourra être indiquée aux francs-maçons ne peut être celle de la vérité, car la vérité n'a pas plusieurs manières. Elle n'en a qu'une ; et celle-là n'a pas besoin d'être « indiquée >\

Tels ou tels francs-maçons pourront, nous l'avons dit, être sincères vis-à-vis d'eux-mêmes, parce qu'ils ont été trompés comme les profanes. En ce cas, leur parole, même lorsqu'elle sera l'expression exacte de leur pensée, n'exposera jamais que le mensonge de l'association. Et c'est pourquoi nous devons considérer les francs-maçons comme disqualifiés lorsqu'il s'agit de discuter sur la Franc-Maçonnerie. Dès que l'un d'eux ouvre la bouche sur ce sujet, nous sommes en droit de la lui fermer par ces seuls mots : « Tu parles, donc tu mens ! Sciemment ou inconsciemment, tu ne peux faire autrement, à moins que tu n'aies arraché la loi maçonnique de ton cœur. Si ce n'est ton mensonge que tes lèvres vont exprimer, c'est celui de ton association. »

Jugement sévère, dira-t-on. Sévère, soit ; mais jugement légitime et nécessaire; car tout ce quela Franc- Maçonnerie apprend aux francs-maçons sur ellemême est nécessairement faux. Il n'y a qu'une seule chose qu'elle est obligée de ne jamais leur enseigner, de peur qu'ils ne la répètent au dehors : c'est la vérité.

De sorte que si, arrivés à ce point de notre étude, nous avions à définir d'un mot la Franc-Maçonnerie, l'attestation la plus certaine, la moins sujette à caution que nous pourrions produire serait celle-ci : La

Franc-Maçonnerie, c'est un colossal organisme de mensonge, construit tout exprès pour créer l'illusion sur lui et sur ceux qui l'ont imaginé.

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