SUSPICION LEGITIME DONT SONT FRAPPÉS LES DOCUMENTS MAÇONNIQUES
DANS UNE ÉTUDE SUR LE BUT ET LA NATURE DE LA FRANC-MAÇONNERIE. , NÉCESSITÉ d'une DÉMONSTRATION RAISONNÉE.
" Dans ces conditions, ceux-là se trompent grandement qui s'imaginent qu'une étude sérieuse sur les origines et le but de la Franc-Maçonnerie doit être, avant tout, documentée. Si toutes paroles, tous écrits et même tous actes maçonniques ne peuvent être acceptés que sous bénéfice d'inventaire, toute documentation devient par là même suspecte, au point de vue des conclusions à en tirer sur le but auquel tend la Franc-Maçonnerie. Pendant certaines époques parfois très longues, cette association a parlé, écrit, délibéré, agi, uniquement dans le but de tromper les gouvernements existants sur son compte. Pendant d'autres périodes, non moins longues, elle a parlé, écrit, délibéré, agi, en vue de certains buts qu'elle laissait apparaître, mais qui n'étaient que des étapes disposées avec infiniment d'habileté pour préparer la réalisation du but final, tout en le dissimulant. C'est pour cela que les paroles, les délibérations et les actes maçonniques ne cessent de se contredire selon les lieux et les moments, les nécessités permanentes ou les circonstances accidentelles.
Les documents maçonniques sont tellement contradictoires qu'ils ont servi de base à des études qui, loyalement conduites, ont abouti à des conclusions absolument opposées. Les unes nous ont montré une Maçonnerie insignifiante, sans portée, sans plan et, par conséquent, sans danger. Les autres, une Maçonnerie dominée par une certaine idée et attachée à un certain but. Mais lesquels? Selon' qu'on a porté les investigations ici ou là, qu'on a suivi telle ou telle piste, la Maçonnerie a pu paraître religieuse ou philosophique ; respectueuse du culte national ou adversaire acharnée de ce culte; idéaliste ou arriviste ; monarchiste, impérialiste, républicaine, aristocratique, bourgeoise, démocratique, socialiste ou même anarchiste. Car il y en a pour tous les goûts. De même, pour ce qui concerne l'origine de la Franc-Maçonnerie, on peut présenter plusieurs versions, suivant qu'on choisit telle ou telle catégorie de documents.
Par cela seul qu'elle nous fait pénétrer dans un véritable labyrinthe de mensonges, l'étude de la question maçonnique n'est donc point une étude ordinaire. L'objet de cette étude n'est point un sujetinerte qui, une fois qu'il est rencontré, se laisse regarder. Nous avons au contraire affaire à un sujet qui se défend, qui ne veut pas qu'on l'observe et dont la préoccupation constante est de multiplier les pièges et les obstacles sous les pas de ceux qui font mine d'approcher de ses obscures demeures.
La Franc-Maçonnerie a été créée pour travailler dans l'ombre, le secret et le mystère. Elle a été dotée par ses fondateurs de l'organisation qu'il faut pour
cela ; et, en conséquence, elle ne saurait sortir de cette ombre, de ce secret et de ce mystère, qui sont ses éléments naturels, sans perdre la plupart de ses moyens d'action. Ainsi en est-il du crocodile hors de l'eau ou de la taupe hors de son trou. Gomment donc ne résisterait-elle pas aux investigations !
Mais alors, on se rend compte des difficultés que présente la recherche des véritables secrets maçonniques. Essayer de les découvrir, c'est s'aventurer dans une véritable guerre de Peaux-Rouges.
Il ne faut pas s'y risquer si, dès les premiers pas, on n'est en garde contre les causes d'erreur qui sont répandues à profusion par une puissance partout invisible et qui, pour demeurer telle, est sans cesse occupée à tromper. Discerner, parmi les paroles, les écrits et les actes maçonniques, ceux qui ont une valeur probante et ceux qui n'en ont pas, ceux qui tendent à créer de fausses pistes et ceux qui, au contraire, sont susceptibles d'indiquer la marche vers le terme final, telle doit être la constante préoccupation des chercheurs qui aspirent à découvrir le but, la nature et l'origine de la Franc-Maçonnerie.
Sans doute, les documents peuvent nous faire connaître l'attitude de la Franc-Maçonnerie à telle époque, dans tel pays. Mais lorsqu'il s'agit des conséquences générales à tirer, il faut se préoccuper moins des documents que des contradictions qu'ils présentent entre eux, et moins de ces contradictions que des conditions dans lesquelles elles se sont produites.
Il en résulte que, dans une étude sur le ])ut final
de la Franc-Maçonnerie et sur l'action de cette Société dans l'histoire de notre pays, ce n'est pas à la documentation qu'il faut donner la première place. Compter sur elle, ce serait compter sur la parole du menteur pour apprendre ce qu'il voudrait nous cacher. En un pareil sujet, une seule méthode est possible : c'est celle qui consiste à chercher quelques données certaines et à s'appuyer sur elles pour remonter des effets aux causes. C'est à celle-là que nous nous astreindrons dans le présent ouvrage.