COMMENT CETTE PREUVE EST ÉTARLIE
Parmi les faits absolument certains qui peuvent servir de base à notre étude, il y en a un dont l'évidence éclate maintenant aux yeux de quiconque veut se donner la peine d'observer : c'est celui de l'asservissement auquel la Franc-Maçonnerie a réduit la France. Il est tellement visible et il a été si souvent et si surabondamment démontré qu'il peut sembler inutile d'en refaire ici la preuve.
Il est pourtant nécessaire de s'y arrêter pour un nombre encore considérable de citoyens qui s'obstinent à ne pas le voir, à ne pas même vouloir le regarder tout en continuant d'ailleurs à le nier, et aussi pour certains autres qui n'ont pas le courage ou qui n'ont pas le temps d'étudier la question maçonnique dans les si nombreux ouvrages publiés ces dernières années.
Nous referons donc une fois de plus la démonstration de la puissance politique de la Franc-Maçonnerie
en France. Nous ne nous attacherons toutefois qu'aux faits essentiels et nous renverrons les lecteurs désireux d'une plus ample information aux ouvrages que nous indiquons à la fm de ce chapitre.
La preuve la plus irrésistible est celle qui nous est fournie par les chiffres.
La souveraineté nationale étant déléguée en France à un Parlement composé d'un Sénat et d'une Chambre des Députés, il est facile de comprendre que si un corps constitué, un syndicat, une congrégation, une association, secrète ou non, parvient à introduire au Parlement un nombre suffisant de ses membres, la souveraineté lui appartiendra.
C'est précisément le cas de la Franc-Maçonnerie. Actuellement, sur environ neuf cents sénateurs et députés dont se compose notre Parlement, il y en a plus de la moitié qui sont francs-maçons.
Comment cela s'est-il fait ? Tout simplement parce que ces sénateurs et ces députés francs-maçons se sont bien gardés de révéler aux électeurs leur qualité maçonnique. Parce que, d'autre part, dans notre pays complètement désorganisé au point de vue social et politique, les dits sénateurs et députés ont bénéficié de l'appui de la seule organisation politique et sociale existante : la Maçonnerie. Parce qu'enfin celle-ci, sans qu'on s'en doute, a su se contraindre à un travail préparatoire de très longue durée, que nous montrerons par la suite et auquel personne n'a pu s'opposer en raison du secret et du mensonge derrière lesquels il était abrité.
Ce nombre de quatre cent cinquante sénateurs et
députés francs-maçons, sans compter les maçonnisants, est d'autant plus disproportionné que la Franc- Maçonnerie française compte à peine trente mille membres, tant en France qu'aux colonies.
Une pareille situation est tellement invraisemblable qu'il faut dire sur quoi nous nous appuyons pour l'affirmer.
A mesure que, depuis une vingtaine d'années, des documents maçonniques sont tombés entre les mains de certains adversaires de la Maçonnerie, ceux-ci ont recueilli les noms des francs-maçons qu'ils y trouvaient. Ils sont ainsi parvenus, à la longue, à former des listes qu'ils ont eu soin d'authentiquer, autant que faire se pouvait, en notant, pour chaque nom, le document maçonnique sur lequel ils l'avaient surpris.
On ne saurait se figurer de quel esprit de laborieuse persévérance doivent être doués ceux qui s'adonnent à un pareil travail, et pour n'arriver, malgré les plus constants et les plus louables efforts, qu'à des résultats fort incomplets.
Il faut savoir qu'ils se heurtent à d'énormes difficultés, dont quelques-unes leur étaient même inconnues au moment où ils ont entrepris la tâche qu'ils se sont donnée.
Ils ont eu tout d'abord à compter avec les ruses employées par les francs-maçons pour échapper à toutes les investigations. Les enfants de la Veuve ne veulent pas qu'on sache qu'ils le sont. On en a vu qui allaient jusqu'à se faire inscrire sous de faux noms dans leur loge. D'autre part, les documents
maçonniques qui circulent et qu'on peut collectionner sont relativement peu nombreux, et ils contiennent toujours très peu de noms. 11 en est ainsi tout particulièrement depuis quelques années, certaines loges ayant résolu, par mesure de prudence, de remplacer les noms propres par de simples initiales. De plus, les mêmes noms se représentent fréquemment, parce qu'en Maçonnerie comme ailleurs, ce sont toujours les mêmes hommes qui se mettent en avant. Il est donc nécessaire de rassembler un nombre considérable de documents pour recueillir seulement quelques centaines de noms. Il faut ajouter que sur ces documents ne figurent jamais les noms de l'immense majorité des francs-maçons. J'ai été particulièrement bien placé pour le constater lorsque j'étais secrétaire de loge et de chapitre. Par ces différentes raisons, j'estime que sur cinq francs-maçons, il y en a trois ou quatre pour échapper aux recherches. Et, parmi ceux-là, il peut s'en trouver dont la situation maçonnique et l'influence soient considérables. En dépit des efforts qui ont été faits, nous ne pouvons donc raisonnablement espérer connaître qu'un franc-maçon sur cinq, à moins que ne se présente quelque circonstance exceptionnelle qui nous rende le service que nous a rendu à un autre point de vue l'affaire des fiches.
Si encore on avait une certitude complète au sujet de tous ceux qui sont désignés sur les listes ! Mais c'est impossible, par suite d'une cause d'erreur qui est inconnue de ceux qui n'ont pas vécu dans la Franc-Maçonnerie. Elle résulte de ce qu'un grand nombre de francs-maçons quittent la Franc-Maçon-
nerie très peu de temps après y être entrés. De mon temps, c'était un va-et-vient continuel. Le flot des sortants équivalait presque au flot des arrivants. Gela tient à ce que beaucoup de profanes sont attirés dans la Franc-Maçonnerie par surprise. On leur a dit le contraire de la vérité. S'ils s'en aperçoivent avant d'avoir été aveuglés par les suggestions, ils s'en vont. D'autres sont dégoûtés, dès le premier contact, par le ridicule des épreuves de l'initiation, et ne rem ettent jamais une seconde fois les pieds dans les loges. D'autres encore ne trouvent pas près de leurs frères l'appui commercial qu'ils espéraient. Pour ces raisons et pour bien d'autres, un grand nombre de francs-maçons ne font que passer par les loges et deviennent les adversaires de la Maçonnerie précisément parce que l'initiation leur a permis d'apercevoir quelques-uns des caractères répulsifs de cette association. Les noms de tous ceux-là n'en .ont pas moins figuré sur les planches de convocation, le jour où ils étaient invités à subir les épreuves de l'initiation. Comme ces planches sont précisément les documents qu'on peut se procurer le plus facilement, comme d'autre part il faut plusieurs années pour collectionner un nombre de noms permettant la publication d'une liste, il arrive qu'au moment de cette publication plus de la moitié des francs-maçons dont les noms y sont relevés ne font plus partie de la Maçonnerie depuis longtemps, et sont même devenus ses ennemis. C'est ainsi que sur dix mille noms que contenait la première des publications de ce genre : Le Tout-Paris Maçonnique^ il n'y en avait peut-être pas cinq mille à retenir.
On ne doit donc attribuer qu'une valeur très relative aux listes générales de francs-maçons qui ont été répandues jusqu'ici dans le public.
Il n'en est pas de même lorsqu'il s'agit des listes de politiciens, de sénateurs et de députés francsmaçons.
Ceux-ci, en effet, ne doivent leur élévation qu'à la Maçonnerie. Ils ne pourraient donc quitter les loges sans risquer de retomber dans l'obscurité d'où ils ont été tirés par elle. On comprend qu'ils s'en gardent bien. Une fois qu'ils y sont, ils y restent, bon gré mal gré. On peut se rappeler qu'il a fallu le dégoût universel provoqué par l'affaire des fiches pour que deux ou trois députés francs-maçons, pas davantage, osassent protester publiquement. Gela en dit long sur la solidité des liens par lesquels sont tenus les politiciens francs-maçons. Et encore, à l'heure où nous écrivons, il n'est pas certain que ces deux ou trois n'aient pas cherché depuis longtemps déjà à rentrer dans le giron de la Veuve, sans que nous le sachions. D'autre part, comme les francs-maçons politiciens s'agitent généralement beaucoup dans les loges pour attirer l'attention de leurs frères, à moins que leur situation personnelle dans leur circonscription ne leur évite cette obligation, leurs noms se trouvent sur les documents plus souvent que d'autres.
A cause de cela, il y a de grandes chances pour que ceux dont les noms sont inscrits sur les listes de sénateurs et députés francs-maçons aient tous, ou à peu près tous, la qualité maçonnique. Aussi les réclamations à cet égard sont-elles très peu fréquentes.
Mais, en revanche, tous les francs-maçons qui sont sénateurs et députés figurent-ils sur ces listes? Evidemment non. Il y en a toujours un certain nombre qui échappent. Combien? Il est impossible de le dire avec certitude. On ne peut que conjecturer. Alors que les listes générales ne nous donnent qu'un cinquième ou un sixième du nombre total des francs-maçons, et sont en outre faussées par la cause d'erreur signalée plus haut, j'estime que les listes de sénateurs et députés francs-maçons doivent nous faire connaître à peu près les trois quarts de la réalité. Les dernières parues indiquaient environ trois cents sénateurs et députés francs-maçons. Il s'agissait de la précédente législature. Nous devons admettre qu'une centaine de noms manquaient sur ces listes, et qu'il y avait par conséquent, au moment où elles ont paru, environ quatre cents sénateurs et députés francs-maçons. La situation a certainement empiré aux élections de
J'ai rappelé dans l'extrait de mon premier ouvrage, cité au début de cette étude, qu'en 1892, un journal alors dévoué à la Franc-Maçonnerie, Le XIX^ Siècle, avait publié une liste des députés francs-maçons d'alors (les députés seulement) beaucoup moins nombreux que ceux d'aujourd'hui. Il en donnait cent vingt-sept ; et trois réclamations seulement lui furent adressées. En étudiant sa liste, je constatai qu'il y manquait une dizaine de députés que j'avais rencontrés dans les loges et que je savais pertinemment être francs-maçons! Dix oubliés sur cent vingt-quatre, c'était beaucoup, surtout si l'on considère que je con-
naissais relativement peu de députés francs-maçons de la province, et que, par conséquent, à côté des omissions que j'étais à même de constater, il y en avait beaucoup qui devaient m'échapper.
Les journaux maçonniques d'aujourd'hui sont muets sur le nombre de sénateurs et députés francsmaçons. La Maçonnerie se garde, on le comprend, de les documenter. Si elle le faisait, on peut être sûr qu'elle les induirait en erreur.
On ne peut donc avoir recours qu'aux nomenclatures fournies par les adversaires de la Franc-Maçonnerie.
C'est déjà beaucoup que d'être assuré que leurs listes de sénateurs et députés francs-maçons ne pèchent guère par erreur, mais seulement par omission. Or, ce point est acquis, grâce à la simultanéité de ces trois circonstances : 1° Qu'elles s'appuyent sur des documents et que, par conséquent, sauf de très rares exceptions, ceux qu'elles désignent ont bien, à un moment quelconque, appartenu à la Franc-Maçonnerie; 2^ Qu'une fois dans cette association, il est bien rare qu'un politicien en sorte (nous comprendrons pourquoi dans quelques instants); 3° Et que les dites listes ont généralement provoqué fort peu de réclamations.
C'est en nous basant sur toutes ces considérations que nous ne craignons pas d'affirmer que le Parlement actuel. Sénat et Chambre, ne contient pas moins de quatre cent cinquante francs-maçons.
Le F.-. Colfavru, qui fut président du Conseil de l'Ordre, disait à la fm de sa vie, dans une réunion maçonnique : « Nous sommes deux cents francs-maçons
à la Chambre. » Il ne parlait pas du Sénat. Or, depuis ce temps-là, le nombre des députés francs-maçons a augmenté. Celui des sénateurs aussi. La conclusion est facile à tirer.
Voici des années que, pour ma part, et par les raisons que je viens d'exposer, j'affirme le nombre de quatre cents et peut-être quatre cent cinquante députés et sénateurs francs-maçons. La Franc-Maçonnerie ne le discute pas. C'est un fait.
Que le lecteur veuille bien excuser la longueur de ces explications. Elles étaient nécessaires. Puisque nous nous servons de chiffres comme base de démonstration de la domination maçonnique en France, il faut que soit faite, autant qu'elle peut l'être, la vérification de ces chiffres.
D'ailleurs, la proportion dans laquelle nous croyons devoir majorer les listes connues de sénateurs et députés francs-maçons serait-elle exagérée que notre thèse ne se trouverait nullement infirmée. Pour s'en convaincre, il suffit de réfléchir qu'eu égard au si petit nombre des francs-maçons français, trente mille à peine, il ne devrait pas se trouver trois francs-maçons au Parlement, Chambre et Sénat réunis. Fallût-il donc s'en tenir au chiffre de trois cents donné par les listes, qu'il y aurait toujours de la part de l'association maçonnique une formidable inégalité entre les francs-maçons et ceux qui ne le sont pas, une véritable absorption du pouvoir politique au profit de la Maçonnerie et au détriment de la masse de la nation.
On se rendrait sans doute mieux compte de ce que cette situation présente d'inadmissible si l'on se figu-
rait, au lieu du bloc maçonnique ainsi constitué au Parlement, un autre bloc, celui qui serait formé par quatre cent cinquante congréganistes. On reconnaîtrait certainement alors que la République appartiendrait en fait à la congrégation qui serait aussi formidablement représentée ; et on aurait grandement raison.
De même, si quatre cent cinquante de nos sénateurs et députés étaient Anglais, il n'y aurait point d'illusions à se faire : la République française serait bel et bien aux mains de l'Angleterre.
Puisqu'au lieu de quatre cent cinquante sénateurs et députés anglais ou membres d'une congrégation, il y a dans notre Parlement plus de quatre cent cinquante sénateurs et députés francs-maçons, il faut conclure, sous peine d'illogisme, que la République française est aux mains de la Franc-Maçonnerie.