LES AUGMENTATIONS DE SALAIRE. LE SECOND DEGRE
Nous allons maintenant voir que tout a été aussi soigneusement combiné pour que les francs-maçons soient soumis,*sans s'en rendre compte, à l'action des inspirations directrices occultes.
Tout d'abord, par le fait qu'il travaille maçonniquement en la perpétuelle compagnie de maçons plus haut gradés que lui, qui ont reçu une formation à laquelle a présidé la volonté directrice, l'apprenti subit déjà l'influence de celle-ci. Mais ce n'est pas tout.
Si nous observons la façon dont est réglée « l'augmentation de salaire » de l'apprenti, c'est-à-dire la manière dont il pourra avoir accès au grade du second degré, nous aurons à remarquer une particularité d'une extrême importance.
Les choses ne se passent plus comme lorsqu'il s'agit de constituer le pouvoir administratif. Ce ne sont plus les inférieurs qui choisissent certains d'entre eux pour leur confier un mandat qu'ils pourront leur retirer ensuite. Non. Les choix sont faits par les maçons d'un grade supérieur à celui d'apprenti, transmetteurs inconscients des volontés invisibles. Seuls, et lorsque cela leur plaît, ils décident s'il convient de procéder à l'augmentation de salaire, et, seuls, ils l'accordent. C'est donc une sanction dont ils disposent. Et de même, en ce qui les concerne, ainsi que nous allons le voir, une sanction pareille' appartient à ceux qui transmettent jusqu'à eux la volonté directrice, c'est-à-dire à ceux qui sont d'un grade plus élevé que le leur. Au lieu de la poussée d'en bas, c'est donc la sélection venant d'en haut. Et c'est ainsi qu'en définitive, par suite de ces superpositions d'influences se transmettant de grades en grades, les choses se passent comme il plaît à ceux du sommet d'en décider. Où sont-ils? Qui sont-ils? On l'ignore. Ceux-là seuls le savent qui occupent ce sommet. Merveilleux système pour assurer l'exercice d'une autorité occulte, que celui qui remet à cette autorité le choix des sujets et leur avancement dans la hiérarchie, tout en lui permettant de demeurer invisible.
Suivons l'apprenti devenu compagnon et nous ver-
rons que, bien qu'il ne soit plus au dernier degré, il est toujours tenu sous la dépendance d'une pensée directrice qui descend jusqu'à lui sans qu'il sache d'où.
Le grade de compagnon n'est .en quelque sorte qu'une prolongation du stage imposé à l'apprenti. Celui-ci n'a fait, pour ainsi dire, que changer de titre. Il continue de fréquenter pieusement les tenues des loges « au grade d'apprenti )>. 11 a toutefois le droit de tenir les deux jupes de son tablier baissées. Il a « cinq ans », au lieu de trois. Il est astreint à quelques exercices de puérilité un peu plus absurdes, qui auront pour effet de l'assouplir davantage, tout en l'illusionnant davantage aussi sur son degré d'indépendance. Il assiste aux tenues de compagnonnage qui n'ont d'ailleurs lieu que lorsqu'il s'agit de conférer le deuxième grade à quelque maçon du premier, et qui sont tout entières remplies par les cérémonies rituéliques de « l'augmentation de salaire ». Il vote non seulement pour l'admission des profanes au grade d'apprenti ce qu'il faisait déjà lorsqu'il n'était qu'apprenti lui-même, mais encore pour l'admission des apprentis au grade de compagnon. Par là, il commence à exercer quelque influence sur les maçons du premier degré. Il contribue à faire descendre jusqu'à eux les inspirations qu'il reçoit. Car il en reçoit tout autant que lorsqu'il était apprenti. Il en reçoit même davantage, en raison des nouveaux exercices de puérilité qui lui sont imposés et dont Teffet est de le mettre un peu plus tous les jours dans la main dp l'autorité inspiratrice invisible.
Enfin, pour compléter son éducation de compa-
gnon, — et c'est encore un trait essentiel de l'organisation des grades, — on lui fait prononcer de nouveaux serments et on le menace de la malédiction de tous les francs-maçons présents et avenir, s'il révèle, non seulement aux profanes, mais aussi aux apprentis, tout ce qui est particulier au grade de compagnon, si stupide que ce soit.
Il nous apparaît par là que le grade du deuxième degré constitue bien une société secrète superposée à celle du premier degré.
Remarquons ici que, tandis que l'autorité administrative n'est confiée que pour un temps à ceux à qui elle est déléguée, il en va tout autrement pour les grades. Lorsqu'on en reçoit un, c'est pour la vie. Et c'est tout naturel, car rien ne peut faire qu'on puisse ôter à l'initié la connaissance qu'on lui a donnée par l'initiation. C'est d'ailleurs pourquoi il importe que les bas grades, ceux auxquels tout le monde arrive, soient complètement insignifiants. Le Pouvoir occulte eût fait preuve d'imprudence, s'il eût permis que les maçons des derniers degrés fussent initiés à quoi que ce soit d'important. Nous devons même supposer qu'un certain nombre d'initiations dites supérieures n'initient nullement celui qui les reçoit à la connaissance des vrais secrets. Sans cela, il y a longtemps que ceux-ci seraient devenus les secrets de polichinelle. Toutes les initiations connues dans la Franc- Maçonnerie ne peuvent être que de fausses initiations, et les secrets qu'elles dévoilent ne peuvent être que de faux secrets.
Assouplissement des esprits par les exercices de
puérilité en vue d'une déformation progressive que nous étudierons à notre heure, voilà, pour nous, le seul rôle de presque tous, sinon de tous les grades connus. L'enseignement de « l'école, du soldat » leur est réservé dans l'armée du Pouvoir occulte : rien de plus. Et, dès lors, peu importe que ceux qui sont parvenus à ces grades et qui quittent la Maçonnerie gardent les secrets ou qu'ils les révèlent, puisqu'ils ne savent rien que ce que sait un caporal ou un sergent instructeur dans notre armée nationale.
Une fois l'apprenti arrivé au second étage de la pyramide maçonnique, le grade de compagnon, il continue naturellement à être observé par les maîtres et les hauts gradés sans qu'il puisse s'en douter, de même qu'il l'était lorsqu'il n'était qu'apprenti. D'après l'examen dont il est l'objet, il est enfin jugé digne de recevoir une seconde augmentation de salaire, c'est-àdire de devenir maître. Ni lui, ni ses frères les compagnons, ni ses inférieurs les apprentis, n'ont rien à y voir. Ce sont les maîtres et les hauts gradés qui décident sur son sort. Donc, toujours la sanction venant d'en haut. Il ne sera fait maître, il ne connaîtra l'acacia, Hiram, le doigt pourri et tout le reste, que si les jnaîtres et les hauts gradés estiment que son intelligence a reçu la formation, ou plutôt la déformation voulue, celle qui le met en communion d'idées complète avec eux-mêmes, c'est-à-dire, sans qu'ils s'en doutent, avec l'idée inspiratrice à laquelle ils ne servent que de canal de transmission. C'est ainsi, du haut en bas de l'échelle des grades maçonniques, le même procédé qui se reproduit, les uns, parmi les
francs-maçons, ne faisant jamais que transmettre à d'autres qui ne s'en aperçoivent pas ce qu'ils ont eux-mêmes reçu sans s'en apercevoir.
On doit comprendre maintenant l'utilité qu'il y a pour le Pouvoir occulte à faire vivre et travailler ensemble, dans les loges, les apprentis, les compagnons et les maîtres. Cette cohabitation était indispensable pour que fussent transmises jusqu'au bas de la pyramide maçonnique l'inspiration et les volontés directrices occultes. Elle n'était pas sans présenter quelques côtés dangereux parce qu'elle exposait à des froissements le sentiment égalitaire que le Pouvoir occulte était obligé d'exciter pour préparer la réalisation de ses plans. Mais, ainsi que nous venons de le constater, toutes les difficultés ont été prévues et évitées.