DONT ILS SOLLICITENT LES SUFFRAGES
La Maçonnerie a tellement conscience de ce qu'elle appelle son droit à cet égard qu'elle traite les électeurs comme une valetaille à laquelle les candidats francs-maçons ne doivent d'égards que juste ce qu'il faut pour s'assurer leurs bulletins de vote. Elle engage, en effet, ses candidats à tromper au besoin les électeurs dont ils sollicitent les suffrages. Cela résulte d'une délibération du Couvent de 1897.
On discutait dans l'une des séances de ce Couvent sur les engagements écrits que la Maçonnerie exigeait des candidats qui invoquaient son appui. Certains frères, dans le désir de se soustraire à cette obligation, faisaient valoir qu'elle pourrait créer certains obstacles à l'élection des candidats francs-maçons. On leur répondit en leur faisant entendre qu'ils n'étaient nul-
lement obligés de faire connaître les dits engagements au corps électoral. Donc, aux yeux de la Franc-Maçonnerie, les électeurs ne comptent pas. Les candidats francs-maçons se moquent cyniquement d'eux.
Voici un extrait du compte rendu de cette délibération.
Le F.-. Guillemot :
« En 1887, nous soutenions, dans le département de la Haute-Garonne, la candidature d'un de nos frères qui a siégé au Conseil de l'Ordre, le F.*. Calvinhac... Qu'avons-nous demandé à Galvinhac? D'afficher, sur tous les murs de la Haute-Garonne, une déclaration, un programme, une profession de foi démocratique, socialiste, comme elle était dans son cœur ? Assurément non !
« Oui, aa sein des loges^ exigeons du candidat qu'il signe d'abord la déclaration philosophique du Conseil de l'Ordre, demandons-lui qu'il signe le programme minimum que vous aurez élaboré, mais ne lui demandons pas davantage... S'il manquait de parole, nous aurions toujours le temps de lui infliger la flétrissure qu'il mériterait... »
Le F.-. Souchet parlait un peu plus clairement, bien que le sujet fût réellement dangereux en cas d'indiscrétion :
« J'ai dit, expliquait-il, que le candidat francmaçon devait s'engager, non par affiches sur les murs d'une commune ou d'une circonscription, mais s'engager çis-à-çis de sa loge. Nous ne demandons rien qui puisse compromettre les candidatures des maçons que les lo^es voudront soutenir. »
Et le Convent tout entier prenait la honteuse responsabilité d'encourager la fraude électorale en adoptant la résolution suivante :
« Le Convent de 1897 demande que tous les candidats aux élections prochaines se réclamant de l'appui de la F. -.-M.-, remettent au Vénérable de leur loge qui la transmettra au Conseil de l'Ordre, une déclaration signée de leurs principes philosophiques et de leurs principes politiques, qui devront être : les premiers, en conformité avec la déclaration récente du Conseil de l'Ordre ; les seconds, au moins conformes au programme politique minimum du Congrès des loges parisiennes.
« U affichage de cette déclaration ne pourra être exigée d'aucun candidat. » {Convent 1897, pp. 232, 236, 237.)
En langage ordinaire, cela signifie que la Maçonnerie entend diriger les députés et sénateurs nommés et payés par les électeurs, mais qu'elle ne veut pas que ceux-ci le sachent.
La supercherie est donc complète. Elle est encore aggravée de ce fait que les sénateurs et députés francsmaçons se sont bien gardés de faire savoir aux électeurs qu'ils appartiennent à la Franc-Maçonnerie. En cela, comme en tout le reste, ils les ont trompés. Ils ont agi comme auraient fait des congréganistes qui auraient troqué leur soutane contre des habits civils, et qui se seraient présentés aux électeurs en cachant les liens qui continueraient de les attacher à l'autorité directrice de leur congrégation. Le peuple a nommé ces députés et ces sénateurs francs-maçons
en s'imaginant qu'il nommait des citoyens ordinaires, des hommes libres, tandis qu'en réalité, il nommait des hommes asservis, auxquels la Maçonnerie faisait signer des engagements secrets qu'elle sait les obliger à observer, parce qu'elle « les met au pied du mur en les tenant par leur propre intérêt ».